jeudi 23 mai 2013

48. J moins trouille...

Vous le croirez si vous voulez, mais voilà que ça me reprend! Oui, encore!
On pourrait penser qu'à force je serais immunisée, mais non. Chaque fois que l'ombre de l'ombre d'une Première se dessine plus ou moins distinctement à l'horizon, j'ai la trouille. Une Première me concernant, cela va sans dire (mais je le dis quand même, au cas où ce ne serait pas clair pour certains). On remarquera au passage la discrétion avec laquelle je signale  à mes lecteurs que je m'apprête à (re)monter sur les planches.
Donc je remets ça et, par voie de conséquence, j'ai tout à la fois les chocottes, les jetons, les foies, les pétoches, la chair de poule, les miches qui font bravo et les jambes en coton! C'est assez ridicule je vous l'accorde, vu que ce n'est pas la première fois que je pousse mes chansonnettes ni que je fais la comique sur une scène et qu'à bien y réfléchir, c'est tout de même plus approprié que de faire ça dans ma baignoire. Quoique? C'est d'autant plus ridicule si l'on considère que à quarante passés (à peine, certes), il serait plus que temps que je fasse preuve de maturité et que, à défaut d'un 'vrai métier', j'apprenne au moins à juguler mes angoisses. D'un autre côté, je crois pouvoir affirmer que sans le trac, le spectacle en général, et le mien en particulier, seraient beaucoup moins rigolo.
Certains artistes n'ont paraît-il, pas le trac. Tant pis pour eux! Moi, le trac, j'en ai besoin! 
Tant que j'ai la trouille de me prendre une veste (et tout le reste des collections printemps-été-automne-hiver qui encombrent ma penderie) je me dis qu'il est encore temps de retoucher, d'améliorer, de peaufiner... Alors donc, je retouche! J'améliore! Je peaufine! C'est que quitte à me prendre un anorak, autant qu'il soit taillé à mes mesures! 
Voilà qui est donc - quasiment - chose faite avec ce nouveau spectacle conçu exactement à mes dimensions généreuses et rebondies de chanteuse ET de comédienne, spectacle sobrement intitulé 

 Roulements de tambour installant un climat de suspense 
(non ce n'est pas le titre) 

STEF ! Dans tous ses éclats 

Hein?
J'avoue que je n'étais pas trop mécontente de cette trouvaille. C'est prometteur comme accroche, non? Ça 'jette' comme on dit! Mais... Oh la la... Et si justement... C'était TROP prometteur? C'est qu'avec un titre pareil, il va falloir se montrer à la hauteur! Pourvu que les gens n'aillent pas s'imaginer un spectacle sons et lumières et des effets spéciaux à couper le souffle! Parce que bon, Les Blancs Manteaux, ce n'est pas exactement Bobino! N'empêche, outre le fait d'avoir eu la bonne idée de me programmer, c'est une chouette petite salle intime, chaleureuse et accueillante (et je ne vous parle même pas du délicieux Ti Punch 'maison' de Chris que je vous recommande plus que vivement!). Bref, je crois que l'écrin sera parfaitement adapté au bijou. Ou l'inverse! Mais en attendant la Première, le 'bijou' n'en a pas moins la trouille pour autant! C'est que l'exercice n'est pas simple : entre clown, théâtre et chanson il faut savoir doser et trouver le juste équilibre, le tout en 60mn chrono. Aaaaaaaah!
Je m'étais dit que d'écrire ça m'aiderait peut-être à évacuer le stress, mais c'est étrange, j'ai l'impression que c'est encore pire qu'avant! A l'instar de ce bon vieux Bérurier dans je ne sais plus quel San Antonio : j'ai les boyaux en zigzag! Je ferais mieux de retourner répéter avant de me déballonner complètement.

Dites, si par hasard vous étiez à la fois libres, parisiens, curieux et pleins d'empathie, la première, MA première, c'est le Jeudi 20 Juin à 21h et ça continue ensuite tout l'été à partir du 3 Juillet tous les mercredis à 19h30. Je peux compter sur vous?

samedi 27 avril 2013

47. Moyen courrier...

En ce matin aux nues brumeuses, tout comme moi qui n'ait pas encore bu mon café, figurez-vous que j'en tombe, des nues. 
Un lecteur assidu, dont je préserverai ici l'anonymat (d'autant mieux que je ne le connais pas) m'envoie ses réclamations. Oui, vous avez bien lu, ses réclamations! Voilà qui réveille mieux que le plus fort des cafés!
Bon. Je dois accorder à Monsieur X. que son mail plein d'humour m'a bien fait rigoler! Et puis après tout, pourquoi pas? Faisons preuve ici de clémence et d'ouverture d'esprit. Cette remarque n'est peut-être pas tout à fait infondée... Je suis très certainement soucieuse de faire le bonheur de mes lecteurs, je veux donc me soucier aussi de tenir compte de leurs remarques constructives, quoique contrariantes à l'heure où, je le répète, je n'ai pas encore avalé mon café du matin! 
Il semblerait donc que je farcisse généreusement mes bafouilles d'accès d'humeur mauvaise et de coups de gueule intempestifs. D'abord, la remarque m'étonne. L'étonnement passé, je tiens à présenter mes humbles excuses à ceux (s'il en est d'autres) que mes billets, bilieux semble-t-il, auraient pu heurter. J'avoue que j'ai parfois tendance à m'emporter un brin. Sans doute est-ce le soleil de mon côté méditerranéen qui me tape un peu trop fort sur le pamplemousse. 
Avouez tout de même que c'est rarement sans raison valable que je m'enflamme! Et puis je m'enflamme, je m'enflamme... C'est vite dit, non? Je dirais plus volontiers que je suis d'un naturel le plus souvent guilleret, enthousiaste toujours, plein d'ardeur, qui manque peut-être un peu de nuances dans ses appréciations, certes.
Mais s'il faut être tout à fait honnête, je suis capable de m'emballer dans un sens comme dans l'autre. Tenez, la preuve : cette semaine je suis allée applaudir Les 2 G, artistes de music-hall, au Théâtre du Petit Saint Martin. Eh bien, j'en ai encore des fourmis dans les mains! Foncez, courez, précipitez-vous pour voir ce spectacle formidable, furieusement fou, drôle, surprenant, touchant... en un mot SUPER!
Bon ok. Ok. Je dois bien l'admettre, je suis sans doute un petit peu excessive : j'adore ou je déteste, je suis pour ou je suis contre. Avec moi, c'est soit blanc, soit noir. Soit épicé, soit insipide. Mais de deux choses l'une : ou bien on aime les artichauts, ou bien on ne les aime pas, non? On ne peut pas aimer les artichauts 'à demi'.
Monsieur X., vous avez raison. Mes inclinations ne sont pas modérées, mes élans rarement tempérés et je marche de préférence tout au bord des chemins plutôt que bien au milieu... J'aurais du mal à le nier. Pourtant, si je vous en crois, vous êtes un lecteur assidu de mes divagations. Je lis d'ailleurs que ma démesure n'est pas tout à fait pour vous déplaire et que, je cite, vous aimez les "râleuses et les grandes gueules"... Je vous avoue que je m'en réjouis. Si j'osais, je me sentirais même un peu flattée. On a beau mettre la meilleure des volontés à essayer de se corriger, de se contrôler, de s'améliorer, on aura beau faire, on ne se refait pas. Pas entièrement du moins...
Moi qui vous parle, me croiriez-vous si je vous disais qu'il m'arrive d'être un peu susceptible? Surtout quand je n'ai pas bu mon café du matin... C'est fou, non?

PS : Inutile d'insister, je ne vous dirai pas le nom du spectacle désolant qui se cache derrière le billet n° 46 !

mardi 16 avril 2013

46. Maux d'humour

Suis-je normale? Je m'interroge. 
Il serait probablement plus simple d'interroger mon entourage mais je connais déjà sa réponse : un NON catégorique, massif et spontané. Toutefois, que personne ne s'offense, la fiabilité dudit entourage me paraît douteuse. Je préfère donc m'abstenir de tout sondage et me lancer courageusement dans une introspection au verdict incertain tout autant qu'angoissant.
Étudions un peu les faits, voulez-vous?
Nous avons vu dans un billet précédent - billet n° 45 pour les distraits - que le printemps revient et avec lui, des envies joyeuses de sorties ensoleillées entre amis. Si on allait boire un verre en terrasse? Si on sortait les chips barbecue et les gobelets en plastique pour un pique-nique sur le Canal Saint Martin? Eh! Pourquoi se priver? Les guitaristes sortent bien du métro pour s'installer sous les arcades de la Place des Vosges! Paris la coquine nous fait de l’œil! Même les salles de spectacles jouent les aguicheuses et entrouvrent lascivement leurs portes. Curieux, on se laisse faire après un hiver plus ou moins difficile, et on accepte volontiers la moindre occasion de se détendre, sans se méfier.. 
Voilà pour le contexte. 
La soirée est douce, dans ce café du Marais je suis en bonne compagnie, repue, le fou rire aux lèvres fusant à la moindre répartie de mes camarades et, bien que je ne sois pas une fille facile, je suis pourtant dans les meilleures dispositions pour me laisser séduire par deux jeunes humoristes prétendument talentueux, preuve en est qu'ils passent régulièrement à la tévé!
Après ce début de soirée plus que réussi, je me retrouve dans la file d'attente d'un café théâtre renommé. Sans prévenir, avec la classe d'une poissarde des Halles sortie tout droit d'un roman de Zola, la programmatrice m’enjoint  de rentrer dans la salle. 
Quelques instants plus tard, me voici 'assise' entre mes deux complices du soir, les genoux sous le menton, le dos voûté contre le dossier improvisé des genoux de mon voisin de derrière, et les fesses bien calées sur ses mocassins pointure 46, mais qu'importe! Coincée chaleureusement entre mes amis, pleine d'entrain, je fredonne avec eux les titres d'ABBA qui illustrent le fond sonore en attendant que le spectacle démarre, quand tout à coup... la lumière s'éteint! 
D'abord, Elle est entrée. Attention, je vais être mauvaise! Je l'ai dit, je ne suis pas précisément un public facile. Le goût du théâtre, des textes, du jeu m'a rendue exigeante. Trop parfois, peut-être. C'est que la scène, que l'on fasse du théâtre, du cirque ou de l'humour, avant toute chose c'est un MÉTIER, et pas des plus faciles, n'est pas artiste qui veut, contrairement à ce que les médias voudraient nous faire croire! On n'entre pas en scène comme on entre à la boulangerie pour demander une baguette! 
La pauvreté du jeu d'actrice de cette 'humoriste' n'avait d'égal que la médiocrité du texte, dénué à mon avis, de la moindre trace d'humour, mais pas, hélas, de la moindre trace vulgarité et je pèse mes mots! Le jeu de son partenaire quant à lui, sans être remarquable, avait au moins le bon goût d'être dépourvu d'effets. Je vous épargne ici la chronique des jeux de mots graveleux et des autres gags pittoresques qui auraient fait rougir Joseph Vermot lui-même, ainsi que celle des effets de 'mise en scène' d'une finesse à vous couper le souffle.
Dans la salle le public riait aux éclats. Sans moi.
Alors donc, je m'interroge: suis-je normale? Et si mon sens de l'humour indiquait la mauvaise direction? Mon GPS humoristique n'est-il pas complètement détraqué? Pourquoi n'indique-t-il pas systématiquement le sud du sud de la ceinture? Je suis peut-être atteinte du Syndrome de Telerama?
Comme tout le monde, en cette période de morosité ambiante, j'assiste perplexe à la déferlante d'humoristes qui envahit les médias. De la télé à la radio en passant par les salles de spectacles, impossible d'échapper aux chroniqueurs et autres révélations de l'Humour de demain. D'aucuns prétendent que c'est la crise et qu'il faut bien rigoler. Je ne demande pas mieux! Mais faut-il nécessairement pour cela sortir la pâte à prout et les serviettes hygiéniques à tout bout de one man chiottes? Il me semble que Desproges, Coluche, le Splendid, Les Nuls ou Sophia Aram (liste non exhaustive, bien sûr!) ont clairement fait la preuve qu'un peu d'esprit ne nuit pas nécessairement à l'humour. Un peu de travail aussi si vous voulez mon avis. Pour être humoriste, certes, il n'est pas indispensable d'être comédien, mais quelques notions de base et un peu de technique ne gâchent rien. Surtout si vous envisagez de faire payer 19€ au spectateur venu gentiment vous applaudir!
Je ne suis que chanteuse me direz-vous, qu'est-ce que j'y connais à l'humour, hein? Je manque sans doute de fantaisie... N'empêche, dans Les petits riens Serge Gainsbourg chantait
Mieux vaut pleurer de rien que de rire de tout
C'est joli, c'est bien dit pis surtout, c'est pas faux!
Epicétou!

mardi 26 mars 2013

45. Anormale saisonnière

Ça y est! Enfin! Il est là!
Comment ça "NON"? Qui a dit "NON"? C'est nul ce "NON", c'est miteux même.
Ça m'aurait étonné aussi qu'il n'y en ait pas un pour faire du mauvais esprit! Qu'est-ce que c'est encore que ce bête esprit de contradiction: "NON"? Vous vous croyez malin? Eh bien, permettez-moi de vous dire que cette attitude atrabilaire...  (Là, je prends un petit temps. C'est pour ça les points de suspension, pour le petit temps. D'abord pour savourer l'effet produit par l'usage du mot atrabilaire sur le lecteur ébloui par l'étendue de mes connaissances sémantiques et ensuite parce je suis particulièrement fière d'avoir réussi à placer ce mot dans le contexte approprié et que ça mérite bien un Granola!)... Cette attitude disai-je, ne vous mènera nulle part!
Regardez-donc plutôt autour de vous, j'invente peut-être?
Et ces pantacourts fluos qui fleurissent aux vitrines? Et ces fraises espagnoles? Et ces asperges marocaines? Elles ne débarquent pas chez les maraichers peut-être? Et les supers promos sur les barbecues électriques chez Casto, ça ne vous évoque rien? Ce doux parfum synthétique de lilas qui flotte dans la cage d'escalier fraîchement lessivée par la gardienne, vous trouvez ça naturel? Le retour de la Foire du Trône? Toujours rien?  Les Huit Jours en Or du Printemps... qui tombent justement maintenant? Simple coïncidence? Mais bon sang, Alexis HK et La rue Kétanou au Printemps de Bourges? Ce ne sont pas des preuves peur-être?
Oh bien sûr, je les entends d'ici les pisse-vinaigre grommeler leur complainte saumâtre! "Il fait froid... Y en a marre de la pluie... Mais ça n'en finira jamais? De mon temps, ça durait moins longtemps... Ah la la, y' a plus de saison... Manquerait plus qu'il grêle... Il est dégueu ce café... "
Vous arrêtez de râler un peu? Puisqu'on vous dit qu'il est revenu! Allez hop! Sortez les sécateurs et les binettes, les plantoirs et les serfouettes, c'est le moment de planter géraniums, fuschias et capucines! D'accord, vous oublierez de les arroser et vos jolies balconnières crèveront en juillet, et alors?  C'est le printemps nom de Dieu! Les jours rallongent, les oiseaux gazouillent, les ados bourgeonnent! Ça sent bon le gigot rôti! Mesdemoiselles à défaut du pantacourt, ressortez les jupettes, fluos si possible, effet garanti sur ces messieurs quand ils vous regarderont faire la belle à Velib'! Quant à vous messieurs, il semble que cette année la chemise se porte fleurie. Soyez sans crainte, le liberty ne portera aucun préjudice à votre virilité, à moins que vous ne fassiez vous-même la belle à Vélib', mais je ne juge personne!
Moi le printemps, je vous avoue, je m'en fous un peu. D'ailleurs, je m'habille tout pareil. Le printemps me donne pêle-mêle des envies  de sieste, de  petit blanc au comptoir des Foudres, de flâner sous le soleil qui luit timidement sur les allées du Père Lachaise, de bouquiner square Joseph Champlain (qui est au juste Joseph Champlain, je vous le demande?), de ressortir à vélo, de fuguer en Bretagne, en Ardèche ou en Italie... Eh oui, c'est ça aussi les joies du chômage! On apprécie mieux le cycle des saisons! En hiver je me languis du printemps et au printemps de l'hiver...
Allez, je vous quitte, je vous accorde que ce n'est pas mon meilleur billet. Vous voudrez bien m'excuser, moi au printemps, je suis surtout un peu feignasse... J'émerge... Après le gel et le ralenti de l'hiver, l'encre de ma plume se réchauffe à peine. Il me faut un petit temps d'adaptation. Je ne peux quand même pas refaire le coup des points de suspension! Tiens... Et pourquoi pas? 
...

mercredi 6 mars 2013

44. Pas très cathodique

Le technicien chargé du relevé de mon compteur EDF n'en est pas revenu.
Sur la chemise - autrefois - blanche, là où battait son cœur, le badge de Boniface Blandamour (ça ne s'invente pas!) proclamait fièrement Technicien de contrôle. Quoique cela ne relevât pas de ses fonctions officiellement attribuées de releveur électrique, c'est sans doute pour ne pas trahir le glorieux insigne que ce bon Boniface non content de contrôler mon compteur a aussi jugé bon d'examiner tout mon appartement. Fort heureusement, "tout mon appartement", chez moi, c'est assez vite fait! Du salon à la chambre en passant par la salle de bain, parce qu'on ne sait jamais, il y a de ces orignaux parfois, tous les recoins ont été soigneusement inspectés. Mais rien. Non, rien de rien.
Éberlué, inquiet presque, Mr Blandamour a d'abord choisi d'emprunter le mode interrogatif. Avec une voix lente et posée, celle que l'on prendrait pour s'adresser aux tout petits enfants ou aux personnes âgées dont l'esprit vagabond bat gaiement la campagne, normande ou tourangelle, il a demandé "Mais... euh... vous... vous... vous n'avez pas la télé? ".
Un silence gêné a pesé entre nous avant que, prise en flagrant délit, je n'ai d'autre choix que de lui répondre par la négative. 

Incrédule, sonné je suppose par la brutalité de cet aveu, Boniface a répété sa question, craignant vraisemblablement que je ne l'ai pas comprise. Plus fermement cette fois. "Vous n'avez pas la télé?... Vous n'avez pas la télé??? VOUS N'AVEZ PAS LA TÉ-LÉ?". Cette fois-ci, Boniface avait choisi d'emprunter le mode agressif, celui qu'on prendrait (en vain) pour s'adresser à un adolescent qui refuse obstinément de ranger sa chambre. En d'autres termes, il avait hurlé. De mon côté, j'avais sursauté. En un instant, j'avais eu peur  non seulement (du latin non tantum) que ma confession inattendue n'ait endommagé l'équilibre mental de ce pauvre garçon, mais aussi (du latin sed etiam) de me retrouver seule avec un releveur inconnu potentiellement détraqué.  
Sans doute, avait-il en criant quelque espoir que je ne sois sourde ou du moins, malentendante? Auxquels cas les hurlements s'imposaient et l'absence de poste à mon domicile pouvait éventuellement s'expliquer du fait de mon handicap.
Je m'empressai de détromper Boniface, j'entendais parfaitement. Je lui signalai donc qu'il était inutile de crier, d'autant plus inutile que, si j'avais réellement été sourde, je ne l'aurais pas entendu du tout, qu'il crie ou non. Pour finir, je le félicitai chaleureusement pour le professionnalisme, l'enthousiasme et l'efficacité avec lesquels il avait relevé les pleins et creux de mes consommations électriques, il était l'honneur de sa profession et tout en le complimentant, finaude, je l'invitai à regagner promptement la sortie, en lui indiquant significativement l'emplacement de la porte d'entrée laquelle se trouvait miraculeusement être aussi la porte de sortie.
Boniface, hélas, était peu finaud lui-même et vraisemblablement la porte, miraculeuse ou non, ne lui évoquait pas grand chose. L'absence de téléviseur dans mon salon par contre...
"C'est parce qu'elle est est tombée en panne? NON??? Ah bon??? Mais vous faites quoi le soir, alors? Et pour les infos? C'est important les infos quand même... Moi, je l'aime bien le père Pujadas. Pas de télé... Ben ça!  Moi, je pourrais pas... Rien que pour le foot! Pis la télé c'est instructif... Tenez, ma femme des fois elle regarde Arte..."
Fort heureusement, ma voisine choisit ce moment précis pour ouvrir sa porte détournant ainsi l'attention de Mr Blandamour qui s'empressa d'aller lui vérifier le compteur, vu que c'était bientôt l'heure de sa pause déjeuner. Je ne doute pas qu'il ait également contrôlé son équipement audiovisuel... 

Je n'ai pas pris le risque de répondre à Mr Blandamour de peur qu'il ne s'installe définitivement chez moi. Mais, non, je n'ai pas la tévé. 
Elle est effectivement tombée en panne. Il y a cinq ans. 
Qu'est-ce que je fais le soir, alors? Ça dépend. Un peu de la pluie, un peu du beau temps, un peu de mon humeur... Je regarde un DVD, je repasse (oui, je repasse!!!), je cuisine, je grattouille selon les jours ma baignoire ou ma guitare, je téléphone à ma sœur dans son pays loin là-bas, j'écoute Les grillons de Pierre Vassiliu et je mange du raisin, je vais applaudir à tout rompre Alain Souchon en concert au Trianon, je dîne entre amies avec Valérie ou Stéphanie et on se raconte nos petites vies, je blogue, je m'endors sur un bon bouquin, parfois même sur un mauvais...
Et pour les infos? J'écoute la radio, je lis les journaux, je surfe sur le net, même, je vais au bistro! Je n'ai aucun sentiment particulier pour Mr Pujadas. Mr Pujadas m'indiffère.
Quant au foot, je m'en passe, aisément du reste. Les amateurs voudront bien m'excuser.
Parfois, on me parle d'une émission, d'une série ou d'un documentaire, et c'est l'occasion d'aller regarder la télé en famille ou entre amis! Et puis si je suis curieuse, rien ne m'empêche d'aller chercher le programme sur le Net! Au final, j'ai beau ne pas avoir la télé, je la regarde tout de même, comme tout le monde!
Je ne suis pas de ces "militants" anti télé qui prétendent lire Homère dans le texte le soir, à la chandelle... Parce que, Camarades, la télévision est un horrible outil de propagande à la solde des méchants capitalistes! La télévision ramollit vos neurones! Le petit écran c'est la mort des relations humaines! Satan possède votre téléviseur! Vade retro TF1!
Non, je n'ai rien contre la télévision. Je n'ai rien non plus contre ceux qui la regardent. Contre certains de ceux qui la font, peut-être...  
Je fais simplement partie d'une bande d'originaux qui n'ont pas de télé chez eux et déconcertent les techniciens EDF envahissants.
Ce soir après le sacro saint JT du Père Pujadas, Boniface Blandamour aura un truc incroyable à raconter à sa femme. Quant à moi, à la lumière de ma lampe de chevet, je profiterai des heures creuses pour me plonger dans Freedom de Jonhatan Franzen...

dimanche 10 février 2013

43. Saint phobie

Que les choses soient bien claires : je déteste la Saint Valentin. 
Que les choses soient même bien vulgaires : aux chiottes la Saint Valentin!!!!  
Vous, lecteurs assidus de ce blog délectable, savez comme je suis peu coutumière de la vulgarité. Toutefois, il est des sujets avec lesquels il est inutile de finasser. Vous me pardonnerez donc très certainement cette nouvelle saillie : elle me les brise menu, menu, cette Saint Valentin de merde!
Y a pas à dire, la vulgarité, parfois, ça soulage!
Soyez sans crainte, il ne s'agit pas ici d'un nouveau pamphlet prétextant que les vrais zamoureux s'aiment 365 jours par an et qu'il n'est pour eux nul besoin de calendrier pour se griser de Champagne, emprunter les mots d'Aragon ou de Hervé Vilard afin de déclarer leur flamme et offrir humblement leur cœur à leur  bon(ne) ami(e) sur un plateau d'huîtres entre un bouquet de fleurs, trois chandelles et un écrin à bijoux... On vous l'a pourtant dit et répété: quand on s'aime pour de vrai comme Brad et Angelina, tout ça c'est du pipi de chat siamois parce que aimer c'est ce qu'il y a de plus beau, aimer c'est monter si haut et toucher les ailes des oiseaux!
Certes, tout ceci n'est peut-être pas totalement faux. Encore que tripoter les ailes de pigeons dégueus qui finissent de crever après avoir picoré les reliefs des fonds de caniveaux parisiens, moi, ça me débecterait plutôt... Mais à chacun ses dégoûts, n'est-ce pas?
Revenons plutôt à cet attrape-andouilles qu'est la Saint Valen(cré)tin.
Je vous pose la question : les vrais zamoureux doivent-ils payer le double du menu habituel de La cantoche à Bébert pour séduire leur belle - a priori déjà séduite - et le plus souvent, sans se régaler pour autant? Il semblerait que les restaurateurs pensent que oui. Je vous accorde en passant que non contents d'êtres des andouilles, les vrais zamoureux sont peut-être aussi un peu cons car pour ma part, en matière de romantisme, je me méfierais d'un resto dont la raison sociale est La cantoche à Bébert, mais l'amour est aveugle, c'est bien connu. Vraisemblablement il est aussi peu perspicace, ce qui l'est moins. Et passe encore si la Saint Valentin n'était qu'une mauvaise farce de restaurateurs cupides qui, plutôt que la blanquette, préféraient saler un peu trop l'addition une fois l'an. Enfin deux, il faut bien fêter la Saint Sylvestre. Mais non! Car, je vous le demande encore, les vrais zamoureux doivent-ils aussi se ruiner en bouquets de roses rouges m'astuvuesques alors que comme dit l'autre, les fleurs c'est périssable et que si ça se trouve, un petit bouquet de violette suffit à faire monter le rouge aux joues de celle dont ce soir, ils cueilleront, cueilleront la fleurette?
Quant aux zamoureuses doivent-elles nécessairement revêtir de la lingerie habituellement réservée aux professionnelles de la chose? Doivent-elles impérativement s'empiffrer de chocolats parce qu'il est soi disant de bon ton à cette occasion de leur offrir les reliquats invendus de Noël et Halloween de commerçants sadiques associés? Alors que depuis Noël justement, les belles essaient désespérément de retrouver la ligne précisément pour ne pas avoir l'air emmaillotée dans un filet à saucisson dans la lingerie sus mentionnée? Pour finir, supplice ultime, les vrais zamoureux doivent-ils nécessairement, se farcir la playlist spéciale Saint Valentin de La cantoche à Bébert qui vomit à leurs oreilles Roch Voisine et Chimène Badi alors que refroidit lentement le duo de porc et gambas quasi intact dans sa sauce au gingembre figée?
Je déteste la Saint Valentin, son harcèlement médiatique et son cortège d'opérations commerciales, comme un ultimatum aux personnes en couple et une insulte aux célibataires.
A tous les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, je dis faites l'amour, pas les magasins!
Quant aux célibataires qui se sentiraient un brin fragile émotionnellement ces prochains jours, plutôt que le suicide, je leur conseille d'éteindre leur portable du 13 au 15 Février. Vous éviterez ainsi en amont, les coup de fil navrés et pleins de sollicitude et en aval, les comptes-rendus détaillés des soirées romantiques de vos amis en couples.
Pour finir, je me suis rancardée! Avant d'être saint, Valentin, qui devait aimer faire la noce (ouarf, ouarf!), mariait les chrétiens alors que ce n'était pas très tendance côté religion et on ne peut pas dire que ça lui a particulièrement réussi! En effet, Claude II, empereur romain de son état et que ses potes avait surnommé Le Cruel  (fort judicieusement comme vous allez voir), n'a pas apprécié cette idée somme toute assez moderne au IIIème siècle. Marier des chrétiens? Et pourquoi pas des homos tant qu'on y est? Il a donc fait mettre Valentin en taule avant de le faire rouer de coups puis décapiter sur la voie publique.
Renseignements pris, il semblerait que de son côté, Catherine, devenue la sainte patronne des célibataires - je m'étonne d'ailleurs qu'aucun SUPER U ne propose (encore) de promo sur les portions individuelles de foie gras le 25 novembre - soit elle aussi morte décapitée pour avoir refusé d'épouser un empereur romain.
Comme quoi pour ou contre le mariage, la fin n'est pas gaie...
Je serais Garde des Sceaux, je ferais attention à ne pas me faire tordre le cou, sinon il se pourrait qu'il y ait bientôt un menu spécial  Sainte Christiane à  La cantoche à Bébert!

jeudi 17 janvier 2013

42. Faites vos voeux!

Aaaah! 
Aujourd'hui, inutile de me creuser la citrouille pour trouver le thème de cette fabuleuse chronique à l'image non moins fabuleuse de son auteure, je veux dire par là toujours plus fine (10 kilos de moins, ça n'est pas rien, surtout après les macarons au foie gras, les macarons aux huîtres, au vacherin et/ou aux marrons parce que si vous avez réussi à échapper aux macarons qui ont envahi les tables des fêtes de fin d'année, je vous félicite!), et toujours plus savoureuse (comme quoi allégée n'est pas nécessairement synonyme de fadasse, comme le sait toute adhérente de Weight Watchers qui se respecte).

Certes, alors que 2013 balbutie confusément ses premiers maux, j'aurais pu choisir de vous adresser mes meilleurs vœux. Toutefois, 2012 m'a servi de leçon avec son cortège funèbre d'espoirs déçus, de désenchantements brutaux et autres surprises douteuses telle cette gastro fulgurante qui m'a terrassée le soir du réveillon, allégorie ultime et fort peu poétique de cette année de merde!
Cette année je ne prendrai donc aucun risque. 
Je laisse mon dictionnaire de rimes au placard, bien que les rimes en [ɛz] soit plus que prometteuses que ne l'étaient celles en [uz] et je renonce à souhaiter quoique ce soit, à vous comme à moi, le pire comme le meilleur. On verra bien ce que l'avenir nous réserve!  Et comme le dit le proverbe: "Comme on fait son lit, on se couche". Par conséquent, si vous souhaitez que l'année soit belle et douce, débrouillez-vous tout seul, j'ai déjà bien assez de quoi m'occuper pour réparer les dégâts de 2012!
La bonne nouvelle c'est que quand personne ne vous souhaite rien,  vous échappez également à la jolie carte de saison,  illustrée au choix d'un noble cheval au galop sur la plage à la tombée du jour, d'un chaton maladroit gambadant dans la neige ou d'un couple de chimpanzés hilares qui vous promettent la banane toute l'année! Mon emportement paraîtra sans doute déraisonné mais je DETEEEESTE ces cartes qui me donneraient presque envie d'adhérer à la Fédération Nationale des Chasseurs!

Comme je vous le disais avant de me perdre en d'inutiles digressions cartophiles et/ou animalières, aujourd'hui, mon sujet s'impose de lui-même.
En effet, bien que certains aient du mal à le croire devant si peu de rides, tant de fraîcheur et une immaturité persistante, je viens de souffler mes 40 bougies et ce, sans la moindre quinte de toux! Ce court instant, ce souffle magique - ou l'inverse si vous préférez, je ne suis pas contrariante - furent parfaits. Absolument. De bonheur, d'émotion, de chaleur et d'amour. 
Tout d'abord, ces 40 bougies illuminaient le plus merveilleux des gâteaux d'anniversaire, piètre pléonasme pour ceux qui connaissent les talents pâtissiers de ma maman, quant à ceux qui n'ont pas cette chance, je ne peux que vous plaindre de tout mon cœur, je n'ai hélas pas de mots pour vous les décrire. A moins que...? Imaginez, que Mozart, Renoir ou Carné aient eu les mêmes talents aux fourneaux, alors, peut-être, aurez-vous une vague idée... 
Mais aucun des convives qui, l'autre soir, ont eu la chance déguster une part de ce chef-d’œuvre, n'aura pu l'apprécier comme moi, avec tout ce qu'il cachait d'enfance, d'images, de souvenirs, d'odeurs, de sourires et de tendresse. Toujours, ce gâteau aura pour moi le goût singulier de l'amour immense, insondable et infini de ma mère...
Pour ajouter à la perfection gastronomique de ce moment, ce gâteau je l'ai partagé avec tous ceux que j'aime. Ceux qui depuis de longues années pour certains, à peine quelques-unes pour d'autres, rendent ma vie jolie, la remplissent de folie, d'audace, de soleil, de musique bien sûr, de fous rires et de larmes quelquefois. Par exemple, lorsque je fête mes 40 ans! 
Il y avait bien quelques absents. Quelques disparus aussi. Avec eux aussi, quand même, j'ai partagé mon gâteau. Mon Cake d'amour. Certes, il n'ensorcèle pas les princes charmants mon Vert-Vert (qui était exceptionnellement blanc cette année!) mais il faut dire que je n'ai pas l'habitude de laisser traîner ma joaillerie dans les pâtes à gâteaux! D'un autre côté, mes amis sont charmants tout autant que le plus noble des princes et je suis bien sûre que je ne perds rien au change...
L'un de mes cadeaux était accompagné de ce "proverbe espagnol qui te ressemble" disait la carte (qu'illustrait une bibliothèque du meilleur goût!) : "Des amis, et des livres : ayez-en peu, mais ayez-en des bons." Je n'ai pas encore lu le livre qui accompagnait ce joli mot. Mais s'il est aussi bon que l'ami qui me l'a offert, alors je ne serai pas déçue!

En soufflant mes bougies d'anniversaire, comme pour la nouvelle année, je n'ai pas fait de vœu. A quoi bon? J'ai eu les 40 ans dont j'avais rêvé, en mieux. Alors... on verra bien ce que l'avenir me réserve!