jeudi 19 mars 2015

74. NamaStef!

Que c'est excitant les voyages! D'abord on se plonge dans les guides, on explore les photos sur le Net, on vérifie la météo et en fonction, on s'interroge sur ce qu'on doit emmener d'indispensable dans sa valise : pull ou T shirt? Baskets ou sandales? Oui, mais si on sort? Une robe? Des talons? Et puis encore le pyjama, les sous-vêtements, le maillot (et par conséquent le paréo et la crème solaire qui vont avec), la trousse de toilette, celle à pharmacie, un ou deux bouquins, l'appareil photo et son chargeur, ceux du téléphone et de la tablette... Par précaution on ajoute encore 2 kilos de broutilles superflues puis, dans un élan de clairvoyance superbe, on se demande si les boucles d'oreilles et les chaussettes sont bien nécessaires? On en trouvera sûrement sur place! Alors, on allège la valise boulimique de 200 grammes inutiles et on se sent satisfaite. Au final, deux heures de tergiversations et 18 kilos plus tard, on se dit qu'on est parée à s'envoler pour le bout du monde, le passeport et le billet électronique soigneusement rangés au fond du sac!

Dans l'avion qui m’emmène à plus de 7000km de chez moi, je suis impatiente comme une petite fille. A travers le hublot, je regarde l'écume des nuages et comme toujours, j'ai envie de plonger ma main dans cette chantilly céleste. L'hôtesse ne prend pas la peine de m'indiquer les issues de secours, néanmoins une voix synthétique m'explique les gestes à exécuter en cas de catastrophe aérienne successivement en anglais, en arabe, en hindi et le dépaysement me gagne. Ici comme ailleurs, le plateau repas que me sert l'hôtesse n'a rien d'appétissant hormis les noms des barquettes réchauffées : Chicken Biryani, Rava Laddhu. Dans l'avion, mes compagnons de voyage sont quasiment tous endormis. Comment peuvent-ils dormir? Pour ma part je suis bien trop excitée et je calme mon impatience en rattrapant mon retard cinématographique avec Twelve Years a Slave. Enfin (enfin!), le commandant de bord annonce notre descente. Il me demande de boucler ma ceinture et obéissante, je m'exécute. Il est 4 heures du matin heure locale, la température extérieure est de 25° Celsius et notre avion se pose en douceur et en pleine nuit sur le tarmac de l'Aéroport de Jaipur, Rajhastan, Inde. 

Nous ne sommes pas encore montés dans le taxi qui doit nous conduire à l'hôtel que je suis déjà dépaysée! Devant l'aéroport s'alignent les Rickshaws et les Touk Touk Piaggio jaunes et verts. En route pour l'hôtel, peu avant 5 heures, la ville se réveille aux couleurs des carrioles des vendeurs de légumes, des saris des femmes qui frôlent le bitume et des cascades de bougainvillées. Les publicités peintes à même les murs et les inscriptions en hindi ajoutent encore au folklore, la ville entière semble sourire et je ne serais pas autrement surprise de voir commencer une chorégraphie Bollywood au prochain carrefour. Mais non. Ce sera pour demain sans doute. Nous voilà enfin à l'hôtel et je tombe de sommeil et même si j'ai hâte d'explorer la ville et ses alentours, je m'écroule en moins d'une minute sur mon oreiller.

Au matin pourtant, je suis surprise. La ville rose semble avoir perdu son sourire. A la lumière du jour, le folklore des Rickshaws disparait quand je découvre que ce sont souvent des vieillards qui pédalent laborieusement sous le poids de cargaisons gigantesques. Les saris des femmes balaient non pas le bitume mais des détritus en tous genres et les pieds nus des enfants arpentent des routes jonchées d'immondices. Entre vaches - sacrées peut-être, faméliques sans doute - singes et chiens errants, les hommes trainent des carrioles misérables, proposant de la canne à sucre, des chips, des colliers d’œillets, des cigarettes ou une coupe de cheveux pour quelques roupies. Je découvre ici une misère que je n'ai jamais vue et mes yeux d'européenne gâtée me piquent. D'autant plus que le contraste avec la splendeur des temples et des palais que nous visitons est saisissant. 
En route pour le Taj Mahal, somptueux de marbre et de pierre précieuses, les tentes rudimentaires et les maisons de torchis s'alignent, côte à côte dans la boue, sur le bord d'une route à peine praticable. Mais comment est-ce possible? Sans cesse, mon cœur balance entre extase et consternation. Ce qui devait être un joyeux séjour touristique devient une expérience humaine étrange autant que riche (sans mauvais jeu de mots), intense et parfois douloureuse. Je suis pourtant heureuse d'être là et de partager ces quelques jours avec ma famille.
Car au-delà de la pauvreté et du dénuement, nous découvrons la gentillesse et les sourires des habitants. Les petites filles en uniforme reviennent gaiement de l'école et nous saluent joyeusement de la main. Ici et là, ma sœur et moi nous retrouvons bénies. Je caresse mon premier (et mon dernier!) serpent. Je m'émerveille devant des éléphants multicolores. Nous savourons les épices qui saupoudrent chacune de nos assiettes et enflamment nos palais. Et toujours, où que nos yeux se portent, les couleurs chatoyantes semblent contredire la tristesse des rues boueuses.
Dans l'avion qui me ramène, mes compagnons de voyage sont de nouveau endormis. Cette fois je ne regarde pas l'écran sur le fauteuil de mon voisin. Appuyée au hublot, je repasse dans ma tête les images de ces derniers jours et je mesure ma chance, heureuse, moi qui, comme Ulysse, ai fait un beau voyage...

Dans les rues de Jaipur

Le Taj Mahal

Monkey Palace

samedi 21 février 2015

73. Nini la classe!

Il est temps pour moi de rendre un hommage saisissant à mon idole de toujours. En effet, hier soir avait lieu la pénible Cérémonie des Césars, du coup ce matin en me réveillant, je me suis dit que c'était l'occasion idéale. D'être saisissante je veux dire. Pas pénible. Je le précise car vous auriez pu vous méprendre. En effet, les hommages c'est souvent barbant pourtant, je tenterai ici d'être captivante tout autant que spirituelle. Vous me direz, renard flatteur que vous êtes, ça ne changera pas beaucoup et  je vous répondrai, corbeau modeste que je suis, c'est vrai, vous n'avez pas tort. Les formalités de courtoisie étant maintenant dûment remplies, il me semble que je peux entrer dans le vif du sujet et débuter mon hommage. 
Je précise avant toute chose que l'objet de mon compliment n'est pas encore trépassé. Je le précise parce que j'ai remarqué qu'on rend plus souvent hommage aux personnes décédées qu'aux personnes vivantes. D'ailleurs, en passant, je trouve ça complètement idiot. N'est-il pas plus appréciable d'être encore vivant pour s'entendre dire à quel point on vous aime, comme on vous trouve formidable et encore tout un tas de jolies choses? Je crois pour ma part, que j'apprécierais mieux qu'on me rende d'éventuels honneurs accoudée au comptoir de La Joie du Peuple un verre de Chirouble à la main que couchée dans un cercueil en mélèze à côtes moulurées. Mais je m'avance peut-être...
Bref. Il s’agit d'une dame. D'une grande dame, même si elle ne mesure que 1m60. Et je l'aime depuis ma plus tendre enfance. Je l'aime, si vous saviez combien! Sa sympathie, son énergie, sa bonne humeur sont de celles qui m'ont donné envie de faire ce métier: Artiste et au cas où vous ne l'auriez pas saisi, le A majuscule, ce n'est pas une erreur de frappe, c'est exprès! 
Et c'est encore une fois grâce à mon Tonton Alain que je l'adule ma Tata Yoyo! Pour ceux qui n'auraient pas lu entre les lignes... Parce que oui, bon, voilà, c'est elle! L'objet de mon admiration sans limite. Un peu chanteuse, un peu danseuse, un peu theâtreuse et surtout beaucoup, beaucoup bosseuse! Annie Cordy! Nini la Chance!
Là bien sûr, il y en a des qui vont me trouver un peu ridicule, voire carrément ringarde, parce que Annie Cordy qui chante Papa banjo, maman violon, c'est pas Barbra Streisand qui chante Papa can you hear me ni Barbara tout court d'ailleurs avec son Aigle noir semblant crever le ciel  à défaut d'autre chose mais je vous prie de croire que moi je m'en balance et comme il faut! Annie Cordy c'est Annie Cordy! La copine à  Bourvil, De Funes, Luis Mariano, qui a chanté Hello Dolly à New York et  Las Vegas! En un mot c'est LA classe!
Quand j'étais petite, à défaut de manger de grosses saucisses chez ma nourrice, mon tonton Alain me chantait Frida Oum Papa à m'en faire mourir de rire! Je répétais "Encore! Encore!" et lui de s'exécuter volontiers! Au point que des années plus tard, dans un vide-grenier il m'a même dégotté le 45 tours ainsi que celui de Jeanne la Tarzane, moins hilarant certes.
J'ai grandi donc en fredonnant joyeusement Tata Yoyo et Cho Ka Kao, quoique pas très sûre d'assumer mes goûts musicaux populaires en public. Je me souviens que dans le XVIème arrondissement, Chantal Goya avait beaucoup plus la cote auprès de mes copines, mais moi j'aimais tellement mieux le sourire de Tata Yoyo sa robe à fleurs et son mégot! Si j'avais pu, je crois que je me serais même habillée tout pareil! C'était les années 80, qui m'en aurait tenu rigueur? 
Annie Cordy, ce sont des chansons, mais c'est surtout le music-hall! Le théâtre qui rencontre la musique qui rencontre la danse qui rencontre la revue... Mais comment mais alors... C'est possible? En France? M.... alors! Oui c'est possible! Même que ça s'appelle fantaisiste et que c'est ça que je veux faire quand je serai grande!!! Sauf que aujourd’hui je suis grande et fantaisiste, c'est plus un métier... C'est un truc vieux et poussiéreux... Plus personne n'en veut. Je lui ai dit à Annie. 
Parce que croyez-le ou non, je l'ai rencontrée Annie! Moi! Ce bonheur!!! Que je vous raconte...
J'ai un copain, c'est pas le dernier des nases vu que c'est le pianiste de devinez qui? Oui, Annie Cordy! En vrai! Le pauvre, depuis que je l'ai rencontré, je l'ai bassiné de toute la puissance de mon amour! "Et elle est comment? Raconte! Dis, elle aime les frites?" Toujours est-il que un jour soit il a eu pitié soit il a voulu me faire plaisir mais il m'a invitée au concert de Annie Cordy et ça a été un des plus beaux jours de ma vie!
Bon, je dois avouer que mes voisins de siège étaient un peu surpris de me voir éclater en sanglots convulsifs dès les premières mesures de Frida Oum Papa. Mais impossible de me contrôler... L'enfance qui revenait d'un coup comme ça sans prévenir, que voulez-vous, ça m'a surpris! Qu'est-ce que j'y pouvais? Rien. Alors je me suis laissée faire. Annie est là, qui chante, danse, fait des claquettes même, à quelques mètres de moi, pour moi et je suis au paradis. Autour de moi, j'entends les rires, je sens l'amour et la tendresse, devant moi je vois les personnages qui naissent et qui meurent le temps d'une chanson, tout comme j'aime! Et bien sûr, voilà que débarque sur scène La bonne du curé qui malgré ses 80 ans au compteur n'a pas pris une ride! Moi, dans la salle, je jubile. Je me dis que 35 ans plus tard, je veux toujours faire ce métier, celui-là précisément!
Je crois que mon cœur va exploser de joie, mais je me trompe car la soirée n'est pas finie. Le concert lui est bien terminé mais sans me prévenir, mon ami me présente maintenant à Annie Cordy! En vrai! De nouveau, l'enfance remonte. Comme dit l'autre, j'ai 10 ans, je sais que c'est pas vrai mais j'ai 10 ans et je pleure, ridicule, devant mon idole sans pouvoir me contrôler... J'ai envie de dire "Annie je t'aime!" Mais heureusement un dernier sursaut de dignité me retient. Je me contente de bredouiller confusément entre deux larmes "Bonjour... Bravo... Merci... " Annie me voit pleurer, elle prend ma main dans la sienne et m'offre un sourire magique et des yeux qui pétillent... Mon ami vient à mon secours... "Annie, c'est Stéphanie, je t'en ai parlé tu sais  Ode à mon cul! Avec elle ta relève est assurée"... Je rougis... Avec les larmes et le nez qui coule, je dois avoir la grâce d'un lamantin! Mais Annie doit aimer les animaux, elle s'en fiche et me serre la main plus fort. "Ah! Alors c'est toi la rigolote? Accroche-toi cocotte, parce que tu sais, y en a plus beaucoup des comme nous! Viens, on va boire un verre!". 
Mon verre à la main, je ne sais pas quoi dire. Et je suis tout sauf rigolote. Devant moi, l'énergie et la bonne humeur de Annie Cordy ont laissé la place à la fatigue de Léonie Cooreman, 87 ans. Je me dis qu'elle doit vouloir se reposer alors je renifle et je prends congé, un peu étourdie par autant d'émotion. 

Ce matin, aux cinémas des Restos du Coeur,  on a projeté Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. C'était avec Annie Cordy. J'ai pleuré, j'ai souri, c'était bien. 
En sortant, un bénéficiaire, m'a dit "Vous savez, Stéphanie, c'est comme Annie avec Steph en plus...". Je me suis dit, ça c'est un bel hommage!

dimanche 18 janvier 2015

72. Au nom du pire

Au moment où je t'écris, je me sens changée. 
Tu ne m'en veux pas si je te tutoie? Simplement, aujourd'hui, j'ai besoin entre nous de cette intimité, de cette complicité, de ce lien particulier qu'implique l'usage de cette monosyllabe, [tu]... C'est que vois-tu, si tu me laisses te dire "tu" après, nous pourrons dire "nous"... Comme une évidence... Et ce sera bien.
Je te disais donc, je me sens changée. Toi aussi j'imagine... 
Je me sens aussi plein d'autres choses : bouleversée, sonnée, révoltée, tourneboulée, dégoûtée, fatiguée, abonnée, blessée, brisée, et encore émue et perdue et abattue et déçue... Et plus que tout ça même. C'est comme une énorme vague d'émotions confuses qui me submergerait. Je me sens mal, je perds pieds et j'ai peur de ne pas pouvoir remonter à la surface.
Quand je te dis je me sens mal, je veux dire plus que d'habitude. Tu me connais, la plupart du temps, je suis joyeuse et j'ai le moral au beau fixe malgré quelques passages nuageux en fin de tournées. Tu te doutes que comme tout, le monde, j'ai mes petits soucis et des fois, ça pique un peu. Les yeux, le cœur, l'estomac ça dépend! Mais ce n'est jamais tout ensemble et puis ça ne dure jamais très longtemps. 
Là c'est différent. Dis... Je peux te demander? Comment ça te fait à toi? 
As-tu pleuré plusieurs jours, peut-être même jusqu'à maintenant, n'importe où, n'importe quand, incapable de te contrôler jusqu'aux sanglots, jusqu'aux hoquets même? As-tu couru, indigné et choqué, te réchauffer aux pieds de Marianne? As-tu eu le sentiment de la voir pour la première fois cette Marianne, et l'as-tu trouvée belle avec son rameau d'olivier à la main? As-tu erré sans but sur cette Place de la République, traversée des milliers de fois, et as-tu pleuré encore devant la flamme de ces lanternes en papier qui s'envolaient dans le ciel? T'es-tu senti étrange, à la fois rassuré par cette foule d'inconnus (tous aussi émus que toi) et en même temps terriblement seul et pas seulement parce qu'il t'était impossible de retrouver ceux à qui tu avais donné rendez-vous dans cette masse? T'es-tu rappelé subitement ton enfance, ton goûter devant Récré A2, Cabu qui griffonnait Dorothée qui à son tour s'indignait d'avoir le nez si pointu? T'es-tu rappelé qu'adolescent, tu lisais en cachette Reiser et Wolinski à la bibliothèque pour ne pas que Maman soit au courant? T'es-tu revu plus tard, acheter Charlie Hebdo et le Canard Enchaîné quand tu prenais le train pour que le voyage passe plus vite? T'es-tu alors revu tourner les pages en pensant "Ha! Ha! Ils sont trop cons!" ou "Quand même ils y vont un peu fort..."? Et de fait, as-tu reconnu en ton for intérieur, un peu penaud, un peu coupable aussi, que non, tu n'étais pas toujours Charlie? 
Je suis certaine que comme moi, tu n'as pas cru qu'on pouvait mourir juste pour avoir gribouillé des petits dessins plus ou moins rigolos, quand bien même il y aurait eu des gros mots, des bites et des prophètes dessus!
Je suis sûre encore que le lendemain, tu n'as pas cru la radio quand elle prétendait que ça recommençait ailleurs! Que des gens comme toi, comme moi, qui ne savaient probablement même pas dessiner eux, qui étaient simplement allés au supermarché parce qu'il leur manquait du lait, de la moutarde, du Sopalin et du pastrami ne rentreraient jamais de leurs courses. 
Je n'ai pas la télé, tu le sais, enfin si tu lis de temps en temps ce blog. C'est la première fois que je l'ai regardée en ligne. D'un œil seulement. Parce que de l'autre je surveillais le fil de Twitter, en essayant de faire le tri dans les publications qui se succédaient. Sur l'écran de l'ordi, on aurait dit une série policière ou plutôt un film avec Bruce Willis. Sauf que c'était pas un film. Sauf que je ne pouvais pas changer de chaîne. Sauf que Vincennes c'est pas Hollywood et que côté scénario, j'ai préféré la fin de Die Hard.
Alors, dimanche 9 janvier, je suis allée marcher. Parce que le scénario était vraiment trop pourri . Parce que j'en avais besoin. 
Et je m'en foutais bien moi de tous ces chefs d'états qui se bousculaient pour être au premier rang sur la photo de classe. 
Je m'en foutais bien moi de savoir si j'étais  #Charlie ou si j'étais #Juive.
Je m'en foutais bien moi de chanter la Marseillaise et d'applaudir les hélicos de la police. 
J'ai marché. 
Main dans la main avec Romain.
Coude à coude avec des inconnus.
Marcher c'est bon pour la cité. 
Entre les poussettes, les crayons, les pancartes, les fleurs, les Charlie, les fauteuils roulants, les hommes, les femmes, les noirs, les arabes, les juifs, les vieux, les bébés, les sourires, les larmes, j'ai marché. 
Sous mes pas, j'entendais les mots qui résonnaient. Liberté... Égalité... Fraternité...
Et pendant quelques heures, quelques heures seulement, un peu citoyenne, un peu humaine, un peu naïve aussi peut-être, je les ai crus ces mots, comme une douce pommade qui apaisait mon chagrin.
Aujourd'hui, j'entends chacun y aller de son analyse éclairée, de ses précieuses recommandations. On argumente à coups de "Il faudrait...", "On aurait dû... ", "Tout est la faute de... ". 
Mon apaisement s'est envolé. 

Avant-hier soir, je participais à un tremplin d'humour. Pour tout te dire, je n'avais pas vraiment le cœur à rire... En rentrant, malgré le bon accueil du public, je me sentais vide, je me demandais : à quoi bon, est-ce bien utile? La scène? Les chansons? Je te l'ai dit plus haut, je me sens changée. Par hasard, je suis passée par la Place de la République désormais vide. Alors, j'ai interrogé Marianne du regard: Liberté, Égalité, Fraternité... Tu es sûre? 

Le pire c'est quand le pire commence à empirer (Quino)

vendredi 2 janvier 2015

71. Tu voeux ou tu voeux pas ?

Dites... Je viens d'ouvrir ma fenêtre pour aérer, et je ne veux pas vous alarmer mais j'ai l'impression étrange que rien n'a changé. Je veux dire, il parait que 2014 c'est fini. Bon. Puisque vous y tenez, pourquoi pas. Mais en toute honnêteté, ne trouvez-vous pas ce procédé de claquer la porte au nez de l'année écoulée un peu cavalier? Donner son congé à quelqu'un on le sait, ce n'est pas une partie de plaisir, ni d'un côté ni de l'autre... à quelques exceptions près! Mais de là à sortir des litres de Nicolas Feuillatte pour arroser l'évènement, n'est-ce pas faire péter le bouchon du mauvais goût et du Champagne bon marché un peu loin? Je pose la question! Ne frôle-t-on pas le sadisme? "Allez, tu finis tes huîtres et ton foie gras et tu dégages! La nouvelle année commence dans 10 minutes et on lui a préparé une fiesta du tonnerre! Par contre, tu peux garder les coquilles de bulots pour te faire des boucles d'oreilles si tu veux...". Butors! Pauvre 2014... Non et non! En matière d'année nouvelle comme en toute autre chose, sachons nous comporter avec élégance.  Le limogeage n'empêche pas la courtoisie que diable! Employeurs qui souhaitez vous débarrasser lâchement de vos stagiaires surqualifiés, mufles lourdauds qui piétinez le cœur transi d'amoureux(ses) naïfs(ves), directeurs de casting irrévérencieux qui ne faites pas même semblant d'écouter ces artistes dont les rêves vous importunent, politiciens véreux qui virez de bord sans honte, et vous, oui vous, les joyeux fêtards du 31 décembre qui vous apprêtez une fois encore à laisser sur le bord du trottoir, à l'instar du cadavre du beau sapin, roi des forêts déchu, dégarni et agonisant sur la chaussée, une année somme toute pas pire que les autres, un peu de panache! Sachez quitter 2014 avec noblesse! D'autant que, je ne peux parler que pour moi bien sûr, mais contrairement à son horrible cousine 2013, sans être inoubliable, 2014 s'est comportée de façon absolument charmante, pleine de courtoisie, mêlant humour, surprises et amitiés de façon sinon grandiose tout du moins généreuse bien que, il faut tout même le reconnaître, un peu maladroite parfois. Je n'ai pour ma part aucune raison valable de lui en vouloir et encore moins de la congédier comme une malpropre! De plus, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve, et dans le doute, je préfère conserver de bonnes relations avec tout le monde, ça peut servir. 
Mais voilà que depuis 24 heures, 2015 (que je connais à peine soit dit en passant) n'en finit plus de faire mille promesses délicieuses... De la joie... Du bonheur... De la richesse... De la gloire... Très sincèrement, je trouve ça un peu louche... Est-ce qu'elle n'en fait pas un peu trop la nouvelle? Par exemple, ce matin, dans ma boîte email, la communauté Weight Watchers me souhaitait, je cite "beaucoup de kilos perdus en 2015".... Je ne suis pas susceptible, mais tout de même...  D'autant que ce n'est pas très gentil, 2014 s'était donné tellement de mal pour me les faire prendre ces kilos en trop à force de bûche, de dinde, de marrons glacés et autres chocogâteries! 
De même, dans ma boîte aux lettres la délicate attention de la Mairie du XXème m'a émue qui En 2015, adresse ses meilleurs vœux aux Seniors de son quartier...
Je ne voudrais pas avoir l'air rabat-joie, mais en 2014 les élus du XXème me proposaient de créer mon entreprise dans le cadre des CreaJeunes!  J'avais trouvé ça autrement plus flatteur...
Bon... Sans doute ne suis-je pas très objective vis à vis de la nouvelle... Je dois faire preuve de plus d'indulgence à son égard et lui laisser sa chance. Si 2013 n'avait su me faire que des promesses douteuses qu'elle avait hélas tenues, 2014 quant à elle ne rimait à rien et c'est précisément cette absence de promesse qui m'avait bien disposée à son égard. Elle ne m'a pas déçue, bien au contraire. Aujourd'hui, mon dictionnaire m'informe que 2015 non plus ne rime à rien, pourquoi lui en vouloir? C'est un peu la petite sœur de 2014...  Les deux orphelines comme qui dirait... Ce qui me laisse finalement le choix entre une expression salace et un bouquin déprimant. Tout un programme! Ça commence bien 2015! Voyons un peu la suite... 

Et comme disait mon tonton Bananier et Pommes Sautées à tous!


lundi 8 décembre 2014

70. Dé Band Aid

Que chacun se rassure, dans un élan de clémence superbe, j'ai décidé de vous épargner sapin, guirlandes, Père Neuneu et autres joyeusetés de saison, bref l'incontournable (et pourtant ici contourné!) : LE post de Noël. Post qui est, disons-le tout net, souvent tout autant indigeste que la tentative de bûche marrons-patate douce de Tante Jacqueline. 
Non, non, ne me remerciez pas, c'est un cadeau qui vient du cœur. Sachez toutefois que si ce genre de chronique vous botte - de Noël - les magazines prétendument féminins que j'affectionne tant sauront probablement vous délecter en cette saison joyeuse, ou tout du moins joyeuse par tradition. Attention, ne vous méprenez pas! Cela ne signifie pas que vous échapperez à la chronique de mon réveillon du Nouvel An qui cette année encore, ne manquera certainement pas d'être misérable d'une façon quelconque. Bien que superbe, ma clémence a ses limites! 
Alors donc, vous voilà maintenant trépigneux et impatiards. De quel sujet fondamental vais-je bien pouvoir vous entretenir aujourd'hui? Coupons court à ce suspense inutile autant qu'insoutenable et abordons ensemble le magnifique sujet de l'humanitaire....  
L'hiver arrive tout doucement. Certains se réjouissent des premiers flocons, d'autres de l'odeur du chocolat chaud. Mais de leur côté, les trésoriers des associations caritatives paniquent. Les caisses sont de plus en plus vides et les bénéficiaires de plus en plus nombreux. Parmi le cortège des rituels de fin d'année s'est subrepticement glissée une tradition franchement moins guillerette: l'appel aux dons. Vous entendez comme il résonne? Fondation Abbé Pierre... Lutte contre le Sida... Croix-Rouge... Téléthon... Restos du Cœur... Je ne sais pas vous, mais personnellement ça me déprime... Alors bien sûr, on donne. Comme on peut. Des conserves, des vêtements, un peu d'argent, un peu de temps, bref, un peu de nous, les chanceux. Si on pouvait même, on donnerait plus. Et à tout le monde! Sauf qu'on ne peut pas. Alors faut choisir. Et très franchement, "choisir" la misère qu'on soutient, ce n'est pas très glorieux. 
Et quand à la maladie et la pauvreté, viennent encore s'ajouter les catastrophes ponctuelles, type épidémies, famine, tsunami... Vous parlez d'un dilemme. La vie est une boîte de chocolats? Eh bien, vous avouerez qu'on pourrait sérieusement s'interroger sur les compétences du confiseur? 
Cette année, le trouble fêtes s'appelle Ebola et pour ma part, j'ai dégainé la carte bleue sur le site de Médecins Sans Frontières (MSF - Urgence Ebola). 
Hier, j'ai découvert que nos chanteurs français, à défaut d'être mélomanes, sont eux aussi philanthropes et ça fait bien plaisir. Ça m'a rappellé que les traditions ne sont pas toutes aussi amères. En effet, réjouissons-nous car avec la catastrophe naturelle vient habituellement le tube caritatif.  Hélas, il n'est pas toujours signé Michaël Jackson et Lionel Ritchie ou encore Renaud comme nous l'allons voir ci-dessous. On se demanderait même parfois si catastrophe naturelle ne va pas de pair avec catastrophe musicale et si le tube en plus d'être caritatif n'aurait pas des vertus purgatives?
Par exemple et par curiosité, je vous invite à réécouter le superbe Pour toi Arménie à la noble initiative de Charles Aznavour. A la sinistre pauvreté engendrée par le tremblement de la terre des ancêtres de Charles s'ajoute ici celle, non moins sinistre, de la chanson solidaire ainsi que la liste quasi complète des chanteurs repris par Virage à Droite : de Michel à Sardou à Robert Hossein en passant par Gérard Depardieu, Serge Lama et Florent Pagny, ils y sont tous! 
Alors cette année, y a quelqu'un qui a dit à Carla Bruni qu'il fallait sonner les cloches à Ebola. Quand on y réfléchit, c'est à se demander si la chanson humanitaire n'est pas devenue un concept de chanteurs de droite? Mais passons sur ce détail. Ne jetons pas (tout de suite) la pierre à Carla qui du reste, semble préférer les cailloux quand il viennent de chez Bulgari comme nous le rappellent si finement deux tiers des abribus parisiens. Après tout ça part d'une bonne intention d'autant plus qu'elle s'est contenté d'adapter en français le titre Do they know it's Christmas? enregistré aux États-Unis pour cette bien triste occasion par la bande à Bono dont Sinead O'Connor, Coldplay et autre Seal, autant dire que même si c'est pas du Quincy Jones ça sonne quand même dans le studio!
Chez nous, Carla la magnanime, a sorti son Stypen pour signer humblement le texte du Band Aid à la française, Noël est là. Quand elle a eu fini, elle a appelé quelques copains et tout ce petit monde s'est mobilisé tout pareil qu'elle parce que c'est bien connu, à l'instar des routiers, les chanteurs sont sympas.
Quand on voit le clip, on se dit d'abord que Carla ne doit pas avoir beaucoup d'amis, parce qu'ils ne sont pas trop nombreux dans le studio. Tant pis s'est dit la belle, on louera un tout petit studio, on se serrera et comme ça on aura l'air d'être beaucoup. Ensuite, quand on a plus de 30 ans, on se demande qui sont les deux types au début de la vidéo? Mais ouf, le troisième on le reconnaît et pour cause! C'est Papi Renaud qui a répondu à l'appel, il a bien l'air tout usé sur son tabouret mais on est content de le voir même s'il ne chevrote que deux phrases et pas un seul tatata... C'est maintenant au tour des moins de 30 ans de s'interroger : qui sont tous ces vieux? Nous on en reconnaît bien un ou deux qui avaient déjà servi pour l'Ethiopie, les fidèles de l'humanitaire, les Souchon, les Aubert, les Paradis mais il faut avouer que le casting est un peu faiblard et comme la chanson est moyenne, pour ne pas dire franchement nase, on reste un peu sur sa faim, sans mauvais jeu de mots. Des mauvaises langues prétendent que Les Enfoirés n'ont pas eu le droit de chanter contre Ebola... Paraîtrait que ça causerait un préjudice financier aux Restos. D'autres mauvaises langues trouvent bizarre, que Madame Bruni-Sarkozy se lance dans l'humanitaire au moment où son petit mari sonne le rassemblement et qu'il y aurait magouille médiatique... 
Si tout ça est vrai, ben c'est comme la chanson, drôlement moche... Gardez-le votre disque. Je préfère mon petit clic même si je n'ai rien en contrepartie que le sentiment d'avoir donné, ne serait-ce qu' un tout petit peu. En passant, je me demande si tous ces chanteurs gentils et altruistes font des chèques pour soutenir les causes qu'ils défendent? En plus de nous casser les oreilles je veux dire... Et les maisons de disques? Ils ont surement plus de moyens que moi...
Enfin... Au moins on aura revu Papi Renaud et on a beau dire, même assis sur son tabouret, ça fait toujours plaisir...    
Pendant ce temps, Miss Nord-Pas-de-Calais a remporté le titre de Miss France, mais personne n'a encore songé a enregistrer un disque pour les Miss...

mercredi 12 novembre 2014

69. Confession infâme

Cher lecteur, je dois te faire une confession. Ce ne sera pas facile et sans doute je vais te décevoir. Il y aura des cris, des reproches, des larmes, et tu m'en voudras, c'est certain. Tant pis. Ce sera douloureux, mais il faut en passer par là. Et je préfère que tu l'apprennes par moi plutôt que par un autre. Je te dois bien ça. 

Cher lecteur... Je... Je chante du Michel Sardou.
... 
Pardon.
Attends, attends! Ne pars pas! Écoute-moi... Oui bon ça va, tu m'as comprise... Lis-moi au moins! Allez, je t'en prie, laisse-moi t'expliquer! Michel et moi ce n'est pas du sérieux! Je t'assure. C'est pour rire! Je te jure, je n'ai rien fait pour que ça arrive. Michel m'est tombé dessus sans que je m'y attende. Euh... c'est une image, tu l'as bien compris? Dans le doute, je préfère préciser, on ne sait jamais.
C'était un soir de mai. J'étais à Toulouse, un ami - dont je préfère préserver l'anonymat afin de lui éviter des ennuis à son tour - m'avait invité à participer à une soirée collective (a posteriori, je t'avoue que je m'interroge : était-ce bien un ami?). Une soirée chansons s'entend! Ne va pas en plus t'imaginer des choses! Bref, j'étais loin de chez moi et je me sentais vulnérable... Je veux dire, plus fragile qu'à l'habitude parmi tous ces chouettes chanteurs que je ne connaissais pas. J'ai bu un verre de Gaillac (ou deux, je ne sais plus) et avant de pouvoir m'en rendre compte, je me suis retrouvée sur la scène de Chez ta mère à côté du piano à chanter Les lacs du Connemara à pleins poumons... C'est aussi bête que ça.
Le lendemain, en route pour Paris dans l'interminable train SNCF Intercités 100% Eco et 0% Confort, j'étais un peu sonnée. C'est à peine si je pouvais avaler mon sandwich en carton. Comment t'avouer mon infidélité? J'avais honte, tu comprends? Si, si, je t'assure. Au moins un peu. Mais comment te dire... Ce soir là à Toulouse, j'ai éprouvé comme un plaisir étrange et pervers... Un peu comme celui qu'éprouve l'adolescent boutonneux à l'heure de percer l'énorme bubon blanc et acnéique qui lui orne le front. Cher lecteur saurais-tu me comprendre? Probablement non. C'était juste un soir après tout... Qui le saurait? A quoi bon te faire souffrir inutilement? J'ai préféré ne rien te dire et le temps a passé. Tu ne t'es douté de rien et les concerts ont repris entre nous comme si de rien n'était.
Et puis... Un an plus tard... C'était un soir d'Avril cette fois-là, j'ai remis ça. Je voulais dire non. Vraiment. Mais l'attirance était trop forte. Le souvenir de ce plaisir malsain brulait encore au fond de moi. J'en voulais encore! Une fois de plus, c'était  à Toulouse, au Bijou cette fois. Ce soir-là, nous n'étions plus que quatre sur la scène. Nos anciens compagnons, plus sages, avaient su dire non à Michel. Sans doute étions nous plus faibles. Nous n'avons pas su résister. La salle quant à elle était comble pour venir assister à notre déchéance musicale. Pour ce second écart, autant te le dire tu finiras par l'apprendre de toute façon, je ne me suis pas contenté de chanter Michel, j'ai aussi fredonné Bernard Tapie. Et Chimène Badi. Et Didier Barbelivien.
Un concert en entraînant un autre, aujourd'hui Virage à Droite, c'est le nom de notre groupe, m'entraîne de scène en scène à Paris, Lyon ou Lille et comme tôt ou tard tu aurais fini par l'apprendre, j'ai préféré tout te dire.
Cher lecteur, je sais comme cet aveu doit te paraître brutal. Après tout, tu n 'as rien vu venir. Tu avais confiance en moi et j'ai tout gâché. A présent, tu n'as probablement plus aucune estime pour la chanteuse à texte que je suis. Du moins que j'étais jusqu'ici. Tu découvres ces lignes et j'imagine ou plutôt je sais les nausées qui te saisissent. Je les connais, j'ai eu les mêmes. Au début. Prends du Spasfon. Je t'ai déçu. Excuse-moi. Je veux pourtant que tu saches, que ce qui m'arrive, ce qui nous arrive, n'a rien à voir avec toi. Tu as toujours été un public attentif, généreux et aimant envers moi. Tu m'as donné confiance, tu m'as aidée à me sentir drôle, belle même. Tu m'as accompagnée dans les bars, les théâtres, dans la rue, le métro même. Et je t'ai trahi. C'est moi la fautive. Je ne te mérite pas. Allons, ne pleure pas s'il te plaît.... Tu n'as rien à te reprocher.
Je veux que tu saches que je suis prête à tout pour  racheter ta confiance. Car malgré Michel (Sardou), et comme dirait Michèle (Torr), je suis restée la même... Celle qui fredonne Barbara dans les allées du Père Lachaise... Celle qui murmure Pierre Perret sous sa douche... Celle qui gazouille Les Frères Jacques sur son vélo... Et celle qui gribouille rimes et refrains au crayon noir dans son vieux carnet usé en espérant qu'ils te plairont peut-être...
Ne m'en veux pas je t'en prie. Je te l'ai dit, au début de ce post, Michel et moi c'est pas sérieux. On a tous nos petits travers après tout. Toi-même, n'as tu jamais fredonné La Java de Broadway ou  La maladie d'amour coincé dans les embouteillages ou au mariage de ta belle-sœur Josette? Tu vois bien...  Les goûts de chiottes, c'est humain tu sais... Nous ne sommes pas si différents après tout. Simplement, moi je le fais en public. Alors plutôt que de faire ça en cachette, pourquoi ne partagerions-nous pas notre vicieux plaisir? Je sais cher lecteur, tu es probablement de gauche, du moins tu l'étais... Avant...  Et Michel Sardou est contraire à tes idéaux. Moi aussi. Mais je préfère en rire alors cher lecteur, jette une oreille à ce Virage à Droite, je t'assure qu'en musique, ça passe - un peu - mieux... Fais-le... Pour toi, pour moi, pour nous!



Virage à Droite
 avec Nicolas Bacchus, Lucas Lemauff, Manu Galure et Stef!
Une vidéo réalisée par le webzine Hexagone
 

mercredi 15 octobre 2014

68. Eh ben mon vieux!

Je dois vous avouer que cette semaine, au moment de vous écrire je ne suis pas très inspirée. Ne le prenez pas pour vous, ça n'a rien de personnel. Sans doute, la mélancolie automnale m'aura-t-elle gagnée. Derrière l'écran de mon ordi, le café est tiède et le curseur, docile, clignote en attendant d'aligner des mots que je ne trouve pas. Dehors, le ciel fait la gueule et la pluie frappe incessamment aux carreaux de mes fenêtres. On dirait le début d'un mauvais polar... Un truc genre Meurtre à Eurodisney : "La journée avait mal commencé pour Églantine. Non seulement, il n'y avait plus de Nutella, mais son chat Cookie, manquait à l'appel de quoi contrarier la jeune et belle contractuelle quand tout à coup..."

Je ne sais pas ce que j'ai, d'habitude j'ai tellement hâte de vous écrire! En plus la semaine a pourtant tellement bien commencé. Figurez-vous que je suis allée pousser mes chansonnettes à Reims. Enfin presque, je me suis arrêtée à la banlieue Sud. Je laisse à Jean-Louis Aubert le plaisir de chanter Houellebecq en ville à 40€ la place, moi je  me contente volontiers de mettre le feu aux médiathèques de la périphérie (ami pompier tu peux ranger ta lance à incendie, ceci est une métaphore).
Donc, lundi à 14h30 la salle de la Médiathèque Croix Rouge n'était pas remplie de jeunes férus de chanson à texte et/ou humoristique, ni d'abonnés égarés en quête des publications de Pierre Bellemare ou de Valérie Trierweiler (disponible en trois exemplaires, sur réservation uniquement, je me suis renseignée). La salle n'était pas non plus remplie de jeunes écoliers boudeurs, contraints d'explorer les rayonnages en quête d'un ouvrage qu'ils seront forcés de lire par quelque enseignant perfide et de mauvaise foi qui leur soutient que non, regarder l'adaptation 3D du Seigneur des Anneaux ce n'est pas pareil que de lire le livre! Ces enseignants, quel culot!

Lundi, la salle était cependant bien remplie. Des personnes âgées, résidentes d'une maison spécialisée occupaient les sièges et puis quelques fauteuils roulants aussi. Une fois par an, leur résidence leur offre un spectacle. Une fois par an ce n'est pas beaucoup pour sortir rigoler avec les copains. A ce rythme là, c'est normal qu'on soit un peu impatient. Surtout à 75 ans! Et pourquoi non? Quand on est vieux, on vous ressert toujours la même soupe : Thierry Baloche et son orchestre de 1 musicien au complet qui interprètent La Java Bleue, La Vie en Rose et Les Roses Blanches. 
Eh bien Thierry, tu peux remballer l'arc-en-ciel et aller siffler ton ballon de p'tit blanc sous la tonnelle, cette année ce sera sans toi. A la médiathèque lundi, STEF! a débarqué et je peux te dire qu'il y en a eu du spectacle et du vrai! Du qui t'explose le sonotone, du qui te décoiffe les trois cheveux qui te restent, du rigolo que t'as le dentier qui se décroche et c'est tant mieux parce qu'à la maison de retraite on peut pas dire que ce soit la poilade tous les jours.

J'aime bien les vieux. Pardon! Je précise pour éviter tout malentendu ainsi que nombre de mails douteux :  j'aime bien chanter pour les vieux. Les petits, les gros, les sourdingues, les grincheux, les joyeux... Eh bien lundi, ils étaient tous là: les 7 nains et leurs copains ! Je ne vous dis pas la pression! C'est qu'il fallait être à la hauteur. Le directeur de la médiathèque était adorable et il nous a accueillis comme des rois, mais il était tellement anxieux! Il faut dire qu'il ne connaissait pas le spectacle, bref  ça n'a pas aidé pour me détendre. Est-ce que ça se fait de chanter Ode à mon cul à des personnes âgées? Et flirter, assise sur les genoux du troisième âge ça se fait? Est-ce que ça ne va pas déclencher quelques crises cardiaques? Et encore siffler une bière cul sec devant un parterre imbibé de jus de pommes est-ce que ça se fait? Eh  bien deux jours plus tard, je suis heureuse de pouvoir dire que oui, on dirait que tout ça se fait! Et même, pire, on dirait que tout ça, ça leur plaît aux petits vieux! Beaucoup même! Comme on a rigolé avec Marcelle, Geneviève, Paulette, Jacky, André, Michel et les autres! Même que à la fin Christiane, elle a pleuré... de joie!?! "Tu reviendras nous voir STEF! ? On a tellement ri, tu sais ça fait du bien." Tu sais Christiane, je ne te l'ai pas dit, mais sur le moment je me suis retenue de pleurer moi aussi. Et puis Geneviève aussi elle a pleuré un peu. Quand j'ai chanté le Père Noël qu'on laisse au placard toute l'année... Elle a dit "Ben oui c'est la vie... On nous oublie on n'y peut rien..."
Tu sais Geneviève, ma Mamoune n'est plus là, mais encore aujourd'hui, je ne l'oublie pas. Je ne suis pas allée la voir assez souvent quand elle était là-bas dans la maison, comme toi. Je regrette. Ma Mamita non plus je ne l'oublie pas. Elle perd bien un peu la boule dans sa chambre là-bas à Metz, mais si tu savais comme c'était chouette quand je suis allée la voir la dernière fois. C'est drôle d'ailleurs, je viens de réaliser que mes grand-mères ne m'ont jamais vue chanter. Ni l'une ni l'autre. C'est pas plus mal remarque, parce que je ne suis pas sûre qu'elles auraient apprécié de m'entendre entonner Ode à mon cul en public. Quoique? Qui sait? Ça ne leur aurait peut-être pas déplu autant que je me l'imagine...
Alors je me rattrape! Je chante pour des petits vieux que je ne connais pas. Rien que pour leur faire plaisir! Pour nous faire plaisir! Après on discute de tout et de rien, on mange des biscuits à la cuiller avec un café tellement léger que ça doit être de la chicorée. Tout le monde sourit... Pis moi aussi. On doit avoir l'air un peu niais...
Aujourd'hui, pour être sûre que chacun m'entende, j'ai dû chanter très, très fort, et j'ai articulé, beaucoup, beau-coup! Je me sens un peu vide, comme la tasse de chicorée que j'ai dans la main. Je dis au revoir, je fais des bisous, il est déjà l'heure et tout le monde doit reprendre le bus pour la résidence. La fête est finie et moi je dois rentrer à Paris
N'empêche, c'était réussi, hein ma Paulette?