lundi 27 janvier 2014

59. Quenelle blues

J'aime les quenelles. 
Voilà. C'est dit.
Attention, n'allez pas vous méprendre ! Je veux ici parler de gastronomie, et non de politique, bien plus indigeste à mon goût. En effet, les débordements nauséabonds de certains nuisent à cette spécialité lyonnaise, succulente si vous voulez mon avis.
Ce matin, j'ai découvert sur les murs de Paris que la Maison Malartre lance une campagne pour réhabiliter ce produit, injustement diffamé. A la radio, un 'envoyé spécial quenelle' (qui devait être ravi qu'on l'envoie sur le terrain interviewer des ados boutonneux) a rapporté l'autre jour que la cantine scolaire de je ne sais quel Collège Didier Barbelivien de Seine et Garonne refuse désormais de servir des quenelles aux élèves à cause des débordements occasionnés au réfectoire. Enfin, dans le métro je lis en première page d'un quotidien gratuit ce véritable cri d'alarme : Les fabricants de quenelle inquiets ! Je vous avoue que sorti de son contexte, j'ai trouvé ce cri d'angoisse, plutôt rigolo. On aurait dit le titre d'un film de série Bide : "Vous avez aimé L'attaque de la moussaka géante? (j'adore !) Vous adorerez Les révoltés de la quenelle : A Lyon, un fabricant de quenelle est victime d'une terrible cabale menée par l'infâme Mac Bojo, il décide de se venger... Avec Fabrice Lucchini et Mathieu Amalric. Bientôt sur vos écrans !" Tiens... Mais c'est une idée ça ! Je pourrais la proposer à Jean-Pierre Mocky ? Et pourquoi voir petit ? A Luc Besson !!!
Tout ça pour dire que la situation est grave et que je ne vois pas pourquoi on apporterait son soutien aux employés de Michelin ou Virgin en danger et pas aux fabricants de quenelle inquiets?
Je veux donc redorer ici le blason de cette savoureuse préparation culinaire, moelleuse, fondante et goûtue. Tout ça, dans la même assiette et pour pas cher en plus!

Mais pourquoi sous-estime-t-on si souvent la quenelle ? Certes, d'un point de vue purement diététique, la quenelle est unanimement condamnée par la Sainte Trinité : Weight-Watchers, Atkins, et Dukan réunis. Avec sa farine (féculents), son beurre (gras), son lait entier (regras) et ses œufs frais (cholestérol), la quenelle transgresse toutes les lois divines de l'équilibre alimentaire. Et c'est précisément ça qui est bon! Dans ses proverbes, Salomon disait "Qui aime les querelles aime le péché.", mais tous les nutritionnistes s'accordent pour reconnaître qu'il voulait dire en fait : "Qui aime les QUENELLES, aime le péché."  Et alors? Oui, comme le couscous, les lasagnes et le confit d'oie, les quenelles sont caloriques ! D'autant plus qu'on les recouvre généreusement de sauce Nantua, Aurore ou Béchamel avant de les faire gratiner... Hummm... Moi, ça me les rend encore plus sympathiques ! Aux apôtres du son d'avoine et des carottes bouillies, je rappellerais ce que disait Brillat Savarin (car aujourd'hui je fais dans la citation ) "Qu'est-ce que la santé? C'est du chocolat !"  D'ailleurs, les Quenelles de Mousse Chocolat-Piment ou le Quenelles de Glace au Chocolat de Kaboul sont un dessert très en vogue chez les chefs étoilés. Bref, qu'on arrête un peu de me culpabiliser à chaque bouchée ou de m'accorder l'aumône de 50g de quenelle sans sauce dans mon assiette de brocolis vapeurs ! 

Je constate par ailleurs que dans le langage courant, jusqu'ici tout du moins, la quenelle était synonyme d'insipidité... Par exemple, dans son autobiographie (ça m'avait marqué au point que je ressors le bouquin juste pour vous !), Sarah Bernhardt avait baptisé un de ses partenaires "La Quenelle" parce qu'elle le trouvait "long, flottant, sans couleurs, et ressemblait à une quenelle de vol-au-vent". La pauvre Quenelle ne lui a pas donné la réplique longtemps semble-t-il... N'empêche... Sarah devait avoir un bien mauvais cuisinier... Regardez-la bien cette petite quenelle... D'abord elle n'a l'air de rien, c'est vrai. Et puis à peine au four, regardez comme elle gonfle dans le plat, comme elle se gorge de saveurs, comme elle s'imbibe du jus,  comme elle se réjouit et crépite dans sa sauce, plantureuse Betty Boop de la popote, impatiente qu'on la déguste... 

Je me souviens d'un jour, alors que j'étais enfant, ma sœur avait annoncé à table qu'elle n'aimait pas les quenelles. A l'époque je n'avais pas d'autre divinité que ma sœur. Pour elle, j'avais déjà renoncé aux artichauts, je renonçais alors aux quenelles. Mais ça n'a pas duré ! Il faut croire que ma gourmandise en général et les quenelles en particulier ont été plus fortes que mon admiration pour ma sœur. C'est d'ailleurs un des premiers plats que ma mère m'a appris à réaliser, m'initiant au délicat touillage de la sauce béchamel avec une cuiller en bois ! Pour ce qui me concerne, les quenelles, ont donc aussi un arrière-goût d'enfance, certes moins poétique et un peu plus bourratif que la Madeleine de Proust.
Voilà pourquoi j'apporte aujourd'hui tout mon soutien à l'honorable Confrérie des Fabricants de Quenelle, source de tant de plaisirs gastronomiques et victime d'une propagande honteuse.

Ironie du calendrier, comme j'écris ce blog "culinaire", aujourd'hui 27 janvier, c'est la Journée Internationale de Commémoration de l'Holocauste. Commémorons. Parce qu'il ne faut pas oublier. 

mercredi 1 janvier 2014

58. Comme en 14!

Nous y revoilà! Encore un tour de calendrier qui s'achève. Revoici donc le temps, pluvieux en l’occurrence, des vœux jolis et  des résolutions sinon bonnes, du moins envisageables... Déjà un an que 2013 nous faisait mille et une promesses avec son cortège de rimes plus ou moins séduisantes. Plus ou moins poétiques aussi. Qui n'a pas alors reçu (envoyé?) son lot de SMS types ou personnalisés selon les forfaits mobiles, souhaitant avec finesse, humour ou vulgarité une année non seulement réussie mais surtout généreusement garnie de pèze, de baise et de mayonnaise? Oui, mayonnaise!!! Quelqu'un qui n'avait probablement lu ni Rimbaud ni Apollinaire avait alors porté à mon attention aiguisée d'auteure interprète que '2013, ça rime avec... mayonnaise! Bonne année :-)'. L'auteur de ce SMS gras, anonyme et probablement collectif n'avait pas signé et je n'ai jamais su s'il s'agissait du serrurier ou du livreur DHL...

En ce premier jour de l'année, je jette donc un œil en arrière et je constate que, pour ce qui me concerne, 2013 ne fut finalement pas un si mauvais cru. En l’occurrence, je ferais volontiers rimer 2013 avec 'pas mauvaise'. Certes, elle n'a pas tenu toutes ses ardentes promesses... Mais pourquoi la blâmer? Elle n'est pas la première à décevoir certaines de mes espérances. Eh! J'ai connu des hommes avant elle! Politiques et autres... Et je ne suis pas rancunière.
Non, à défaut de mayonnaise, je retiendrai de cette année des rencontres décisives, des risques audacieux, des expériences inédites, le concert de Jonasz et celui de Souchon, d'excellents dîners, quelques larmes, quelques gifles aussi, mon interprétation très libre de Ferrat à la guitare, deux ou trois bons livres, la Roue de la Mort du Cirque du Soleil, et puis surtout la chaleur et le bonheur d'écrire, de répéter, de créer, de jouer, plaisirs renouvelés encore, encore, ENCORE! Dalida voulait mourir sur scène? Je me contente volontiers d'y vivre, quoique modestement. D'ailleurs, je ne pouvais pas rêver finir l'année de façon plus jolie que sur scène, en musique du Champagne plein la tête, de la fête plein le cœur... Au final,  j'ai terminé 2013 fatiguée, sereine, heureuse. 
Un peu pompette aussi... 
Comme tout le monde, ce matin je me suis donc réveillée en 2014. J'avais un mal de crâne prononcé, la marque de ma montre sur la joue et du noir plein les yeux, parce que quand on finit 2013 pompette, on n'enlève pas sa montre et on ne se démaquille pas avant d'aller dormir. Que voulez-vous, on ne peut pas tout finir en beauté. J'ai mis deux aspirines dans mon café, je me suis regardée dans le miroir et j'ai dit: "Stop! Halte-là! Mauvais départ!".  J'ai aussi dit : "Oh la la, c'est quoi ces cheveux?!?".

J'imagine que comme moi, on a du vous notifier une trentaine de fois depuis minuit par SMS, mails, Facebook, Twitter et autres voix électroniques que 2014 est une rime orpheline. Pour résumer, c'est une année qui ne rime à rien. Surtout pas avec Gribiche ou Béchamel ! Pour ma part je trouve ça très bien car de deux choses l'une: ou bien le livreur DHL et le serrurier ont effacé mon numéro de leurs contacts, ou bien cette année ne leur a pas inspiré de vœux spirituels. Dans un cas comme dans l'autre, je me réjouis et je vois là un signe que l'année s'annonce bien!
De plus, une année qui ne rime à rien c'est une année qui ne fait pas de promesses. Par conséquent,  c'est une année qui ne pourra pas me décevoir, même un tout petit peu... Pas de promesses, ça signifie aussi que c'est une année qui ne réserve que des surprises! Des surprises? Youpi! J'adore les surprises!  
Pour attaquer 2014 du bon pied... Une minute, c'est peu agressif cette expression, non? Je n'ai pas l'habitude de donner des coups de pieds ni d'attaquer qui que ce soit, ne serait-ce que verbalement. En général, je  suis d'une nature plutôt pacifique, je reprends donc... Pour aborder 2014 dans de bonnes dispositions (avouez que c'est plus amical!),  j'ai  commencé par reprendre allure humaine, j'ai fait le ménage en grand, j'ai souhaité de belles choses à ceux que j'aime et puis j'ai invité des amis à dîner car pour finir ou commencer l'année, rien de mieux que de se mettre à table avec des amis! Ensuite, comme j'avais fini l'année sur scène, je me suis dit (je me dis beaucoup de choses comme vous pouvez le remarquer) si je commençais aussi l'année par faire une des choses que je préfère? Comme je ne pouvais pas improviser un concert toute seule dans mon salon, j'ai laissé Nicole Croisille fredonner doucement Tout recommencer sur la platine, pendant que de mon côté, je commençais tout naturellement d'écrire cet article. Mercredi 1er Janvier 2014, une nouvelle année commence... bien!
Au fait, je viens de consulter mon dictionnaire de rimes, et en particulier les rimes orphelines. Figurez-vous que je viens de découvrir qu'être Belge ou être Pauvre ça ne rime à rien. Être un Goinfre, une Larve ou un Monstre non plus. Même le Triomphe, ça ne rime à rien. Comme Quatorze et... tiens? Comme Quinze ! Seize par contre, ça rime avec Treize. Flûte... de Champagne!