samedi 29 août 2015

79. Ne pas rentrer

Comment ça? Déjà? Mais... Mais non! Mon maillot n'a même pas eu le temps de sécher! Alors sous prétexte que Bison Futé voit rouge ce weekend, il faudrait en conclure que les vacances sont finies? De deux choses l'une, ou bien il n'est pas très fut' fut' le Bibi, ou bien il faut qu'il consulte un opticien! Le thermomètre affiche 35°C, la piscine 26°C, pas un nuage ne vient s'interposer entre le soleil et mon bronzage, les lauriers n'en finissent plus de fleurir, le teint rougeaud malgré le Bob, quelques Hollandais égarés continuent de déambuler le long des ruelles de Dieulefit, le Rosé (tiède) est encore en promo au Super U et brochettes et merguez continuent d'embaumer les barbecues alentours, c'est tout dire!
Alors ok, il se peut que Bison Futé soit père de famille et qu'il doive s'occuper de la rentrée scolaire de ses... de ses... de ses quoi d'ailleurs? Ses bisotons? Ses bisonceaux? Comment on dit? C'est bien la peine de se presser de rentrer à l'école, même Google est incapable de répondre, bravo! Bref, s'il doit rentrer remplir les cartables Minions de ses bisotrucs, qu'il voit rouge, vert ou violet le bison daltonien, ce n'est pas mon problème. J'y suis, j'y reste. Même si les melons sont (un peu) moins sucrés et que les étoiles filantes ont filé... Même si Patrick Cohen est de retour sur France Inter. Même si Amélie Nothomb publie (encore!) un nouveau roman. Même si j'ai trouvé mes impôts dans ma boîte aux lettres. Même si Marie-Claire m'aide à choisir un sac tendance pour la rentrée. M'en fiche. Pourquoi je devrais rentrer? Un sac j'en ai déjà un. Et puis je n'ai pas fini de lire Le complexe d'Eden Bellwether. Nous sommes d'accord que je suis quand même plus au calme ici pour connaître la fin? Bon. Même la SNCF veut que je reste dans le Sud! Je n'invente rien : pour le même trajet, dans une semaine à peine, elle baisse gentiment le prix de mon billet de 154€ à 43€. Avouez que c'est adorable! Je ne peux quand même pas risquer de la vexer en partant trop précipitamment. Et mes nouveaux amis locaux qui m'invitent à boire des diabolos PAC à la terrasse désertée du Jean's Café? Qui leur chantera du Michel Delpech et du Daniel Guichard pendant qu'ils grignoteront leurs cacahuètes si je m'en vais? Hein? Qui? Je ne peux tout simplement pas gâcher leurs derniers apéros de l'été! Ils m'en voudraient et cela compromettrait mon prochain séjour chez eux à Marseille! Et puis il y a aussi les copains qui sont déjà rentrés, que ce soit à Paris ou ailleurs. C'est important pour eux que je les nargue encore quelques jours depuis le bord de la piscine. Comme ça, un petit peu, sans méchanceté... Ça leur montre que je pense à eux, que je n'oublie pas qu'ils ont soit un temps pourri, soit repris leur boulot, ou même qu'ils ne sont pas partis du tout en vacances et ils sont touchés de cette petite attention... Et puis si je rentrais plus tôt à Paris, je porterais un préjudice à l'économie locale. Bon, pas énorme le préjudice, mais quand même... Eh! Je n'irais ni au marché, ni au spectacle, ni à l'accrobranche, je ne ferais pas de randonnée à cheval. Non, vraiment, c'est important que je reste en vacances. Pour moi, pour mes amis, pour la Région Rhône-Alpes!
Soyez donc rassurés, je lézarde consciencieusement au bord de la piscine encore quelques jours.

Au fond, j'ai beau savoir que Bison Futé a raison, et qu'il est temps de faire les valises et de rentrer me remettre au travail, j'ai beau être impatiente de reprendre le chemin incertain des cafés-théâtres, des cabarets et des bars à chansons, j'ai beau avoir hâte de reprendre ma plume pour signer blogs, pièces et chansons, tous les ans, j'ai bien du mal à me dire que les vacances sont finies, qu'il faut quitter ce décor magnifique parce que c'est la rentrée....


dimanche 28 juin 2015

78. Famille... Je vous aime

Voilà, je sais.
C'est un peu comme un Mojito. 
Un savant mélange entre la chaleur du rhum, la douceur du sucre de canne, la fraîcheur de la menthe, le piquant des bulles d'eau gazeuse mais qui n'a aucun intérêt si l'on n'y ajoute pas le petit trait acide du citron vert... Pour bien l'apprécier, il faut être bien détendu, loin de ses petits tracas quotidiens.  Au soleil de préférence. S'il y a une piscine ou une plage alentour alors c'est encore mieux. Vous ne trouverez rien de plus rafraîchissant que ce cocktail délicieusement givré! Ceci étant, il ne perdra rien de sa saveur si vous vous trouvez sous la tempête en Normandie. Vous ne trouverez alors rien de de mieux pour vous réchauffer que ce cocktail subtilement dosé! A Paris, les occasions de goûter ce cocktail sont plutôt rares. Du reste, au quotidien, le goût ne serait pas le même. Trop de sucre... Pas assez de rhum... Et puis je crois que, à en boire trop souvent, à force, on se lasserait. Car  la recette mise à part, le plaisir vient aussi de ce léger parfum de surprise que portent avec elles les fêtes de famille. Du moins les fêtes de ma famille. 
Ma famille ce n'est ni Un air de famille  ni Festen. Ma famille est joyeuse et fait du bruit. Ma famille vient du Nord et du Sud. Aujourd'hui, ma famille est même devenue internationale. Dans ma famille on s'appelle sur Viber et sur Skype, on se Twitte et on se laisse des messages sur Facebook. Ma famille est de toutes les couleurs et de toutes les religions. Dans ma famille, il y a des profs, des metteurs en scène, des médecins, des journalistes, des avocats et même des flics. Dans ma famille, on a plutôt de la chance car il n'y a pas d'homme politique. Mais il y a des syndiqués, des retraités, des expatriés, des fonctionnaires, des lycéens, des chômeurs, des intermittents, des indépendants, des étudiants bref tout un tas de militants! Dans ma famille, il y a des enfants qui courent partout et tout plein d'oncles, de tantes et de cousins et des cousines de toutes les tailles : petits, normaux ou grands (je peux avoir un prénom s'il vous plaît?). Mais dans ma famille, il n'y a plus qu'une seule Mamita qui ne fait plus le Couscous ni la Dafina depuis longtemps, et quand on a envie de la Tarte au sucre ou du Cramique de Mamoune, maintenant, on les fait nous-mêmes. Après, on s’envoie des photos tout fiers du résultat, même si on est bien obligé de reconnaître que la tarte n'est pas exactement pareille que quand elle la faisait. Dans ma famille, il y a aussi les amis. C'est normal parce que dans le mot famille, au milieu, caché, il y a le mot ami. Mais attention! Pas n'importe lesquels, d'amis! Ceux qui sont sur les photos de classe et les photos de vacances. Ceux qui nous ont vu avant le café du matin et après le dernier petit verre du soir. Ceux avec qui on a partagé le Couscous, la Tarte au Sucre et aussi une petite cuite de temps en temps. Parce que  dans ma famille, que l'on soit 3, 7 ou 50 à table, on mange, on boit et puis quand on a fini, on se ressert une seconde fois! Quand on arrive par le Sud de ma famille, c'est la première question qu'on pose : "Tu as mangé?". Inutile de répondre, l'assiette est déjà sur la table.  D'ailleurs, rares sont ceux qui ne cuisinent pas.
Mais dans ma famille, personne ne cuisine comme ma mère.
Ma mère vient du Sud et comme elle sa cuisine est colorée, piquante et généreuse. Mais surtout, la cuisine de ma mère est fameuse!
Dimanche dernier c'était la Fête des pères. C'était surtout la fête de mon père, car nous célébrions ses 70 ans. Pour lui, pour nous les 50 convives du Nord et du Sud joyeusement réunis pour cette occasion, ma mère a passé 3 semaines dans sa cuisine à mitonner un feu d'artifices de saveurs et de mets afin de nous régaler. Et nous n'avons pas manqué de faire honneur à son buffet gargantuesque (je mange les restes depuis une semaine!) tellement appétissant que même le soleil en a voulu sa part, bientôt délogé par les premières étoiles, venues accompagnées des musiciens brésiliens.
Repus, heureux d'être ensemble, nous avons évoqué tour à tour les souvenirs d'enfance, pris des nouvelles de ceux qui ne pouvaient pas être là et pensé à ceux qui ne pouvaient plus être là. Nous avons ri. Et pleuré un peu quand, bien sûr, j'ai chanté Petite. Nous avons dansé le Forro sur le bord de la piscine éclairée en buvant du Champagne. Nous avons fait la chenille. Dans ma famille on est un peu beaufs. Nous avons plongé tout habillés dans la piscine. Dans ma famille on est un peu couillons. Nous avons bu encore un petit coup en ressortant le fromage. Et puis après qu'Aretha nous aient demandé un peu plus de  Respect, on est allé se coucher.
Le lendemain à midi, après le petit-déjeuner on s'est remis à table et on a recommencé à piquer de la fourchette. Parce que dans ma famille, on n'est pas des mauviettes!

Ma famille n'a rien d'exceptionnel... Mais c'est la mienne. 
Ma famille est belle. Du Nord au Sud.
Je vous aime. 

Dieulefit, 20 Juin 2015


mardi 9 juin 2015

77. L'amour, c'est trop lourd!

Madame l'amère de Paris,
Je comprends bien que vous ne devez pas rigoler tous les jours au boulot quoique pour une ancienne inspectrice du travail, Maire de Paris ça doit sembler aussi joyeux que lutin du Père Noël.  Vous connaissez sans aucun doute les règles du Je politique et c'est pourquoi vous avez été élue. Tant mieux. Ça avait l'air de vous tenir tellement à cœur, j'ai même voté pour vous. Pourtant, je dois être honnête, je préfère de loin ma modeste situation à la vôtre. Certes, ils sont houleux les flots de l'intermittence du spectacle et je m'interroge quelquefois - et pas seulement pour réviser mes classiques - qu'allais-je donc faire dans cette galère, ballottée sans cesse par les vents contraires de la création et du Pôle Emploi? Dans ces moments je me réponds (forcément puisque je m'interroge) que j'ai embrassé (et avec quelle fougue!) une carrière imprévisible, incertaine et peu lucrative c'est entendu mais qui a le mérite de faire mon bonheur et peut-être même celui de quelques spectateurs égarés en passant...
Madame, je ne crois pas que vous puissiez en dire autant et croyez bien que je compatis. Cependant depuis à peine un an que vous occupez vos fonctions, j'ai déjà le mal de Maire.
Permettez-moi de vous poser une question intime... Avez-vous déjà été amoureuse? Connaissez-vous cette inexplicable béatitude? Cette douceur voluptueuse? Ce sentiment de bien-être et de confiance absolus? L'avez-vous déjà éprouvée la sécurité rassurante de vous lover au creux de bras tendres et réconfortants? Vous a-t-on déjà regardée à vous rendre plus belle que Sofia Loren? Ce bonheur immense vous a-t-il parfois rendue délicieusement nouille?  Je vous le souhaite. Si toutefois ce n'était pas le cas, je vous recommande la lecture des Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes, cela pourrait vous instruire...
Madame, hier j'ai emprunté le  Ponts des Art, connu dans le monde entier comme Le pont des amoureux. C'est aussi le pont depuis lequel Boudu se suicide mais c'est nettement moins romanesque. Nettement moins connu aussi. Passons donc et ouvrez n'importe quel guide touristique. Vous lirez que je n'invente rien: Chouchou et Loulou viennent du monde entier cadenasser leurs cœurs au parapet du  Pont des Arts. C'est poétique, c'est romantique et puis c'est bien moins cher qu'une bague chez Mauboussin. Une tradition simple et charmante en somme...
Après l'effondrement d'une partie de la passerelle l'an passé, la Ville avait annoncé que "les cadenas ne sont pas bons pour le patrimoine parisien" (ce qui m'embêtait un peu, surtout pour fermer mon vestiaire à la salle de sport). 
Cette semaine donc, cadenas et tradition ont disparu.
Hier sur le Pont des Arts, je n'ai pas croisé le vent, le vent fripon mais plutôt les derniers cadenas, qui attendaient d'être forcés. Sous le soleil du mois de juin, cette partie du pont resplendissait comme un véritable lingot d'or posé sur la Seine... Ah! l'Amour... Existe-t-il un sentiment plus précieux? me demandai-je en regardant couler le fleuve.
C'est en me retournant de l'autre côté du pont que j'ai eu ma réponse. De ce côté, les cadenas avaient déjà disparus. Les rambardes provisoires étaient recouvertes de plaques de contreplaqué bariolé pardon, couvertes de Street Art, tout droit sorties de chez Leroy Merlin, et qui laissent penser quant à elles que l'Amour c'est drôlement moche...
Des Anglais qui erraient sur le pont ne savaient pas quoi faire de leur grand amour, leur petit cadenas dans les mains. Entre deux selfies, des Espagnols leur ont filé un tuyau: la Passerelle Léopold Sédar Sanghor se trouve à deux ponts juste en face du Musée d'Orsay... Et profitez-en, l'expo Bonnard est magnifique!
Madame la Mémère de Paris, je comprends bien que autant d'amour c'est lourd à supporter et que ça peut même être dangereux. Mais si on prend ses précautions? Qu'on fait bien attention?  Par exemple, si vous faisiez fabriquer un arbre à cadenas? Un peu comme le Mur des Je T'Aime dans le XVIIIème arrondissement. Tout le monde serait content vous savez : les amoureux, les touristes, les vendeurs de cadenas des berges de Seine, les architectes, les artistes (enfin au moins celui à qui vous passeriez la commande!). Et puis moi. Parce que je trouve ça bien joli, dans une des plus belles villes du monde, d'accrocher son cœur à un autre pour être sûr de ne pas le perdre. Mais je me doute que je ne suis pas votre préoccupation principale,  parisienne anonyme que je suis. Vous devez réduire la circulation à 30km/h,  faire pousser des sens uniques un peu partout, détruire les Serres d'Auteuil... je ne veux pas abuser de votre temps.

Mais quand même, pensez-y... Vous pourriez  accrocher le premier cadenas pour votre prochaine campagne? Quoique... Pour ma part, je ne suis pas sûre de vous confier les clés une seconde fois...

Cordialement.

lundi 4 mai 2015

76. La maladie d'humour

C'est quoi au juste l'humour? Très sincèrement. Je m'interroge.

Quand je ne sais pas ce que signifie un mot, j'ai pris la bête habitude d'aller voir dans le dictionnaire.  Cela paraîtra un peu dépassé sans doute, mais je l'aime bien Robert! Je peux même dire que c'est un vieux copain. Un ami d'enfance pour ainsi dire. Et en amitié du moins, je suis fidèle. Ou presque. Je ne peux pas nier que, faible femme que je suis, j'ai parfois succombé au charme des pages de son cousin, le petit Larousse. Le pouvoir mystérieux de ses illustrations colorées sans doute... Mais Robert n'est pas jaloux, il ne m'en a jamais tenu rigueur. La preuve! Alors que je le feuillette délicatement, cet ami de toujours m'offre sans façon la définition exacte du mot Humour (nom masculin, issu du vieux français humor) et je pense que Robert ne m'en voudra pas si je la partage avec vous. 
Humour :  
1. Forme d'esprit qui cherche à mettre en valeur avec drôlerie le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité.
2. Caractère d'une situation, d'un événement qui, bien que comportant un inconvénient, peut prêter à rire.
C'est une blague Robert? Une forme d'esprit? Tu déconnes!
Ne le prends pas mal surtout, d’habitude je te fais confiance les yeux fermés mais là... J'ai comme l'impression que tu te moques de moi. Je t'assure! 
Ou alors c'est peut-être que mon esprit  n'a pas la forme requise?
Je t'accorde qu'aujourd'hui, les humoristes sont partout. Impossible de leur échapper : sur scène, à la télé, à la radio, dans les journaux, sur le Net, ils envahissent désormais nos écrans de cinéma et certains s'approprient même le Théâtre du Châtelet ! Ne va pas te méprendre Robert. Je ne dis pas qu'aucun de ces amuseurs public ne sait faire preuve de drôlerie, bien au contraire. Mais tout de même... Je ne sais pas ce qu'il en est pour toi, personnellement je sature.  
Faut-il absolument que tout devienne prétexte à une chronique cocasse ou un sketch hilarant? 
Attention, je ne te parle pas de la forme. Comme toi, je sais bien que le rire n'est pas universel et que c'est une notion subjective.... J'ai lu Bergson. Oh! Ne va pas croire que je me vante, j'étais forcée! Par mon prof de philo en Terminale. Si tu crois que ça m'a fait rire tu te trompes sérieusement (jeu de mot, force 2). Je n'ai rien compris et le jour du bac j'ai sauvé l'honneur avec un piètre 12, que mes parents n'avaient pas trouvé drôle tu peux me croire. Par contre Rabelais, Groucho Marx, François Morel et Fluide Glacial, là je maîtrise! Je sais bien que le rire ne se conjugue pas toujours au présent de l'indicatif et que Je ris n'implique pas nécessairement que Tu ris ou que Nous rions... Oui, oui, Robert, tu me l'as dit que certains adjectifs s'accordent bien avec l'humour : absurde, noir, juif, gras, grinçant, bête... Tu m'as même appris que médical peut parfois s'accorder avec humour. A ce propos,  je t'avoue que je cerne mal le concept? Passons. Ma question n'est pas Peut-on rire de tout? Desproges a déjà répondu, merci à lui. Ma question serait plutôt : POURQUOI rire de tout?
Faut-il absolument qu'on nous serve un humoriste avec le café tous les matins pendant les infos? Est-il nécessaire de faire appel à un comique pour vendre les services d'une banque ou ceux d'une assurance? Et en politique? Faut-il désormais absolument que en plus de leur orientation droitière ou gauchère, nos (ex/présents et/ou futurs) dirigeants aient aussi le sens de l'humour et parsèment leurs discours de bonnes blagues pour séduire l'électeur? Est-il obligatoire de rire quand la terre vient à peine de trembler? L'enseignement (envisagé) du stand-up et de l'improvisation au collège sera-t-il plus utile à un enfant que celui de l'histoire? Enfin, les théâtres de France et de Navarre n'ont-ils plus d'autre choix que de programmer des spectacles (prétendument) hilarants? Et je ne te parle pas de tous ces humoristes improvisés qui, de Paris à Douarnenez, font du Trempoline sur les scènes ouvertes des arrières salles de bistros!
Tu me diras, que je suis moi-même la première à écrire des chansons et spectacles comiques. Je te répondrais à l'instar de ma chouette copine Nathalie Miravette : comiques oui, mais pas que!
L'humour c'est un peu comme la nourriture, trop de sucre à force ça écœure... Un peu de fromage ou une bonne blanquette de temps en temps, ça change et puis ça varie les plaisirs!
Regarde-les comme ils rayonnent encore, ceux qu'on appelle aujourd'hui non plus Artistes, mais avec une dévotion inspirée "Grands de l'Humour" : Chaplin, De Funès, Bourvil, Maillan, Coluche, Desproges... Les prétendants(us?) humoristes actuels s'en gargarisent autant qu'ils peuvent et tant mieux. Mais croient-ils que ces virtuoses de la fantaisie passaient leurs journées à se taper le fondement sur la moquette? N'ont-ils pas montré que pour être clown on n'en est pas moins triste pour autant? Il n'y a pas que les businessmen qui aient parfois le blues...
Bien sûr, comme tout le monde, j'adore partager une franche rigolade entre copains. J'aime peiner  à reprendre mon souffle au cinéma, glousser au théâtre et me gondoler devant un artiste... Le rire est une sensation merveilleuse, magique, impromptue, parfois même inexpliquée. Du reste c'est ce qui le rend si précieux, à mon sens. Et en matière de marrade, je te prie de croire que je n'ai jamais été avare. Encore aujourd'hui on me reproche mes éclats de rires généreux et sonores!
Mais tu vois Robert, à présent, j'ai cette drôle d'impression qu'il faudrait que je rie du lever au coucher... Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit comme dirait l'autre. Et je trouve ça fatigant. Je ne fais pas d'abdos à la salle de sport ce n'est pour en faire en écoutant la radio! Qu'on me laisse écouter les catastrophes naturelles, les magouilles politiques et la météo sans fantaisie, merci! C'est comme si les médias ou les producteurs de spectacle, ne sollicitaient qu'une part de mon esprit du matin au soir... Pourtant aussi surprenant que ça puisse leur paraître, je sais aussi réfléchir. Je sais même penser, analyser, ressentir, pleurer, me révolter et encore tout un tas d'autres trucs qu'ils n'imaginent même pas. 
Ou alors? Non... Et si... ?  Dis Robert... Tu crois que je n'ai pas d'humour?

jeudi 9 avril 2015

75. Un homme à sa fenêtre

Devant ma fenêtre ce matin, de l'autre côté de la rue, il y a un homme tout nu. 
Un homme sans rien dessus. Nulle part. Rien. Pas une chaussette, pas un tatouage, pas même un abat-jour pour décorer. Nada. Oualou.
Je vous assure, j'ai vérifié. Plusieurs fois. C'est que je voulais être bien sûre de ne pas me tromper, vous comprenez. 
Bon. Ce n'est pas comme si je n'en avais jamais vu, des hommes tout nus. Je ne suis pas - complètement - nunuche! D'ailleurs c'est comme ça que j'ai reconnu que c'en était un à la fenêtre : parce que précisément j'en avais déjà vu d'autres avant. Enfin tout de même! Un inconnu tout nu surgit sans prévenir devant ma fenêtre? Au moment où je m’apprête tranquillement à écrire? Eh bien, je suis désolée mais moi, ça me déconcentre! Vous voudriez peut-être que je fasse semblant d'ignorer que cet individu lève nonchalamment son fondement de son fauteuil Ikea EKENÄSET lavable en machine à 199€, pour aller sucrer son café ? Eh bien non! Car contrairement aux accoudoirs de son fauteuil suédois en bouleau massif, je ne suis pas de bois!
Moi je suis là, le café fumant à portée du gosier, la fenêtre est ouverte et je gazouille Sweet Dreams de Eurythmics. Oui Eurythmics, c'est pas Ella Fitzgerald mais j'aime aussi et puis c'est plus facile à chanter! Bref, c'est tout juste si je ne tortille pas du popotin sur ma chaise! Je déconcerte même un passant qui passait par là (comme souvent les passants...). Il me dévisage. Je me fige. J'hésite quelques secondes entre la mortification absolue et la bonne humeur? Finalement, c'est la deuxième option qui prend naturellement le dessus et qui, contagieuse, gagne le piéton ahuri qui me rend mon sourire avant de s'éloigner en fredonnant lui aussi que les doux rêves sont faits de ça... Qui a dit que les parisiens sont grognons? Bref! Je reviens donc à mon écran, le bout des doigts impatients de chatouiller AZERTY, quand tout à coup, là, juste en face, baigné par la lueur d'un rayon de soleil inconvenant et (ou) mystique - après tout c'est à lqa fois le printemps et Pâques - un homme (un dieu?) est apparu tout nu dans la fenêtre de l'appartement situé au numéro 3 de ma rue. Notez que je ne me plains pas. Ça aurait pu être pire. Par exemple, ce  monsieur aurait pu se promener dans l'appartement situé au numéro 5 de la rue, auquel cas je n'aurais pas pu profiter du spectacle. Oh ça va: OUI j'en ai profité! Honnêtement, vous n'en auriez pas fait autant peut-être? N'est-ce pas un tableau charmant pour commencer sa journée que celui d'un homme alangui, sirotant son café en costume d'Adam dans du mobilier scandinave?
Si ce monsieur avait été disons... disgracieux... adipeux... acnéique... édenté... ou exagérément velu... Bref, inutile de finasser, si ce monsieur avait été parfaitement immonde ou s'il avait été le sosie de Franck Ribery ou celui de Julien Lepers, je ne dis pas... Il m'aurait été facile de fermer les yeux et la fenêtre sur son exhibitionnisme déroutant autant que matinal et de focaliser mon attention sur un sujet autrement plus fondamental tel que, au hasard, Les différents moyens de dire "Non" à son coiffeur quand il vous propose un soin!
Mais non... Le drôle était charmant, vraisemblablement décontracté de partout (hommage à Blier sans doute), confiant et peinard dans la solitude de son appartement parisien, inconscient qu'il était de mes œillades amusées (faites la liaison, c'est plus joli!). En fait, je ne sais pas si mon voisin était vraiment séduisant ou si c'est ce naturisme décomplexé qui pendant un très bref instant, l'a rendu très très joli?
Pour tout vous dire, au moment de fermer la fenêtre ce matin, je ne fredonnais plus Eurythmics. Pour autant, ma bonne humeur ne s'était pas envolée. Si vous étiez passé devant chez moi, vous m'auriez entendue murmurer Que vous êtes beaux  de Anne Sylvestre...
J'ai vu quelques messieurs tout nus, mais ils sont plus rares ceux qui se sont mis à nus devant moi. Sans chemise... Sans pantalon... Et puis surtout, sans leur panoplie de Supermec (ou de Supernase selon les gars). Alors, je vous remercie Monsieur pour ce petit moment de vie que je vous ai volé... Ne m'en veuillez pas trop, c'était sans méchanceté aucune. D'ailleurs, si vous voulez... A l'occasion... Je vous le rendrais bien volontiers... Demain par exemple? Ils annoncent encore du beau temps et puis c'est tellement plus agréable de boire son café la fenêtre ouverte!

jeudi 19 mars 2015

74. NamaStef!

Que c'est excitant les voyages! D'abord on se plonge dans les guides, on explore les photos sur le Net, on vérifie la météo et en fonction, on s'interroge sur ce qu'on doit emmener d'indispensable dans sa valise : pull ou T shirt? Baskets ou sandales? Oui, mais si on sort? Une robe? Des talons? Et puis encore le pyjama, les sous-vêtements, le maillot (et par conséquent le paréo et la crème solaire qui vont avec), la trousse de toilette, celle à pharmacie, un ou deux bouquins, l'appareil photo et son chargeur, ceux du téléphone et de la tablette... Par précaution on ajoute encore 2 kilos de broutilles superflues puis, dans un élan de clairvoyance superbe, on se demande si les boucles d'oreilles et les chaussettes sont bien nécessaires? On en trouvera sûrement sur place! Alors, on allège la valise boulimique de 200 grammes inutiles et on se sent satisfaite. Au final, deux heures de tergiversations et 18 kilos plus tard, on se dit qu'on est parée à s'envoler pour le bout du monde, le passeport et le billet électronique soigneusement rangés au fond du sac!

Dans l'avion qui m’emmène à plus de 7000km de chez moi, je suis impatiente comme une petite fille. A travers le hublot, je regarde l'écume des nuages et comme toujours, j'ai envie de plonger ma main dans cette chantilly céleste. L'hôtesse ne prend pas la peine de m'indiquer les issues de secours, néanmoins une voix synthétique m'explique les gestes à exécuter en cas de catastrophe aérienne successivement en anglais, en arabe, en hindi et le dépaysement me gagne. Ici comme ailleurs, le plateau repas que me sert l'hôtesse n'a rien d'appétissant hormis les noms des barquettes réchauffées : Chicken Biryani, Rava Laddhu. Dans l'avion, mes compagnons de voyage sont quasiment tous endormis. Comment peuvent-ils dormir? Pour ma part je suis bien trop excitée et je calme mon impatience en rattrapant mon retard cinématographique avec Twelve Years a Slave. Enfin (enfin!), le commandant de bord annonce notre descente. Il me demande de boucler ma ceinture et obéissante, je m'exécute. Il est 4 heures du matin heure locale, la température extérieure est de 25° Celsius et notre avion se pose en douceur et en pleine nuit sur le tarmac de l'Aéroport de Jaipur, Rajhastan, Inde. 

Nous ne sommes pas encore montés dans le taxi qui doit nous conduire à l'hôtel que je suis déjà dépaysée! Devant l'aéroport s'alignent les Rickshaws et les Touk Touk Piaggio jaunes et verts. En route pour l'hôtel, peu avant 5 heures, la ville se réveille aux couleurs des carrioles des vendeurs de légumes, des saris des femmes qui frôlent le bitume et des cascades de bougainvillées. Les publicités peintes à même les murs et les inscriptions en hindi ajoutent encore au folklore, la ville entière semble sourire et je ne serais pas autrement surprise de voir commencer une chorégraphie Bollywood au prochain carrefour. Mais non. Ce sera pour demain sans doute. Nous voilà enfin à l'hôtel et je tombe de sommeil et même si j'ai hâte d'explorer la ville et ses alentours, je m'écroule en moins d'une minute sur mon oreiller.

Au matin pourtant, je suis surprise. La ville rose semble avoir perdu son sourire. A la lumière du jour, le folklore des Rickshaws disparait quand je découvre que ce sont souvent des vieillards qui pédalent laborieusement sous le poids de cargaisons gigantesques. Les saris des femmes balaient non pas le bitume mais des détritus en tous genres et les pieds nus des enfants arpentent des routes jonchées d'immondices. Entre vaches - sacrées peut-être, faméliques sans doute - singes et chiens errants, les hommes trainent des carrioles misérables, proposant de la canne à sucre, des chips, des colliers d’œillets, des cigarettes ou une coupe de cheveux pour quelques roupies. Je découvre ici une misère que je n'ai jamais vue et mes yeux d'européenne gâtée me piquent. D'autant plus que le contraste avec la splendeur des temples et des palais que nous visitons est saisissant. 
En route pour le Taj Mahal, somptueux de marbre et de pierre précieuses, les tentes rudimentaires et les maisons de torchis s'alignent, côte à côte dans la boue, sur le bord d'une route à peine praticable. Mais comment est-ce possible? Sans cesse, mon cœur balance entre extase et consternation. Ce qui devait être un joyeux séjour touristique devient une expérience humaine étrange autant que riche (sans mauvais jeu de mots), intense et parfois douloureuse. Je suis pourtant heureuse d'être là et de partager ces quelques jours avec ma famille.
Car au-delà de la pauvreté et du dénuement, nous découvrons la gentillesse et les sourires des habitants. Les petites filles en uniforme reviennent gaiement de l'école et nous saluent joyeusement de la main. Ici et là, ma sœur et moi nous retrouvons bénies. Je caresse mon premier (et mon dernier!) serpent. Je m'émerveille devant des éléphants multicolores. Nous savourons les épices qui saupoudrent chacune de nos assiettes et enflamment nos palais. Et toujours, où que nos yeux se portent, les couleurs chatoyantes semblent contredire la tristesse des rues boueuses.
Dans l'avion qui me ramène, mes compagnons de voyage sont de nouveau endormis. Cette fois je ne regarde pas l'écran sur le fauteuil de mon voisin. Appuyée au hublot, je repasse dans ma tête les images de ces derniers jours et je mesure ma chance, heureuse, moi qui, comme Ulysse, ai fait un beau voyage...

Dans les rues de Jaipur

Le Taj Mahal

Monkey Palace

samedi 21 février 2015

73. Nini la classe!

Il est temps pour moi de rendre un hommage saisissant à mon idole de toujours. En effet, hier soir avait lieu la pénible Cérémonie des Césars, du coup ce matin en me réveillant, je me suis dit que c'était l'occasion idéale. D'être saisissante je veux dire. Pas pénible. Je le précise car vous auriez pu vous méprendre. En effet, les hommages c'est souvent barbant pourtant, je tenterai ici d'être captivante tout autant que spirituelle. Vous me direz, renard flatteur que vous êtes, ça ne changera pas beaucoup et  je vous répondrai, corbeau modeste que je suis, c'est vrai, vous n'avez pas tort. Les formalités de courtoisie étant maintenant dûment remplies, il me semble que je peux entrer dans le vif du sujet et débuter mon hommage. 
Je précise avant toute chose que l'objet de mon compliment n'est pas encore trépassé. Je le précise parce que j'ai remarqué qu'on rend plus souvent hommage aux personnes décédées qu'aux personnes vivantes. D'ailleurs, en passant, je trouve ça complètement idiot. N'est-il pas plus appréciable d'être encore vivant pour s'entendre dire à quel point on vous aime, comme on vous trouve formidable et encore tout un tas de jolies choses? Je crois pour ma part, que j'apprécierais mieux qu'on me rende d'éventuels honneurs accoudée au comptoir de La Joie du Peuple un verre de Chirouble à la main que couchée dans un cercueil en mélèze à côtes moulurées. Mais je m'avance peut-être...
Bref. Il s’agit d'une dame. D'une grande dame, même si elle ne mesure que 1m60. Et je l'aime depuis ma plus tendre enfance. Je l'aime, si vous saviez combien! Sa sympathie, son énergie, sa bonne humeur sont de celles qui m'ont donné envie de faire ce métier: Artiste et au cas où vous ne l'auriez pas saisi, le A majuscule, ce n'est pas une erreur de frappe, c'est exprès! 
Et c'est encore une fois grâce à mon Tonton Alain que je l'adule ma Tata Yoyo! Pour ceux qui n'auraient pas lu entre les lignes... Parce que oui, bon, voilà, c'est elle! L'objet de mon admiration sans limite. Un peu chanteuse, un peu danseuse, un peu theâtreuse et surtout beaucoup, beaucoup bosseuse! Annie Cordy! Nini la Chance!
Là bien sûr, il y en a des qui vont me trouver un peu ridicule, voire carrément ringarde, parce que Annie Cordy qui chante Papa banjo, maman violon, c'est pas Barbra Streisand qui chante Papa can you hear me ni Barbara tout court d'ailleurs avec son Aigle noir semblant crever le ciel  à défaut d'autre chose mais je vous prie de croire que moi je m'en balance et comme il faut! Annie Cordy c'est Annie Cordy! La copine à  Bourvil, De Funes, Luis Mariano, qui a chanté Hello Dolly à New York et  Las Vegas! En un mot c'est LA classe!
Quand j'étais petite, à défaut de manger de grosses saucisses chez ma nourrice, mon tonton Alain me chantait Frida Oum Papa à m'en faire mourir de rire! Je répétais "Encore! Encore!" et lui de s'exécuter volontiers! Au point que des années plus tard, dans un vide-grenier il m'a même dégotté le 45 tours ainsi que celui de Jeanne la Tarzane, moins hilarant certes.
J'ai grandi donc en fredonnant joyeusement Tata Yoyo et Cho Ka Kao, quoique pas très sûre d'assumer mes goûts musicaux populaires en public. Je me souviens que dans le XVIème arrondissement, Chantal Goya avait beaucoup plus la cote auprès de mes copines, mais moi j'aimais tellement mieux le sourire de Tata Yoyo sa robe à fleurs et son mégot! Si j'avais pu, je crois que je me serais même habillée tout pareil! C'était les années 80, qui m'en aurait tenu rigueur? 
Annie Cordy, ce sont des chansons, mais c'est surtout le music-hall! Le théâtre qui rencontre la musique qui rencontre la danse qui rencontre la revue... Mais comment mais alors... C'est possible? En France? M.... alors! Oui c'est possible! Même que ça s'appelle fantaisiste et que c'est ça que je veux faire quand je serai grande!!! Sauf que aujourd’hui je suis grande et fantaisiste, c'est plus un métier... C'est un truc vieux et poussiéreux... Plus personne n'en veut. Je lui ai dit à Annie. 
Parce que croyez-le ou non, je l'ai rencontrée Annie! Moi! Ce bonheur!!! Que je vous raconte...
J'ai un copain, c'est pas le dernier des nases vu que c'est le pianiste de devinez qui? Oui, Annie Cordy! En vrai! Le pauvre, depuis que je l'ai rencontré, je l'ai bassiné de toute la puissance de mon amour! "Et elle est comment? Raconte! Dis, elle aime les frites?" Toujours est-il que un jour soit il a eu pitié soit il a voulu me faire plaisir mais il m'a invitée au concert de Annie Cordy et ça a été un des plus beaux jours de ma vie!
Bon, je dois avouer que mes voisins de siège étaient un peu surpris de me voir éclater en sanglots convulsifs dès les premières mesures de Frida Oum Papa. Mais impossible de me contrôler... L'enfance qui revenait d'un coup comme ça sans prévenir, que voulez-vous, ça m'a surpris! Qu'est-ce que j'y pouvais? Rien. Alors je me suis laissée faire. Annie est là, qui chante, danse, fait des claquettes même, à quelques mètres de moi, pour moi et je suis au paradis. Autour de moi, j'entends les rires, je sens l'amour et la tendresse, devant moi je vois les personnages qui naissent et qui meurent le temps d'une chanson, tout comme j'aime! Et bien sûr, voilà que débarque sur scène La bonne du curé qui malgré ses 80 ans au compteur n'a pas pris une ride! Moi, dans la salle, je jubile. Je me dis que 35 ans plus tard, je veux toujours faire ce métier, celui-là précisément!
Je crois que mon cœur va exploser de joie, mais je me trompe car la soirée n'est pas finie. Le concert lui est bien terminé mais sans me prévenir, mon ami me présente maintenant à Annie Cordy! En vrai! De nouveau, l'enfance remonte. Comme dit l'autre, j'ai 10 ans, je sais que c'est pas vrai mais j'ai 10 ans et je pleure, ridicule, devant mon idole sans pouvoir me contrôler... J'ai envie de dire "Annie je t'aime!" Mais heureusement un dernier sursaut de dignité me retient. Je me contente de bredouiller confusément entre deux larmes "Bonjour... Bravo... Merci... " Annie me voit pleurer, elle prend ma main dans la sienne et m'offre un sourire magique et des yeux qui pétillent... Mon ami vient à mon secours... "Annie, c'est Stéphanie, je t'en ai parlé tu sais  Ode à mon cul! Avec elle ta relève est assurée"... Je rougis... Avec les larmes et le nez qui coule, je dois avoir la grâce d'un lamantin! Mais Annie doit aimer les animaux, elle s'en fiche et me serre la main plus fort. "Ah! Alors c'est toi la rigolote? Accroche-toi cocotte, parce que tu sais, y en a plus beaucoup des comme nous! Viens, on va boire un verre!". 
Mon verre à la main, je ne sais pas quoi dire. Et je suis tout sauf rigolote. Devant moi, l'énergie et la bonne humeur de Annie Cordy ont laissé la place à la fatigue de Léonie Cooreman, 87 ans. Je me dis qu'elle doit vouloir se reposer alors je renifle et je prends congé, un peu étourdie par autant d'émotion. 

Ce matin, aux cinémas des Restos du Coeur,  on a projeté Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. C'était avec Annie Cordy. J'ai pleuré, j'ai souri, c'était bien. 
En sortant, un bénéficiaire, m'a dit "Vous savez, Stéphanie, c'est comme Annie avec Steph en plus...". Je me suis dit, ça c'est un bel hommage!