mercredi 23 mai 2018

107. Maurane à zéro.

Chers amis, vous reconnaitrez que je n'ai pas pour habitude de me laisser aller ici à des confidences outrageusement intimes. N'en prenez pas ombrage, mais ma pudeur naturelle (SI!) m'incite à réserver l'exclusivité de mes épanchements à mes bonnes copines, quel que soit leur sexe d'ailleurs. Hormis le chiffre, la 3D a ceci de supérieur au 2.0, que je peux agrémenter ces séances d'un solide excès de glucose qui, selon l'heure, prend la forme d'une débauche de pâtisseries ou d'un abus de Mojitos. Exceptionnellement des deux, si la teneur des propos le nécessite, ce qui est rarement bon signe. Mais comme le dit ma gynéco,  l'ovulation confirme les règles : aujourd'hui, j'ai des vaguelettes à l'âme alors sans Perrier ni crumpets (yummy!), tant pis, ça tombe sur vous.
Ce matin, pour accompagner ma tasse de Lapsang Souchong (rien à voir avec Alain), j'ai eu la bonne idée de lancer la playlist aléatoire de Marius, mon Asus (à l'occasion je vous présenterai aussi Mokthar, ma guitare et Fausto, mon vélo). Et voilà que sans prévenir Marius m'a balancé un vieux titre délavé au milieu du salon. Debout, la tasse de thé fumant à la main, j'écoute Maurane chanter Ce que le blues a fait de moi et c'est moi qui l'ai, le blues... A l'instar de son interprète, la chanson n'est pas impérissable. Sa voix en revanche... Marius s'improvise DJ. Il enchaine au hasard quelques morceaux de la playlist Maurane et soudain, la vaisselle, le Pôle Emploi, les cours de théâtre peuvent bien attendre un peu. Désœuvrée, je m'installe un moment dans mon fauteuil et me laisse envelopper par le ruban chaud et délicat de cette voix particulière. Que chacun se rassure, je ne vais pas me lancer dans un grand hommage.  Un tout petit peut-être. A la réflexion, je trouve dommage qu'elle en ait eu si peu, d'hommages. Ou bien j'ai mal lu. Ou bien je me trompe sur la définition du mot hommage. Quelques copines chanteuses du Star System sont rapidos venues témoigner de leur peine dans les médias, j'imagine que c'était très touchant, j'y ai malheureusement échappé. Je ne doute pas qu'elles en aient eu beaucoup de la peine, mais quel besoin d'aller l'étaler à la spatule et d'en rajouter une seconde couche sur les réseaux sociaux ? Oui, oui je vous entends : "Tu te passionnes pour le feuilleton Johnny, c'est pareil !". Ben non. Là, (je regrette de ne pas avoir de macaron pistache pour accompagner mon propos!), ça ne me semble pas pareil. Toute la vie de Johnny a été disséquée par les médias, depuis sa première cigarette jusqu'à son dernier détartrage, que sa mort  fasse l'objet du même voyeurisme me semble cohérent. Et puis la démesure, le sordide,  le pathétique c'est très romanesque tout ça (j'ajoute en passant qu'elle se fait un peu attendre la saison 2 de Johnny's Will !). Maurane elle, était discrète. Rarement en première page, on n'avait aucune idée de sa recette de macaroni préférée, ni de son lieu habituel de villégiature. Quand elle se confiait, la plupart du temps c'était dans ses chansons. Ça casse, Tu es mon autre, Différente quand je chante, Trop forte... D'ailleurs, si je me fie aux titres de sa discographie, je me dis que Maumau avait l'air de voir la vie moins en rose qu'en épines... Qu'on apprécie ou non ses œuvres importe peu. On ne peut pas nier la voix peu commune, la générosité et le talent de cette interprète (non mais L'autruche dans Emilie Jolie, quoi !). Je ne l'ai vue qu'une fois, c'était lors de sa tournée hommage à Nougaro, son mentor. Ces deux-là n'avaient pas qu'un prénom et une histoire en commun, ils avaient aussi le swing, l'humour et l'élégance. 
Maurane est partie partie trop tôt, sans prévenir... Elle laisse un vide dans ce drôle de truc indéfinissable qu'on appelle la variété qu'on aime et qu'on déteste à la fois. Elle laisse aussi un vide dans mon cœur d'artiste et de femme.
Dans mon salon, Maurane chante Je n'ai que ça. Cette chanson a fait un bide. En 2008,  Grégoire révisait ses maths avec Toi + moi. Moi non. Retourne à tes calculs Grégoire. Depuis 10 ans, j'écoute Maurane chanter que sa voix est ce qu'elle a de plus précieux au monde, sans fioriture, sans prétention. Chaque fois ça me bouleverse, et ce matin encore...
Sans transition, Marius change de playlist. A présent, Higelin entonne à tue-tête Poil dans la main. 
Tu fais chier Marius.

mardi 17 avril 2018

106. L'eau à la babouche

Dans l'air flotte un parfum de fleurs d'orangers. Le goût d'une pâtisserie au miel persiste sur mes lèvres. Ici, la cannelle, le curcuma et la semoule s'empilent dans des sacs en toile fatiguée. Plus loin, un vieux monsieur couvert d'un caftan actionne une antique machine à coudre Pfaff. Deux chats galeux lèchent des têtes de poissons dans une cuvette en plastique. Un petit garçon aux dents éclatantes me salue: "Salam aleikoum Madame La France!". Je souris. Je déambule. Je suis  au hasard le dédale mystérieux de la Médina de Fès. C'est mon premier voyage au Maroc. Chaque brin de coriandre, chaque verre de thé à la menthe me fait penser à mon grand-père, à ma grand-mère et à ma mère aussi. Des caractères arabes ornent le mur d'une gargote. Juste en dessous la traduction me fait monter les larmes aux yeux. Mets ta tête dans le son et les poulets viendront la picorer. Proverbe Marocain.  Dans ma tête résonne le rire de Mamita. 
Au Riad, la cuisinière fait une pause entre deux tajines. Elle m'encourage chaleureusement à finir des galettes anisées : "Mange ma fille!" Oh que oui je les mange tes galettes. Goulument. "Et d'où tu es toi?" demande-t-elle. Je garde le silence. Sa question me laisse perplexe. Je n'ai jamais mis les pieds dans ce pays pourtant partout, à ce moment précis, je me sens chez moi ici.  Jusqu'à la grisaille et la pluie parisiennes qui se sont glissées dans ma valise. Car ce nouveau voyage serait parfait s'il ne pleuvait pas des cordes de oud! Je ne suis pas croyante, mais alors que Pessah s'achève, tout de même je m'interroge : quatre dégâts des eaux en moins de six mois, un déluge à Rome et maintenant des hallebardes à Fès, ça fait beaucoup d'eau. Dis-donc Moïse - et je ne parle pas de mon ex ! - t'aurais pas quelque chose à me reprocher? A l'avenir, quitte à voyager humide, je pourrais peut-être mettre toute cette eau à profit? La Tanzanie ou le Kenya m'apparaissent subitement comme des destinations touristiques potentielles... 
Armée de mon parapluie, avec ma compagne de voyage, nous décidons de braver les éléments déchainés. C'est qu'une mission m'attend. Comme par miracle, à peine avons nous mis le pied dehors, que le soleil pointe le bout de ses rayons. Moïse? C'est toi? 
Dans un élan d’optimisme nous nous connectons à Google Map pour rejoindre Mellah, le quartier juif de Fès. Dans un éclair de lucidité nous nous déconnectons. Ici, l'application elle aussi est... marocaine! Les indications du GPS nous perdent plus qu'autre chose. Exit Google Crap. Perdues, à l'ancienne, nous demandons notre chemin. Un type en survêtement nous interpelle : "Synagogue? Synagogue?" comme s'il voulait nous vendre du krach... Hmmm "Non merci!". Un petit garçon à vélo vole à notre secours et nous guide entre cordes à linges et minarets. Devant la synagogue, un policier prend le relais, trop heureux de quitter son poste et de profiter d'une balade, il nous accompagne à mon but ultime : le Cimetière Juif de Fès. 
Je paye 20 dirhams et m'avance entre les tombes d'une blancheur éclatante. Je suis venue rendre une visite on ne peut plus insolite à mes arrières grands-parents que je n'ai pas connus.  Mais avant, j'en dois une à Monsieur Edmond, le gardien ou plutôt, la mémoire du cimetière car je n'ai aucune idée de l'endroit où reposent mes ancêtres. 
Dans la maison de Monsieur Edmond le temps s'est arrêté. Posé sur son fauteuil qui a sans doute connu le Protectorat, le vieux monsieur n'a plus d'âge. Il regarde un poste de télévision monumental qui diffuse probablement les programmes de l'ORTF. Un fatras d’innombrables clés, outils, lampes à huile, et vieilles photos s'entassent dans la pièce. Le parfum improbable me fait presser une fleur d'oranger sous mes narines.  J'explique le but de ma visite à Monsieur Edmond et lui donne le nom de mon arrière-grand père. Le vieillard déplie sa lourde carcasse. Il va chercher un vieux cartable et sort un recueil de feuilles incongrument imprimées, il annonce fièrement dans son français ensoleillé que tout sera bientôt sur Internet. Tu connais Internet Monsieur Edmond? Pendant que je m'interroge, son doigt jauni suit laborieusement les lignes du cahier sale. Ce moment ne semble jamais devoir finir. A l'autre bout de Whatsapp et du continent, j'appelle ma tante Monique à l'aide. Je passe mon Smartphone à Monsieur Edmond et assiste médusée à un échange surréaliste entre le dinosaure et Tata Momo. Le coup de fil s'achève et le doigt jauni reprend sa lente progression. Alors que je me résigne à faire chou blanc, mon amie vole à son secours.
...
Shalom Tordjman. 1926. Carré 7. 
Viens, je t'embrasse Monsieur Edmond! 

Sa vieille carcasse est trop rouillée, il ne peut pas nous accompagner sous la pluie qui s'est remise à tomber. Il nous confie aux bons soins d'un employé du cimetière. Je tiens mon parapluie au dessus de l'homme en pull rouge sur chacune des tombes du Carré 7. Il déchiffre péniblement l'hébreu qui orne chacune d'elle. Il finit par lire... Sha-Loom... Tor.... Le temps s'arrête. A son tour, l'homme tient le parapluie pendant que je lutte pour allumer ma bougie avant de la placer dans la cavité prévue à cet effet. Je pose un petit caillou. Et puis je reste là... Sous la pluie... Je profite de ce moment improbable mais chargé d'émotion devant la tombe de mon arrière grand-père. Deux larmes coulent sur mes joues. C'est fou comme ça fait du bien parfois... un peu d'eau.


samedi 3 mars 2018

105. Crise de neige

Je reviens de vacances. Enfin je reviens. Y a trois semaines déjà. Huit jours de repos, de bien être, de dépaysement total et parfaits. Plage? Farniente? Tropiques? Que nenni ! C'est en Suède que je suis partie, ce pays dont Strindberg, Bergman, Vilhelm Moberg, Henning Menkell et Ikéa m'ont tant fait rêver. Un voyage en plein cœur de l'hiver, entre le cristal et le verre comme dit l'autre. C'est chouette quand un rêve devient réalité. En mieux. J'ai fait le tour d'un archipel, j'ai mangé du hareng, j'ai gravi des tertres funéraires enneigés que j'ai dévalés avec une joie enfantine sur les fesses, j'ai marché sur un lac, j'ai dégusté des kanelbulle, j'ai vu des rennes et des loups, j'ai fait du patin, je me suis baignée dans un lac gelé, j'ai couru me réchauffer dans un sauna avant de recommencer (!) et puis je suis rentrée, heureuse d'avoir vu de mes yeux un pays où je n'avais voyagé qu'à travers les pages de mes auteurs fétiches. Je suis rentrée, apaisée, ravie, enrichie, charmée pour retrouver... la neige! Mais ici, la neige, le froid, le verglas, les bonnets, les écharpes et le thé bien chaud, ça ne me fait pas, mais alors pas le même effet du tout! Ça perd en poésie voyez-vous. J'ai beau me souvenir que Victor Hugo mitraillait la pauvre Fantine de boules de neige, que Zola faisait traverser une tempête de neige magistrale à la Bête Humaine, que Flaubert et Rodolphe prenaient un malin plaisir à faire poireauter Emma, désœuvrée au point de regarder tomber les flocons normands derrière sa fenêtre, le charme n'est pas le même... 
Vous pourriez me répondre, philosophe que vous êtes, la neige c'est de la neige. A Paris comme ailleurs. Évitez. Parce que si c'est tout ce que vous avez pour alimenter cette conversation, alors on  frôle l'anémie verbale ! Que les choses soient claires, contrairement à la majorité des trois clients matinaux du Café Martin, je ne vais pas ici me plaindre de la gadoue dégueu qui bousille vraisemblablement les bas de pantalons et fait rouiller les chaînes de scooter (!!) et que le langage populaire désigne par bouillasse. Nos amis québecois préfèrent le terme névasse quant à nos amis Suisses (enfin ma pote Salomé) ils sembleraient avoir opté pour l'énigmatique papotche. Enfin tout ça c'est bonnet blanc et blanc bonnet - c'est le cas de le dire -  puisque ça n'est jamais qu'une espèce de soupe de neige marronasse qui couvre trottoirs et chaussées après les passages cumulés du redoux, des pneus, des piétons, des crachats, des déjections (canines et autres), et d'éventuels restes de kebab. Avouez que pour l'inspiration romanesque ou poétique, il y a plus stimulant. Quoique? Dickens ou John Fante auraient bien été du genre à faire leurs choux gras d'un(e?) bon(ne?) papotche!  Sauf que la neige à Paris, ce n'est pas (que) ça. Avant la bouillasse, c'est d'abord cette épaisse couche de meringue sur les allées et les tombes du Père Lachaise, les gargouilles de Notre-Dame, les bancs publics et les Autolib' tandis que l'hiver saupoudre inlassablement ses flocons cotonneux (on appréciera le lyrisme).  Mais après quelques jours de cette jolie meringue, de ce vacherin éphémère et rare, la joie des enfants retombe et l'humeur des citadins s'assombrit tandis que fleurissent pénis et insanités au détour des pare-brises.
La neige de Suède était pour moi toute à la fois attendue, naturelle, romanesque, implicite et étrangement, rassurante, apaisante et revigorante. Oui, je sais ça fait beaucoup, mais j'aurais été déçue qu'elle ne soit pas au rendez-vous. A Paris, alors qu'elle s'annonce à nouveau, j'ai l'impression qu'elle voudrait prolonger sa visite comme une cousine de province, qu'elle s'incruste et je m'inquiète de la voir de s'installer durablement. Elle me rappelle que le printemps est encore loin et derrière ma fenêtre, je compte les jours qui me séparent des premières jonquilles du Square Joseph de Champlain comme Emma Bovary comptait ceux qui la séparait de Rodolphe...

 
Gamla Uppsala

Paris

lundi 29 janvier 2018

104. Pause flottante

Je dois reconnaître que je n'étais pas très rassurée en arrivant au Centre de Flottaison en Isolation Sensorielle. La dame nous a pourtant expliqué que c'était inoffensif et très relaxant, mais au premier abord, la combinaison des informations : caisson hermétique + eau saturée de sel à + 36° + noir complet, pour ma part, j'ai trouvé ça plutôt flippant. Ça ne s'est pas arrangé quand il a fallu regarder le déroulement de la séance sur une tablette. Les mots claustrophobie, peur de l'enfermement qui clignotent en rouge, ça n'incite pas franchement à la décontraction. Du reste, dans la vidéo, la Bulle de flottaison, m'avait tout l'air d'un cercueil du futur et j'étais à deux doigts de prendre mes jambes à mon cou. Mais, un ami m'avait gentiment invitée à faire cette curieuse expérience et lui, semblait parfaitement détendu, alors.... j'ai pris sur moi. D'autant que l'objectif c'était de vivre un vrai moment d'apaisement et de déconnexion, calqué sur l'expérience des spationautes de la NASA!
J'ai donc respiré un grand coup et suis rentrée dans une pièce où résonnaient - faiblement - des chants d'oiseaux tropicaux. J'ai pris une douche, mis des bouchons d'oreille et me suis finalement glissée dans la capsule, la bulle, le coffre, le caisson, enfin le truc rempli d'eau saturée de sel. D'abord il fallait le fermer. Et je peux vous dire que quand on flotte, ce n'est pas évident de trouver un appui. Mais bon, après deux trois culbutes plus ou moins grotesques, je me suis finalement laissée flotter dans l'obscurité complète.... et l'angoisse a immédiatement disparu! Si au début, les pensées se bousculaient un peu dans ma tête (si je crie est-ce qu'on m'entend? Et si jamais je veux encore faire pipi? Est-ce que synonyme a un synonyme?), très (très!) vite, je n'ai plus pensé à rien. J'ai littéralement tout relâché : les muscles, les réflexions, tout. Je me suis contenté de flotter pendant une heure qui m'a semblé dix minutes. L'eau salée opérait comme un massage apaisant sur mes nerfs, mon corps et mon cerveau et j'aurais pu rester là une heure de plus tellement j'étais bien.  Au bout d'une heure, les oiseaux tropicaux ont repris leur chant, j'ai laborieusement ouvert le capot de ma capsule (Dieu merci, personne ne filmait!) et après une nouvelle chute douche et un grand verre d'eau, j'ai retrouvé l'air libre et la sensation d'apaisement a perduré un bon moment. C'était comme redécouvrir les odeurs, le vent sur mon visage, j'avais envie de sourire à tout le monde, comme si j'avais pris un shoot de sérénité brute! Comme si j'avais déposé ma valise de mélancolie hivernale à l'entrée! A côté de moi, mon ami faisait la même expérience. Et nous restions là benêts... niaiseux... le sourire scotché aux lèvres... redoutant un peu le moment où il nous faudrait reprendre le cours de nos "vraies vies" et briser ce moment suspendu de béatitude.
Si j'avais su de quoi il s'agissait, je peux bien vous l'avouer, je n'y serais sans doute pas allée. Encore un truc de bobo... Payer pour se faire enfermer... Et puis voilà. Une heure à peine et je suis accro et j'y retourne à la première occase! Je vous encourage à tester cette expérience si d'aventure elle s'offrait à vous! C'est indescriptible. Très vite, il y a un moment où on lâche prise et c'est magique. J'aurais bien aimé transcrire les sensations, mais les mots me semblent futiles et tous petits, je vous invite donc à tester ces  Bulles de flottaison sensorielles. Le nom n'est pas très glamour, mais ça vaut le détour! Bonne séance  détente!

Les bulles à flotter


mardi 2 janvier 2018

103. Je suis venue, j'ai vu, il a plu.

Enfin, c'est fini. Dans les cartons décorations, fourchettes à belons, Gaviscon et cotillons. C'est vrai quoi, on a bien mérité d'être un peu tranquilles et de se remettre un peu en forme... avant les soldes! 
Aussi bien, cette année, je peux le dire, elles furent bien jolies les fêtes de fin d'année. Peut-être parce que ce ne furent pas des fêtes traditionnelles? Ben oui Léon, la tradition ça a du bon, mais on ne peut pas nier que d'échapper aux bousculades dans les magasins, aux amabilités sucrées des vendeurs de calendriers, à l'inévitable découvert de fin d'année ou aux huîtres farcies au foie gras et gratinées à la chapelure de marrons, cela soit particulièrement déplaisant. Non. Figurez-vous que cette année, ma petite famille et moi-même, avons gaiement échappé à toutes ces joyeusetés saisonnières. Finauds que nous sommes, nous avons troqué cadeaux, sapin et gloutonneries plus ou moins digestes, contre une escapade à la fois poétique et romaine. Avouez que ça claque! Rome à Noël. Ou l'inverse, suus omnibus idem (1). Trois jours à Rome... Ça vous a une de ces gueule au pied du sapin, surtout quand y a pas de sapin! Tiens, voilà César, Hannibal, Miche Ange, Sofia Loren et Fellini, c'est cadeau! Faut reconnaître que c'est autre chose qu'un bête coquetier électrique ou que le DVD Le monde secret des émojis. Ce qui m'amène en passant à m’interroger sur deux points. Tout d'abord que peut bien contenir un scénario de 1h31 entièrement dédié aux émojis? Je vous arrête tout de suite, il est inutile de prendre le temps de me répondre, il faut parfois savoir rester dans l'ignorance.  En second lieu, je me demande comment il se fait que certains s'obstinent encore au vingt et unième siècle à offrir des DVD? Pourquoi pas une lampe à pétrole tant qu'ils y sont ? Ou bien une lessiveuse? Mais passons. Dans nos sabots UGG/ bottines ou mocassins, point d'orange - on n'est plus dans les années 50, il serait temps qu'on arrête de nous tirer les larmes avec cette triste histoire d'agrumes! - mais un billet d'avion (aller ET retour, c'est Noël, on ne se refuse rien!) et pour aller dans nos assiettes, point de dinde/chapon/pigeon/pintade/perdrix/coq ou de quelconque représentant d'une cour plus ou moins basse, amis vegan ou gastronomes - on est rarement l'un et l'autre - réjouissez-vous! Nos orgies romaines n'ont encouragé aucun génocide hormis si l'on considère que le levain naturel utilisé par les pizzaioli (rien à voir avec une pizza à l'aïoli, non merci sans façon) est une substance vivante, dans ce cas paix à leurs pâtes et amène (ton assiette).  C'est avec une dévotion non feinte que nous avons rendu un hommage vibrant tant à la Margarita qu'aux Rigatoni alla Puttanesca. Certes, le Champagne n'a pas coulé à flots mais on ne peut pas dire que nous ayons manqué de bulles entre les verres de Spritz et ceux de Prosecco et pour ce qui est des flots, entre la Piazza di Trevi et la Piazza Navona, entre autres, on a été servis. Bref tout fut perfetto.  Ou presque. Je ne vais pas vous faire ici la visite guidée, si vous voulez rêver, allez-y vous même! Mais puisqu'on parle de flots...  Il faut que vous sachiez que célébrer Noël à Rome (ou l'inverse suus omnibus idem (2)) c'est tout de même s'exposer à quelques risques. Disons sobrement que ce n'est pas célébrer l'Ascension sous le joli soleil du mois de Mai. C'est d'abord la nuit qui tombe de bonne heure... C'est braver le froid de l'hiver... Affronter le vent...  Lutter vaillamment contre les bourrasques... Se soumettre à la bruine... Courir entre les averses... Prendre une douche en pleine rue... Chercher refuge dans un double expresso... Guetter plein d'optimisme, la fin d'une saucée...  Repartir et se retrouver pris au milieu du déluge... Espérer que ça va s'arranger... Trouver un peu de réconfort dans la mousse d'un Cappuccino... Consulter désespérément la météo à tout bout de Net... Scruter les cieux à la recherche du moindre signe... Noyer tous ses espoirs dans un Ristretto... Se résoudre à affronter les éléments déchaînés... Subir impuissant et incrédule la colère de la grêle... Se résigner.... Rester planté bêtement au pied d'un mur, le dos courbé sous les grêlons... Éclater de rire et courir comme un fou se mettre au chaud, enfin, trempé comme une soupe, grelottant, mais avec le plus beau des cadeaux, un souvenir que vous  n'oublierez jamais de votre vie! Ça, c'est un joyeux Noël !

(1) c'est du pareil au même (pour ceux qui n'ont pas fait option latin ou qui n'auraient pas conservé leur Gaffiot).

(2) Même note qu'au dessus (pour ceux qui n'ont pas de mémoire).

Felix Dies Nativiatis !