samedi 28 juin 2014

64. Grève de la fin

Comment ça c'est fini? Déjà? Mince alors! La dernière, vraiment? Mais euh... vous... vous êtes sûrs? Non, non, je ne mets pas votre parole en doute. Disons que j'avais comme la bête impression que c'était hier la Première de STEF! Y en a pas 2 alors vous comprendrez, je suis un peu... un peu surprise. Un peu émue aussi. Ça ferait déjà un an aujourd'hui? Bon, bon. Puisque vous le dites. Alors... euh... J'imagine qu'il faut laisser le rideau se baisser, c'est ça? Et dire à Tapiôka de le ranger, son aspirateur... Je ne sais pas si elle va être d'accord mais je vais voir ce que je peux faire. En tout cas, je veux dire merci (encore!) à tout ceux qui, cachés en coulisses, m'ont épaulée d'une façon ou d'une autre tout au long de ce voyage merveilleux... quoique tumultueux! J'espère qu'ils savent tous combien je les aime. 
La dernière. Merde!
Oui, je sais que la tradition veut qu'on dise "Merde!" avant la Première d'un spectacle, eh bien c'est idiot : c'est à la fin qu'on a envie de se livrer à des exclamations scatologiques! 
Ça fait tout drôle quand même... Ça fait tout vide aussi... Ça pique les yeux... Et ça flanque la trouille! 
Je veux dire : et maintenant? C'est quoi le programme? Ecrire un nouveau spectacle? Encore? Lequel? Des chansons ou des sketchs? Seule ou à plusieurs? Qu'est-ce que Ruquier disait l'autre jour à la télé déjà (un gars qu'on a choisi pour reprendre Les Grosses Têtes doit bien savoir de quoi il parle)? Ah, j'y suis : "Ce qui marche actuellement c'est l'humour... le musical... le sensationnel... et le sexe! C'est bien simple, pour qu'un spectacle marche faut qu'il rentre dans les cases!" Rentrez dans les cases? Bon... Réfléchissons... Des claquettes? Tout le monde aime les claquettes et puis c'est musical. Ou bien un ventriloque? Oh! Et un kangourou? Encore mieux : un kangourou ventriloque qui ferait des claquettes!!!! C'est drôle, musical, c'est sensationnel! Par contre, ça manque de sexe... zut!  Je sais! Pour la musique je tape dans l'oeuvre de Francky Vincent, rien qu'à lire les titres, ça devrait coller... Bon, maintenant faut que je travaille tout ça, c'est que jouer un kangourou ça n'est pas dans la poche. (Pardon) 
Non mais qu'est-ce qui me prend là? Aaaaah, au secours, je suis en train d'écrire Le kangourou est un chaud lapin !!!! Vite, vite écouter Juliette ou François Morel, revoir un DVD de Jacqueline Maillan, relire les chroniques de Desproges mais surtout, surtout ne pas sombrer, non, pas encore :  L'Art est Public! Sous les projos, la rage! Ami, entends tu le lever du rideau sur la scène? Non camarades, la culture n'est pas morte!!!! Ou bien si? Alors que Stéphane Plaza fait ses débuts dramatiques et qu'une bande de nases baptisée par erreur La Bande à Renaud n'a même pas eu la politesse d'attendre la mort du Renard pour massacrer ses chansons, ceux qu'on appelle les intermittents, ces vilains démons que l'on montre du doigt, "fainéants" d'artistes et  "tire-au-flanc" de techniciens, seraient-ils bel et bien devenus inutiles?
Étrange coïncidence. Il y a un peu plus d'un an, j'ai rêvé d'un spectacle. Et comme je sais que les rêves deviennent parfois réalité (j'ai vu tout Walt Disney!), dans le doute, j'ai appelé deux ou trois copains... Ensemble, nous avons écrit, nous avons répété, nous nous sommes trompés parfois, nous avons ri souvent, nous avons choisi des costumes, créé des lumières, une affiche... et un soir la salle s'est éteinte et le bonheur est arrivé, comme chez Disney! Parce que l'humour, le musical, le sensationnel, c'est précisément ce que j'ai fait pendant un an sur la toute petite scène des Blancs Manteaux, demandez au public!
Malgré ce travail titanesque, cinquante représentations plus tard, je n'ai pas gagné un centime d'euro grâce à cette aventure... Je dois toutefois me réjouir : je n'ai rien perdu cette fois-ci!
Sans doute, il serait plus raisonnable (et lucratif!) de songer à prendre une autre route... Comment se fait-il que je ne puisse m'y résoudre?
C'est pour cela que je manifeste. Pas pour la sécurité de mon compte en banque. Je manifeste parce que les intermittents du spectacle ne sont pas une mycose infectieuse dont il faut guérir la société. Les artistes et les techniciens sont  au contraire une voix nécessaire pour exprimer les bonheurs, les malaises, les doutes, les désirs ou les colères. Philippe Caubère m'a impressionnée, avec Alain Françon j'ai aimé Edward Bond et Tchekhov, Jacques Higelin m'a donné la chair de poule, Maria Casarès m'a fait peur, Patrice Chéreau m'a coupé le souffle, je me suis révoltée avec Renaud, j'ai pleuré devant James Thierrée, Jérôme Savary m'a fait rire et chanter... Tous ont en commun de m'avoir donné cette envie. Celle de monter sur scène et de me joindre à ce drôle de c(h)oeur. Malgré les doutes, malgré les anxiétés, malgré les difficultés, je veux, je peux rêver encore!!
Alors c'est décidé, la saison finit peut-être mais pas mon spectacle! Je refuse d'en rester là. 2015 peut bien se profiler au loin, même pas peur! Je m'acharne, je m'entête, je m'obstine, STEF! Y en a pas 2, je continue! L'humour, le musical, le sensationnel, j'ai tout ça en magasin! Et tant pis si ça manque de sexe!

dimanche 18 mai 2014

63. Juste une mise au point...

Dissipons un léger malentendu, voulez-vous?  N'ayant pas de poule sous la main - ne prenez pas cet air surpris: non, je n'élève pas de poules dans mon deux pièces parisien! - j'ai néanmoins envie ce matin de tordre le cou de certains et par la même occasion, de quelques clichés et préjugés.
Vous l'aurez remarqué, finauds que vous êtes, malgré ce beau dimanche ensoleillé, aujourd'hui je suis un peu chatouilleuse de la casserole. Certes, je suis également surcaféinée et cela pourrait expliquer en partie mon humeur, mais si vous voulez mon avis (et si vous ne le voulez pas, c'est la même) cela explique plutôt  la fréquence de mes allers-retours aux toilettes!
Mais avant que je ne devienne tout à fait chèvre, revenons donc plutôt à nos moutons ou si vous préférez, à nos poules ! Ouarf, ouarf! Humour, quand tu nous tiens....
Donc...
Je me trouvais la semaine passée en terre inconnue non pas chez Frédéric Lopez, dont je jure ici solennellement de refuser toute proposition de rendez-vous douteux, mais en Picardie où, pas peu fière, Tapiôka et moi étions finalistes du festival Saint Quentin en Scène. Je m'empresse de vous épargner un suspense insoutenable: Tapiôka n'a pas gagné et moi non plus. D'autres l'ont  fait pour nous et très bien d'ailleurs.
Bien sûr, bien sûûûr je comprends que vous soyez surpris et même un peu déçus. Qui ne le serait pas? Déjà je sens la chaleur de vos étreintes, j'entends la tendresse de vos mots consolateurs. Votre sympathie me touche mais je vous arrête car, mes braves amis, elle est inutile. Si je n'ai pas remporté la victoire, j'ai rapporté de Picardie non pas l'accent local, fort heureusement, mais plein d'idées, d'énergies et d'ambitions nouvelles et créatives cela va de soi, qui valent tous les prix du monde et qui font un bien fou au moral!
Ce qui fait moins de bien et provoque ce matin en moi des envies de génocide gallinacé, c'est d'entendre un membre du jury me demander une fois de trop plus et avec l'accent prononcé du Ricard Sud: "T'es pas lesbienne toi? Ah bon? T'es sûre?".

Soupir, re-soupir et yeux aux ciel.

Non, je ne suis pas lesbienne.
Oui, j'en suis sûre.

A toute fins utiles, je tiens à préciser deux choses :
  • sous prétexte qu'on est une femme qui a de l'humour, on n'est pas nécessairement lesbienne comme Muriel Robin ou Shirley Souagnon. 
  • sous prétexte qu'on écrit des chansons à texte on n'est pas nécessairement lesbienne comme Juliette ou Anne Sylvestre
Tant que j'y suis, je précise encore deux ou trois autres trucs au cas où: 
ce n'est parce qu'on est artiste, parce qu'on n'a pas de compagnon pendu à son bras (ou à ses lèvres, c'est au choix!), parce qu'on n'a pas d'enfant passée la quarantaine, parce qu'on vit seule passée la quarantaine, parce qu'on aime les Broadway Musicals, parce qu'on manifeste contre l'homophobie, parce qu'on n'a pas eu le temps de s'épiler et que (par voie de conséquence) on a les mollets en friche, parce qu'on a de nombreux amis et même un coiffeur gay, parce qu'on a des copines lesbiennes, parce qu'on joue dans un théâtre du Marais, parce qu'on s'entend bien avec ses parents, parce certains hommes nous énervent, parce qu'on aime Barbra Streisand et Beyonce ou parce qu'on se promène sans Burberrys et sans talons qu'on est nécessairement lesbienne! 

Sans vouloir vous offenser, ces quelques précisions s'adressaient surtout à vous Messieurs. Franchement, trouveriez-vous naturel qu'un(e) inconnu(e) vous demande : " T'es hétéro? Ah bon? T'es sûr?"? Non et vous auriez raison: ca ne se fait pas! On dit que les femmes sont curieuses. C'est bizarre, mon orientation sexuelle ne semble pas les préoccuper, elles. A part ma mère, peut-être? Quoique elle, c'est différent: c'est ma mère donc ma vie entière la préoccupe. Sans doute que les hétérosexuelles s'en tamponnent du moment que leur Jules reste bien sage à la maison. Quant aux homosexuelles, elles savent sûrement à quoi s'en tenir. Elles sont comme les fourmis, elles ont des antennes et se reconnaissent entre elles. Ou alors c'est mon absence de piercing et de tatouage? (Eh! Je n'étais pas à un deux clichés près!)

Avez-vous remarqué comme petit à petit, la vie privée est devenue publique? On publie sa sexualité sur Facebook, on l'exhibe devant des caméras de télé, on l'imprime sur des T-Shirts. Il n'y a pas si longtemps, pour faire connaissance, on vous demandait simplement ce que vous faisiez dans la vie ou quelle musique vous aimiez... On répondait... On ne répondait pas... Le mystère a son charme. Maintenant on vous demande directement si vous êtes plutôt menottes ou appareil à raclette? Excusez-moi, mais je préfère ne pas répondre.  
Monsieur, alors que je finis ce post vous-même finissez probablement votre Ricard alors à la vôtre! Je voulais simplement vous dire que je n'aurais pas dû vous laisser me troubler. Je ne suis pas lesbienne et alors? Comme dirait l'autre, ça vous gêne? Tant pis pour vous!
Ma vie privée ne vous regarde, c'est entendu, mais peut-être saurez-vous apprécier ce poème?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris, aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois [...]
Jacques Prévert, Je suis comme je suis

mardi 22 avril 2014

62. Dans mon stylo...

J'ai mal au ventre.
Je sais, je sais, j'aurais pu trouver plus onirique comme entrée en matière que de bêtes maux d'estomac, mais que voulez-vous? Aujourd'hui l'inspiration me faisait défaut, alors comme souvent dans ces cas-là, j'ai ouvert mon dictionnaire de citations et je suis tombée sur celle-ci:
"Ecrire, c'est cuisiner avec des lettres."
Dany Laferrière
Bon. C'est fastoche alors!  Il suffit de procéder comme en cuisine : on fait avec ce qu'on a. Notez qu'avec cette technique, on obtient parfois des résultats tout à fait surprenants dans sa cuisine. Quelquefois, je vous assure, j'obtiens même des résultats comestibles! A la limite du savoureux! Certes, ce n'est pas toujours le cas. Le plus souvent, le dimanche soir, affamée, je décide d'affronter le néant de mon frigo obstinément vide. Pleine d'une audace gourmande, je me lance alors  dans une improvisation culinaire à l'issue incertaine, mollement inspirée par le hareng fumé et solitaire sous-vide qui hante depuis 3 mois l'étagère de mon réfrigérateur, par ce vieil oignon triste que viennent consoler ces quelques petits pois oubliés au fond de leur boîte sous-vide, par ce yaourt tout à la fois nature actif et bifidé, et pour finir, par ces 2 cuillers à soupe de moutarde qui viendront relever le tout. J'ajoute enfin par acquis de conscience (et pour pas gâcher) les quelques grammes de parmesan qui seront périmés dans 3 jours, comme en atteste fermement le fumet qui s'échappe subitement du paquet. J'obtiens alors, sceptique, une mélasse infâme et nauséabonde que Rantanplan lui-même refuserait et qu'il me semble plus prudent de balancer illico de préférence à la poubelle car cette mixture étrange (et vivante?) risquerait de boucher les canalisations de l'immeuble.  Certes, pour finir je suis toujours affamée, malgré tout j'ai la satisfaction d'avoir enfin évacué les restes qui encombraient les tablettes de mon frigo depuis des semaines. Je me réjouis par ailleurs de m'être épargné une intoxication alimentaire et des douleurs abdominales probables.
Tout ça pour dire, que si la cuisine et l'écriture sont similaires, je m'interroge tout de même un brin de ciboulette. En matière de littérature, faire avec ce qu'on a dans son stylo, est-ce vraiment la recette idéale? En tout cas, il me semble que ça n'ouvre pas nécessairement la porte à la poésie et au lyrisme. D'autant moins si ce qu'on a à portée de plume se résume à des maux de ventre minables, sans aucune dimension dramatique pour étoffer la narration comme le feraient par exemple un ulcère carabiné, une péritonite ou au moins, une gastrite aigüe. Mais là, très franchement, je ne vois pas qui pourrait s'intéresser à mes brûlures d'estomac? Brûlures relativement tiédasses du reste. Peut-être un étudiant en gastroentérologie qui se serait perdu au hasard du web? Et encore... Au moins, si les causes de ces crampes avaient un quelconque intérêt narratif? Je ne sais pas moi... Par exemle : si possédée par le Malin, mes entrailles avaient peu à peu été dévorées par un démon effroyable? Ou si malgré tous mes efforts, mon estomac avait déclaré forfait devant la quinzième douzaine d'escargot alors que je tentais bravement de remporter le célèbre titre du Plus Gros Mangeur d'Escargot  de Ormoy dans l'Yonne? Ou si mes tripes s'étaient soudainement nouées devant l'horreur d'une araignée énorme, immonde et velue (ou mieux, radioactive!) montée sournoisement à l'assaut de mon tibia sous la chaleur moelleuse et rassurante de ma couette duvetteuse? J'aurais sans nul doute trouvé les mots et les phrases qui à leur tour auraient su captiver votre attention de lecteur passionné et attentif (ou l'inverse) et vous auraient donné l'envie de  revenir!
Mais quand sous prétexte de fêter Pâques dans la tradition (juive et chrétienne, tant qu'à faire!) on s'est bêtement empiffrée, voire on s'est carrément goinfrée, de pain azyme et de chocolat, comment voulez-vous faire de vos maux d'estomac le sujet d'une fable ou d'un épigramme valables?  D'une complainte à la rigueur... Par  contre, l'occasion de boire une bonne tisane bien chaude : sans doute! 

jeudi 20 mars 2014

61. Cheikh vacances

Et voilà c'est fini...
Certaines rangent, paraît-il, leurs vacances dans des valises en carton.
Personnellement, je dis tant mieux pour elles si ça rentre ! Pour ma part j'ai remisé maillots, tongs et paréo dans ma Cabin Trolley 4 roues ultra légère. Que voulez-vous, je ne suis pas une romanichel. Quand il s'agit de voyager, je suis une femme moderne et équipée, et une femme soigneuse et organisée quand il s'agit de ranger mes petites affaires jusqu'à l'été prochain.
Oui, si vous n'êtes pas complètement nouille, vous aurez donc compris que je reviens de voyage. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne vous ai pas écrit plus tôt, trop occupée que j'étais à explorer le bout du monde et, à l'instar de Jenifer, m'exposer un peu plus au soleil et réchauffer mon corps au soleil (oh oh oh ad lib) ! Au passage, c'est pas pour me jeter des orchidées, mais j'attire l'attention des fidèles de ce blog sur la diversité de mes connaissances. Avouez que vous n'en connaissez pas beaucoup des frangines capables de citer indifféremment Jenifer ou Pierre que ce soit Corneille, Dac ou Desproges ! En même temps, je vous accorde que pour briller en société, citer Jenifer, c'est assez peu reluisant. A moins que ladite société ne se composent de convives de moins de 14 ans auquel cas vous devriez peut-être vous interroger sur votre vie sociale...
Passons. Donc je vous disais, j'ai fait un de ces voyages, je ne vous raconte pas! Inutile de vous affoler comme vous le faites, c'est une expression. Bien sûr que je vais vous raconter!
Alors... Pour commencer... Côté dépaysement... J'aime autant vous dire que j'ai fait TRÈS fort ! Eh ! Quand on voyage, autant faire les choses en grand, non ? Je veux dire que d'aller prendre un bol d'air ou de chouchen à Questembert ou Ploudeurznic c'est sympathique, c'est charmant mais ça manque tout de même un peu d'exotisme. Et aussi, la plupart du temps, de soleil. Alors là, je vous entends qui protestez indignés : " Comment ça ? Comment ça ? C'est trèèèès ensoleillé la Bretagne ! ". Ce à quoi je vous réponds avec le plus grand calme, ne soyez pas de mauvaise foi je vous prie. Laissez donc ça à Mesdames Hidalgo et Kosciuzko-Morizet et reconnaissez honnêtement que la Bretagne, ses ports, ses mouettes, son Breizh Cola ça vous gagne peut-être, mais que pour ce qui est du soleil, la victoire est beaucoup plus aléatoire.
De toute façon, là tout de suite, la Bretagne on s'en fiche.
Comme nous n'allons pas jouer aux devinettes toute la matinée (personnellement, j'ai d'autres choses à faire), je m'en vais vous révéler sur-le-champ ma destination. A 7000 km de mon canapé Klippan Ikea, en plein milieu d'un désert où je m'attendais à voir surgir Lawrence d’Arabie à tout bout de dune, au bord d'une mer aussi bleue que les yeux de Peter O'Toole, sous un soleil incandescent et un air conditionné frigorifique, j'ai découvert baba au bout du monde Abou Dhabi (petite allitération en b) ou pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas arabophones, Le Père de la Gazelle...
Alors ? Je ne vous avais pas dit que j'avais fait fort ?
Je reconnais que ce n'est pas la première destination qui vient à l'esprit quand on feuillette le catalogue Pierre & Vacances mais une fois qu'on y est, je vous assure qu'en matière de dépaysement et d'exotisme, c'est parfaitement réussi, quant à la météo, je résumerai en disant que ce bon vieux Joël Collado serait probablement au chômage dans ce pays caniculaire où le soleil fait relâche moins de 10 jours par an ! Il va sans dire qu'après une telle escapade, je reviens telle une savoureuse brioche : la peau dorée juste ce qu'il faut et le moral gonflé à bloc !
Bien sûr, je pourrais vous raconter les gratte-ciels insensés, les palais princiers, les mosquées, les palmiers, les bougainvilliers, les plages immaculées, les camélidés, les mezzes libanais, les malls démesurés, les voiles et les keffieh... Je pourrais aussi vous infliger un  diaporama assorti de commentaires fascinants : "Là c'est moi : je mange un yaourt... Là c'est moi devant un dromadaire... Là c'est quand j'ai pris le métro... Là c'est quand j'attends l'ascenseur à l'hôtel... " et devant lequel vous n'auriez d'autre choix que de vous enthousiasmer démesurément : " C'est dingue ça, même les pots de yaourts sont écrits en arabe?...  Ah? Une seule bosse c'est un dromadaire? ... Il a l'air chouette leur métro, y a combien de lignes?... Heureusement qu'il y avait un ascenseur au 48 ème étage dis-donc, à pieds ça fait haut... ".
Bref, comme vous apprécierez sans nul doute que je vous dispense de ce pénible échange, vous m'accorderez de vous quitter (un peu vite certes mais j'ai du mal à me remettre du décalage horaire) sur cette unique photo souvenir pas tellement représentative, mais que j'aime bien...

Salam Aleykoum !

Plage d'Abu Dhabi, Mars 2014

mercredi 19 février 2014

60. Presse Fé..minime!

Alors que je tape cette chronique, frénétiquement parce que je n'aurais pas dû boire ce troisième café, je m'interroge. Cette semaine, curieuse, un peu folle peut-être, j'ai récolté pêle-mêle les derniers exemplaires de BIBA, COSMOPOLITAN et MARIE-FRANCE. Je précise que je n'ai pas payé ces exemplaires, auquel cas j'aurais très certainement dépassé le stade de l'interrogation pour accéder directement à celui de la colère. Non, le rouge aux joues, j'ai lamentablement mendié ces périodiques auprès d'une amie : "Euh... tu les jettes ? T'es sûre ? Non, c'est parce que j'ai rien pour caler ma table basse... Merci ! ". 
Bref, ce matin au hasard des pages, entre deux pubs et trois échantillons de fond de teint miracle, je découvre successivement que mon célibat n'est pas une fatalité, que bien que femme, je suis autorisée à demander une augmentation, que les hommes préfèrent les chieuses mais pas celles qui parlent politique, que le vinyle tissé c'est plus tendance que la moquette et aussi que je ne dois pas travailler chez moi pour préserver l'équilibre de ma famille. Je note également de penser à prendre un ventilateur la prochaine fois que je descends au Photomaton. Les cheveux qui ondulent négligemment dans le vent, c'est plus classe pour faire la gueule sur le passeport ou le permis de conduire... 

N'empêche je m'étonne. Camarades gonzesses, lisez-vous vraiment ces magazines ? Vraiment ??!? Je veux dire à part chez le dentiste, le gynéco ou le coiffeur ? Personnellement, je tourne à peine deux pages et je me sens toute à la fois  vieille, moche, seule, ringarde et tarte. D'ailleurs, cette lecture me déprime tellement que j'achève la demie tarte aux pommes miraculeusement rescapée de la soirée de hier... Quitte à être tarte! Moi qui pensais me ressourcer à la lecture de ces revues, trouver de nouvelles idées pour mon 'répertoire de filles'... C'est réussi! C'est encore pire que d'écouter certains chroniqueurs prétendument humoristiques sur certaines chaines de radio!  
Non, je ne trouve pas le repassage 'trendy'., je trouve le repassage 'chiant'. 
Non, ma mère n'est pas ma meilleure amie, ma mère est ma mère, c'est son privilège!
Non je ne dépenserai pas 330€ pour un sac à main musical qui cassera très certainement les pieds de tous mes voisins dans le train, le métro ou le Franprix!  
Non, je ne veux pas d'une application qui définit la taille idéale de mon soutien gorge avec la webcam de ma tablette!!! Avec le temps, ça peut paraître incroyable j'en conviens, mais j'ai déterminé la taille de mon soutif moi-même! 
Enfin, concernant le retour du rotin... vraiment??? Le rotin? 

Ce matin, avec mon café (celui d'avant la frénésie, le premier je veux dire) je tournais les pages du dernier roman de Khaled Hosseini. Pas trop vite surtout pour savourer le plaisir d'une toute nouvelle histoire, de la langue belle, élégante et pourtant simple, et le plaisir encore de découvrir entre les pages une autre culture. Et puis, je me suis obligée à poser le livre. Pour ne pas le dévorer, littéralement. Qu'il en reste un peu, pour quand je reviendrai du théâtre ce soir par exemple, à défaut de la tarte aux pommes... J'ai alors troqué le soleil, le désert, Abdullah et les rues de Kaboul pour cette accumulation de paupières fardées, de sourires farauds et d'autres fariboles fadasses soi-disant féminisées qui ne sont même pas dignes de caler ma table basse! J'attendrai désormais la prochaine rage de dents ou la prochaine infection urinaire pour me tenir à jour des dernières tendances incontournables, savoir comment calmer mon 'hystérie'  et bien sûr comment passer une Saint Valentin inoubliable à Bar-le-Duc. 

Pour ma part, cette année, la Saint Valentin fut inoubliable et ce, sans chocolats, sans lingerie fine, sans mousseux tiède et sans joaillerie en carton. Non, rien de tout ça.
Vendredi 14 Février 2014, dans ma boîte aux lettres, sous la carte d'un serrurier qualifié et le menu d'un livreur de sushis, j'ai découvert une carte postale de François Morel qui me répondait rien qu'à moi. Tout de même, c'est drôle... D'une part quatre lignes griffonnées au feutre rouge me transportent de bonheur et de l'autre trois fois 150 pages de papier glacé qui me laissent résolument froide... Sans doute le poids des mots n'est-il pas très digeste.  En tout cas, pour l'inspiration, c'est raté!

lundi 27 janvier 2014

59. Quenelle blues

J'aime les quenelles. 
Voilà. C'est dit.
Attention, n'allez pas vous méprendre ! Je veux ici parler de gastronomie, et non de politique, bien plus indigeste à mon goût. En effet, les débordements nauséabonds de certains nuisent à cette spécialité lyonnaise, succulente si vous voulez mon avis.
Ce matin, j'ai découvert sur les murs de Paris que la Maison Malartre lance une campagne pour réhabiliter ce produit, injustement diffamé. A la radio, un 'envoyé spécial quenelle' (qui devait être ravi qu'on l'envoie sur le terrain interviewer des ados boutonneux) a rapporté l'autre jour que la cantine scolaire de je ne sais quel Collège Didier Barbelivien de Seine et Garonne refuse désormais de servir des quenelles aux élèves à cause des débordements occasionnés au réfectoire. Enfin, dans le métro je lis en première page d'un quotidien gratuit ce véritable cri d'alarme : Les fabricants de quenelle inquiets ! Je vous avoue que sorti de son contexte, j'ai trouvé ce cri d'angoisse, plutôt rigolo. On aurait dit le titre d'un film de série Bide : "Vous avez aimé L'attaque de la moussaka géante? (j'adore !) Vous adorerez Les révoltés de la quenelle : A Lyon, un fabricant de quenelle est victime d'une terrible cabale menée par l'infâme Mac Bojo, il décide de se venger... Avec Fabrice Lucchini et Mathieu Amalric. Bientôt sur vos écrans !" Tiens... Mais c'est une idée ça ! Je pourrais la proposer à Jean-Pierre Mocky ? Et pourquoi voir petit ? A Luc Besson !!!
Tout ça pour dire que la situation est grave et que je ne vois pas pourquoi on apporterait son soutien aux employés de Michelin ou Virgin en danger et pas aux fabricants de quenelle inquiets?
Je veux donc redorer ici le blason de cette savoureuse préparation culinaire, moelleuse, fondante et goûtue. Tout ça, dans la même assiette et pour pas cher en plus!

Mais pourquoi sous-estime-t-on si souvent la quenelle ? Certes, d'un point de vue purement diététique, la quenelle est unanimement condamnée par la Sainte Trinité : Weight-Watchers, Atkins, et Dukan réunis. Avec sa farine (féculents), son beurre (gras), son lait entier (regras) et ses œufs frais (cholestérol), la quenelle transgresse toutes les lois divines de l'équilibre alimentaire. Et c'est précisément ça qui est bon! Dans ses proverbes, Salomon disait "Qui aime les querelles aime le péché.", mais tous les nutritionnistes s'accordent pour reconnaître qu'il voulait dire en fait : "Qui aime les QUENELLES, aime le péché."  Et alors? Oui, comme le couscous, les lasagnes et le confit d'oie, les quenelles sont caloriques ! D'autant plus qu'on les recouvre généreusement de sauce Nantua, Aurore ou Béchamel avant de les faire gratiner... Hummm... Moi, ça me les rend encore plus sympathiques ! Aux apôtres du son d'avoine et des carottes bouillies, je rappellerais ce que disait Brillat Savarin (car aujourd'hui je fais dans la citation ) "Qu'est-ce que la santé? C'est du chocolat !"  D'ailleurs, les Quenelles de Mousse Chocolat-Piment ou le Quenelles de Glace au Chocolat de Kaboul sont un dessert très en vogue chez les chefs étoilés. Bref, qu'on arrête un peu de me culpabiliser à chaque bouchée ou de m'accorder l'aumône de 50g de quenelle sans sauce dans mon assiette de brocolis vapeurs ! 

Je constate par ailleurs que dans le langage courant, jusqu'ici tout du moins, la quenelle était synonyme d'insipidité... Par exemple, dans son autobiographie (ça m'avait marqué au point que je ressors le bouquin juste pour vous !), Sarah Bernhardt avait baptisé un de ses partenaires "La Quenelle" parce qu'elle le trouvait "long, flottant, sans couleurs, et ressemblait à une quenelle de vol-au-vent". La pauvre Quenelle ne lui a pas donné la réplique longtemps semble-t-il... N'empêche... Sarah devait avoir un bien mauvais cuisinier... Regardez-la bien cette petite quenelle... D'abord elle n'a l'air de rien, c'est vrai. Et puis à peine au four, regardez comme elle gonfle dans le plat, comme elle se gorge de saveurs, comme elle s'imbibe du jus,  comme elle se réjouit et crépite dans sa sauce, plantureuse Betty Boop de la popote, impatiente qu'on la déguste... 

Je me souviens d'un jour, alors que j'étais enfant, ma sœur avait annoncé à table qu'elle n'aimait pas les quenelles. A l'époque je n'avais pas d'autre divinité que ma sœur. Pour elle, j'avais déjà renoncé aux artichauts, je renonçais alors aux quenelles. Mais ça n'a pas duré ! Il faut croire que ma gourmandise en général et les quenelles en particulier ont été plus fortes que mon admiration pour ma sœur. C'est d'ailleurs un des premiers plats que ma mère m'a appris à réaliser, m'initiant au délicat touillage de la sauce béchamel avec une cuiller en bois ! Pour ce qui me concerne, les quenelles, ont donc aussi un arrière-goût d'enfance, certes moins poétique et un peu plus bourratif que la Madeleine de Proust.
Voilà pourquoi j'apporte aujourd'hui tout mon soutien à l'honorable Confrérie des Fabricants de Quenelle, source de tant de plaisirs gastronomiques et victime d'une propagande honteuse.

Ironie du calendrier, comme j'écris ce blog "culinaire", aujourd'hui 27 janvier, c'est la Journée Internationale de Commémoration de l'Holocauste. Commémorons. Parce qu'il ne faut pas oublier. 

mercredi 1 janvier 2014

58. Comme en 14!

Nous y revoilà! Encore un tour de calendrier qui s'achève. Revoici donc le temps, pluvieux en l’occurrence, des vœux jolis et  des résolutions sinon bonnes, du moins envisageables... Déjà un an que 2013 nous faisait mille et une promesses avec son cortège de rimes plus ou moins séduisantes. Plus ou moins poétiques aussi. Qui n'a pas alors reçu (envoyé?) son lot de SMS types ou personnalisés selon les forfaits mobiles, souhaitant avec finesse, humour ou vulgarité une année non seulement réussie mais surtout généreusement garnie de pèze, de baise et de mayonnaise? Oui, mayonnaise!!! Quelqu'un qui n'avait probablement lu ni Rimbaud ni Apollinaire avait alors porté à mon attention aiguisée d'auteure interprète que '2013, ça rime avec... mayonnaise! Bonne année :-)'. L'auteur de ce SMS gras, anonyme et probablement collectif n'avait pas signé et je n'ai jamais su s'il s'agissait du serrurier ou du livreur DHL...

En ce premier jour de l'année, je jette donc un œil en arrière et je constate que, pour ce qui me concerne, 2013 ne fut finalement pas un si mauvais cru. En l’occurrence, je ferais volontiers rimer 2013 avec 'pas mauvaise'. Certes, elle n'a pas tenu toutes ses ardentes promesses... Mais pourquoi la blâmer? Elle n'est pas la première à décevoir certaines de mes espérances. Eh! J'ai connu des hommes avant elle! Politiques et autres... Et je ne suis pas rancunière.
Non, à défaut de mayonnaise, je retiendrai de cette année des rencontres décisives, des risques audacieux, des expériences inédites, le concert de Jonasz et celui de Souchon, d'excellents dîners, quelques larmes, quelques gifles aussi, mon interprétation très libre de Ferrat à la guitare, deux ou trois bons livres, la Roue de la Mort du Cirque du Soleil, et puis surtout la chaleur et le bonheur d'écrire, de répéter, de créer, de jouer, plaisirs renouvelés encore, encore, ENCORE! Dalida voulait mourir sur scène? Je me contente volontiers d'y vivre, quoique modestement. D'ailleurs, je ne pouvais pas rêver finir l'année de façon plus jolie que sur scène, en musique du Champagne plein la tête, de la fête plein le cœur... Au final,  j'ai terminé 2013 fatiguée, sereine, heureuse. 
Un peu pompette aussi... 
Comme tout le monde, ce matin je me suis donc réveillée en 2014. J'avais un mal de crâne prononcé, la marque de ma montre sur la joue et du noir plein les yeux, parce que quand on finit 2013 pompette, on n'enlève pas sa montre et on ne se démaquille pas avant d'aller dormir. Que voulez-vous, on ne peut pas tout finir en beauté. J'ai mis deux aspirines dans mon café, je me suis regardée dans le miroir et j'ai dit: "Stop! Halte-là! Mauvais départ!".  J'ai aussi dit : "Oh la la, c'est quoi ces cheveux?!?".

J'imagine que comme moi, on a du vous notifier une trentaine de fois depuis minuit par SMS, mails, Facebook, Twitter et autres voix électroniques que 2014 est une rime orpheline. Pour résumer, c'est une année qui ne rime à rien. Surtout pas avec Gribiche ou Béchamel ! Pour ma part je trouve ça très bien car de deux choses l'une: ou bien le livreur DHL et le serrurier ont effacé mon numéro de leurs contacts, ou bien cette année ne leur a pas inspiré de vœux spirituels. Dans un cas comme dans l'autre, je me réjouis et je vois là un signe que l'année s'annonce bien!
De plus, une année qui ne rime à rien c'est une année qui ne fait pas de promesses. Par conséquent,  c'est une année qui ne pourra pas me décevoir, même un tout petit peu... Pas de promesses, ça signifie aussi que c'est une année qui ne réserve que des surprises! Des surprises? Youpi! J'adore les surprises!  
Pour attaquer 2014 du bon pied... Une minute, c'est peu agressif cette expression, non? Je n'ai pas l'habitude de donner des coups de pieds ni d'attaquer qui que ce soit, ne serait-ce que verbalement. En général, je  suis d'une nature plutôt pacifique, je reprends donc... Pour aborder 2014 dans de bonnes dispositions (avouez que c'est plus amical!),  j'ai  commencé par reprendre allure humaine, j'ai fait le ménage en grand, j'ai souhaité de belles choses à ceux que j'aime et puis j'ai invité des amis à dîner car pour finir ou commencer l'année, rien de mieux que de se mettre à table avec des amis! Ensuite, comme j'avais fini l'année sur scène, je me suis dit (je me dis beaucoup de choses comme vous pouvez le remarquer) si je commençais aussi l'année par faire une des choses que je préfère? Comme je ne pouvais pas improviser un concert toute seule dans mon salon, j'ai laissé Nicole Croisille fredonner doucement Tout recommencer sur la platine, pendant que de mon côté, je commençais tout naturellement d'écrire cet article. Mercredi 1er Janvier 2014, une nouvelle année commence... bien!
Au fait, je viens de consulter mon dictionnaire de rimes, et en particulier les rimes orphelines. Figurez-vous que je viens de découvrir qu'être Belge ou être Pauvre ça ne rime à rien. Être un Goinfre, une Larve ou un Monstre non plus. Même le Triomphe, ça ne rime à rien. Comme Quatorze et... tiens? Comme Quinze ! Seize par contre, ça rime avec Treize. Flûte... de Champagne!