jeudi 20 mars 2014

61. Cheikh vacances

Et voilà c'est fini...
Certaines rangent, paraît-il, leurs vacances dans des valises en carton.
Personnellement, je dis tant mieux pour elles si ça rentre ! Pour ma part j'ai remisé maillots, tongs et paréo dans ma Cabin Trolley 4 roues ultra légère. Que voulez-vous, je ne suis pas une romanichel. Quand il s'agit de voyager, je suis une femme moderne et équipée, et une femme soigneuse et organisée quand il s'agit de ranger mes petites affaires jusqu'à l'été prochain.
Oui, si vous n'êtes pas complètement nouille, vous aurez donc compris que je reviens de voyage. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne vous ai pas écrit plus tôt, trop occupée que j'étais à explorer le bout du monde et, à l'instar de Jenifer, m'exposer un peu plus au soleil et réchauffer mon corps au soleil (oh oh oh ad lib) ! Au passage, c'est pas pour me jeter des orchidées, mais j'attire l'attention des fidèles de ce blog sur la diversité de mes connaissances. Avouez que vous n'en connaissez pas beaucoup des frangines capables de citer indifféremment Jenifer ou Pierre que ce soit Corneille, Dac ou Desproges ! En même temps, je vous accorde que pour briller en société, citer Jenifer, c'est assez peu reluisant. A moins que ladite société ne se composent de convives de moins de 14 ans auquel cas vous devriez peut-être vous interroger sur votre vie sociale...
Passons. Donc je vous disais, j'ai fait un de ces voyages, je ne vous raconte pas! Inutile de vous affoler comme vous le faites, c'est une expression. Bien sûr que je vais vous raconter!
Alors... Pour commencer... Côté dépaysement... J'aime autant vous dire que j'ai fait TRÈS fort ! Eh ! Quand on voyage, autant faire les choses en grand, non ? Je veux dire que d'aller prendre un bol d'air ou de chouchen à Questembert ou Ploudeurznic c'est sympathique, c'est charmant mais ça manque tout de même un peu d'exotisme. Et aussi, la plupart du temps, de soleil. Alors là, je vous entends qui protestez indignés : " Comment ça ? Comment ça ? C'est trèèèès ensoleillé la Bretagne ! ". Ce à quoi je vous réponds avec le plus grand calme, ne soyez pas de mauvaise foi je vous prie. Laissez donc ça à Mesdames Hidalgo et Kosciuzko-Morizet et reconnaissez honnêtement que la Bretagne, ses ports, ses mouettes, son Breizh Cola ça vous gagne peut-être, mais que pour ce qui est du soleil, la victoire est beaucoup plus aléatoire.
De toute façon, là tout de suite, la Bretagne on s'en fiche.
Comme nous n'allons pas jouer aux devinettes toute la matinée (personnellement, j'ai d'autres choses à faire), je m'en vais vous révéler sur-le-champ ma destination. A 7000 km de mon canapé Klippan Ikea, en plein milieu d'un désert où je m'attendais à voir surgir Lawrence d’Arabie à tout bout de dune, au bord d'une mer aussi bleue que les yeux de Peter O'Toole, sous un soleil incandescent et un air conditionné frigorifique, j'ai découvert baba au bout du monde Abou Dhabi (petite allitération en b) ou pour ceux d'entre vous qui ne seraient pas arabophones, Le Père de la Gazelle...
Alors ? Je ne vous avais pas dit que j'avais fait fort ?
Je reconnais que ce n'est pas la première destination qui vient à l'esprit quand on feuillette le catalogue Pierre & Vacances mais une fois qu'on y est, je vous assure qu'en matière de dépaysement et d'exotisme, c'est parfaitement réussi, quant à la météo, je résumerai en disant que ce bon vieux Joël Collado serait probablement au chômage dans ce pays caniculaire où le soleil fait relâche moins de 10 jours par an ! Il va sans dire qu'après une telle escapade, je reviens telle une savoureuse brioche : la peau dorée juste ce qu'il faut et le moral gonflé à bloc !
Bien sûr, je pourrais vous raconter les gratte-ciels insensés, les palais princiers, les mosquées, les palmiers, les bougainvilliers, les plages immaculées, les camélidés, les mezzes libanais, les malls démesurés, les voiles et les keffieh... Je pourrais aussi vous infliger un  diaporama assorti de commentaires fascinants : "Là c'est moi : je mange un yaourt... Là c'est moi devant un dromadaire... Là c'est quand j'ai pris le métro... Là c'est quand j'attends l'ascenseur à l'hôtel... " et devant lequel vous n'auriez d'autre choix que de vous enthousiasmer démesurément : " C'est dingue ça, même les pots de yaourts sont écrits en arabe?...  Ah? Une seule bosse c'est un dromadaire? ... Il a l'air chouette leur métro, y a combien de lignes?... Heureusement qu'il y avait un ascenseur au 48 ème étage dis-donc, à pieds ça fait haut... ".
Bref, comme vous apprécierez sans nul doute que je vous dispense de ce pénible échange, vous m'accorderez de vous quitter (un peu vite certes mais j'ai du mal à me remettre du décalage horaire) sur cette unique photo souvenir pas tellement représentative, mais que j'aime bien...

Salam Aleykoum !

Plage d'Abu Dhabi, Mars 2014

mercredi 19 février 2014

60. Presse Fé..minime!

Alors que je tape cette chronique, frénétiquement parce que je n'aurais pas dû boire ce troisième café, je m'interroge. Cette semaine, curieuse, un peu folle peut-être, j'ai récolté pêle-mêle les derniers exemplaires de BIBA, COSMOPOLITAN et MARIE-FRANCE. Je précise que je n'ai pas payé ces exemplaires, auquel cas j'aurais très certainement dépassé le stade de l'interrogation pour accéder directement à celui de la colère. Non, le rouge aux joues, j'ai lamentablement mendié ces périodiques auprès d'une amie : "Euh... tu les jettes ? T'es sûre ? Non, c'est parce que j'ai rien pour caler ma table basse... Merci ! ". 
Bref, ce matin au hasard des pages, entre deux pubs et trois échantillons de fond de teint miracle, je découvre successivement que mon célibat n'est pas une fatalité, que bien que femme, je suis autorisée à demander une augmentation, que les hommes préfèrent les chieuses mais pas celles qui parlent politique, que le vinyle tissé c'est plus tendance que la moquette et aussi que je ne dois pas travailler chez moi pour préserver l'équilibre de ma famille. Je note également de penser à prendre un ventilateur la prochaine fois que je descends au Photomaton. Les cheveux qui ondulent négligemment dans le vent, c'est plus classe pour faire la gueule sur le passeport ou le permis de conduire... 

N'empêche je m'étonne. Camarades gonzesses, lisez-vous vraiment ces magazines ? Vraiment ??!? Je veux dire à part chez le dentiste, le gynéco ou le coiffeur ? Personnellement, je tourne à peine deux pages et je me sens toute à la fois  vieille, moche, seule, ringarde et tarte. D'ailleurs, cette lecture me déprime tellement que j'achève la demie tarte aux pommes miraculeusement rescapée de la soirée de hier... Quitte à être tarte! Moi qui pensais me ressourcer à la lecture de ces revues, trouver de nouvelles idées pour mon 'répertoire de filles'... C'est réussi! C'est encore pire que d'écouter certains chroniqueurs prétendument humoristiques sur certaines chaines de radio!  
Non, je ne trouve pas le repassage 'trendy'., je trouve le repassage 'chiant'. 
Non, ma mère n'est pas ma meilleure amie, ma mère est ma mère, c'est son privilège!
Non je ne dépenserai pas 330€ pour un sac à main musical qui cassera très certainement les pieds de tous mes voisins dans le train, le métro ou le Franprix!  
Non, je ne veux pas d'une application qui définit la taille idéale de mon soutien gorge avec la webcam de ma tablette!!! Avec le temps, ça peut paraître incroyable j'en conviens, mais j'ai déterminé la taille de mon soutif moi-même! 
Enfin, concernant le retour du rotin... vraiment??? Le rotin? 

Ce matin, avec mon café (celui d'avant la frénésie, le premier je veux dire) je tournais les pages du dernier roman de Khaled Hosseini. Pas trop vite surtout pour savourer le plaisir d'une toute nouvelle histoire, de la langue belle, élégante et pourtant simple, et le plaisir encore de découvrir entre les pages une autre culture. Et puis, je me suis obligée à poser le livre. Pour ne pas le dévorer, littéralement. Qu'il en reste un peu, pour quand je reviendrai du théâtre ce soir par exemple, à défaut de la tarte aux pommes... J'ai alors troqué le soleil, le désert, Abdullah et les rues de Kaboul pour cette accumulation de paupières fardées, de sourires farauds et d'autres fariboles fadasses soi-disant féminisées qui ne sont même pas dignes de caler ma table basse! J'attendrai désormais la prochaine rage de dents ou la prochaine infection urinaire pour me tenir à jour des dernières tendances incontournables, savoir comment calmer mon 'hystérie'  et bien sûr comment passer une Saint Valentin inoubliable à Bar-le-Duc. 

Pour ma part, cette année, la Saint Valentin fut inoubliable et ce, sans chocolats, sans lingerie fine, sans mousseux tiède et sans joaillerie en carton. Non, rien de tout ça.
Vendredi 14 Février 2014, dans ma boîte aux lettres, sous la carte d'un serrurier qualifié et le menu d'un livreur de sushis, j'ai découvert une carte postale de François Morel qui me répondait rien qu'à moi. Tout de même, c'est drôle... D'une part quatre lignes griffonnées au feutre rouge me transportent de bonheur et de l'autre trois fois 150 pages de papier glacé qui me laissent résolument froide... Sans doute le poids des mots n'est-il pas très digeste.  En tout cas, pour l'inspiration, c'est raté!

lundi 27 janvier 2014

59. Quenelle blues

J'aime les quenelles. 
Voilà. C'est dit.
Attention, n'allez pas vous méprendre ! Je veux ici parler de gastronomie, et non de politique, bien plus indigeste à mon goût. En effet, les débordements nauséabonds de certains nuisent à cette spécialité lyonnaise, succulente si vous voulez mon avis.
Ce matin, j'ai découvert sur les murs de Paris que la Maison Malartre lance une campagne pour réhabiliter ce produit, injustement diffamé. A la radio, un 'envoyé spécial quenelle' (qui devait être ravi qu'on l'envoie sur le terrain interviewer des ados boutonneux) a rapporté l'autre jour que la cantine scolaire de je ne sais quel Collège Didier Barbelivien de Seine et Garonne refuse désormais de servir des quenelles aux élèves à cause des débordements occasionnés au réfectoire. Enfin, dans le métro je lis en première page d'un quotidien gratuit ce véritable cri d'alarme : Les fabricants de quenelle inquiets ! Je vous avoue que sorti de son contexte, j'ai trouvé ce cri d'angoisse, plutôt rigolo. On aurait dit le titre d'un film de série Bide : "Vous avez aimé L'attaque de la moussaka géante? (j'adore !) Vous adorerez Les révoltés de la quenelle : A Lyon, un fabricant de quenelle est victime d'une terrible cabale menée par l'infâme Mac Bojo, il décide de se venger... Avec Fabrice Lucchini et Mathieu Amalric. Bientôt sur vos écrans !" Tiens... Mais c'est une idée ça ! Je pourrais la proposer à Jean-Pierre Mocky ? Et pourquoi voir petit ? A Luc Besson !!!
Tout ça pour dire que la situation est grave et que je ne vois pas pourquoi on apporterait son soutien aux employés de Michelin ou Virgin en danger et pas aux fabricants de quenelle inquiets?
Je veux donc redorer ici le blason de cette savoureuse préparation culinaire, moelleuse, fondante et goûtue. Tout ça, dans la même assiette et pour pas cher en plus!

Mais pourquoi sous-estime-t-on si souvent la quenelle ? Certes, d'un point de vue purement diététique, la quenelle est unanimement condamnée par la Sainte Trinité : Weight-Watchers, Atkins, et Dukan réunis. Avec sa farine (féculents), son beurre (gras), son lait entier (regras) et ses œufs frais (cholestérol), la quenelle transgresse toutes les lois divines de l'équilibre alimentaire. Et c'est précisément ça qui est bon! Dans ses proverbes, Salomon disait "Qui aime les querelles aime le péché.", mais tous les nutritionnistes s'accordent pour reconnaître qu'il voulait dire en fait : "Qui aime les QUENELLES, aime le péché."  Et alors? Oui, comme le couscous, les lasagnes et le confit d'oie, les quenelles sont caloriques ! D'autant plus qu'on les recouvre généreusement de sauce Nantua, Aurore ou Béchamel avant de les faire gratiner... Hummm... Moi, ça me les rend encore plus sympathiques ! Aux apôtres du son d'avoine et des carottes bouillies, je rappellerais ce que disait Brillat Savarin (car aujourd'hui je fais dans la citation ) "Qu'est-ce que la santé? C'est du chocolat !"  D'ailleurs, les Quenelles de Mousse Chocolat-Piment ou le Quenelles de Glace au Chocolat de Kaboul sont un dessert très en vogue chez les chefs étoilés. Bref, qu'on arrête un peu de me culpabiliser à chaque bouchée ou de m'accorder l'aumône de 50g de quenelle sans sauce dans mon assiette de brocolis vapeurs ! 

Je constate par ailleurs que dans le langage courant, jusqu'ici tout du moins, la quenelle était synonyme d'insipidité... Par exemple, dans son autobiographie (ça m'avait marqué au point que je ressors le bouquin juste pour vous !), Sarah Bernhardt avait baptisé un de ses partenaires "La Quenelle" parce qu'elle le trouvait "long, flottant, sans couleurs, et ressemblait à une quenelle de vol-au-vent". La pauvre Quenelle ne lui a pas donné la réplique longtemps semble-t-il... N'empêche... Sarah devait avoir un bien mauvais cuisinier... Regardez-la bien cette petite quenelle... D'abord elle n'a l'air de rien, c'est vrai. Et puis à peine au four, regardez comme elle gonfle dans le plat, comme elle se gorge de saveurs, comme elle s'imbibe du jus,  comme elle se réjouit et crépite dans sa sauce, plantureuse Betty Boop de la popote, impatiente qu'on la déguste... 

Je me souviens d'un jour, alors que j'étais enfant, ma sœur avait annoncé à table qu'elle n'aimait pas les quenelles. A l'époque je n'avais pas d'autre divinité que ma sœur. Pour elle, j'avais déjà renoncé aux artichauts, je renonçais alors aux quenelles. Mais ça n'a pas duré ! Il faut croire que ma gourmandise en général et les quenelles en particulier ont été plus fortes que mon admiration pour ma sœur. C'est d'ailleurs un des premiers plats que ma mère m'a appris à réaliser, m'initiant au délicat touillage de la sauce béchamel avec une cuiller en bois ! Pour ce qui me concerne, les quenelles, ont donc aussi un arrière-goût d'enfance, certes moins poétique et un peu plus bourratif que la Madeleine de Proust.
Voilà pourquoi j'apporte aujourd'hui tout mon soutien à l'honorable Confrérie des Fabricants de Quenelle, source de tant de plaisirs gastronomiques et victime d'une propagande honteuse.

Ironie du calendrier, comme j'écris ce blog "culinaire", aujourd'hui 27 janvier, c'est la Journée Internationale de Commémoration de l'Holocauste. Commémorons. Parce qu'il ne faut pas oublier. 

mercredi 1 janvier 2014

58. Comme en 14!

Nous y revoilà! Encore un tour de calendrier qui s'achève. Revoici donc le temps, pluvieux en l’occurrence, des vœux jolis et  des résolutions sinon bonnes, du moins envisageables... Déjà un an que 2013 nous faisait mille et une promesses avec son cortège de rimes plus ou moins séduisantes. Plus ou moins poétiques aussi. Qui n'a pas alors reçu (envoyé?) son lot de SMS types ou personnalisés selon les forfaits mobiles, souhaitant avec finesse, humour ou vulgarité une année non seulement réussie mais surtout généreusement garnie de pèze, de baise et de mayonnaise? Oui, mayonnaise!!! Quelqu'un qui n'avait probablement lu ni Rimbaud ni Apollinaire avait alors porté à mon attention aiguisée d'auteure interprète que '2013, ça rime avec... mayonnaise! Bonne année :-)'. L'auteur de ce SMS gras, anonyme et probablement collectif n'avait pas signé et je n'ai jamais su s'il s'agissait du serrurier ou du livreur DHL...

En ce premier jour de l'année, je jette donc un œil en arrière et je constate que, pour ce qui me concerne, 2013 ne fut finalement pas un si mauvais cru. En l’occurrence, je ferais volontiers rimer 2013 avec 'pas mauvaise'. Certes, elle n'a pas tenu toutes ses ardentes promesses... Mais pourquoi la blâmer? Elle n'est pas la première à décevoir certaines de mes espérances. Eh! J'ai connu des hommes avant elle! Politiques et autres... Et je ne suis pas rancunière.
Non, à défaut de mayonnaise, je retiendrai de cette année des rencontres décisives, des risques audacieux, des expériences inédites, le concert de Jonasz et celui de Souchon, d'excellents dîners, quelques larmes, quelques gifles aussi, mon interprétation très libre de Ferrat à la guitare, deux ou trois bons livres, la Roue de la Mort du Cirque du Soleil, et puis surtout la chaleur et le bonheur d'écrire, de répéter, de créer, de jouer, plaisirs renouvelés encore, encore, ENCORE! Dalida voulait mourir sur scène? Je me contente volontiers d'y vivre, quoique modestement. D'ailleurs, je ne pouvais pas rêver finir l'année de façon plus jolie que sur scène, en musique du Champagne plein la tête, de la fête plein le cœur... Au final,  j'ai terminé 2013 fatiguée, sereine, heureuse. 
Un peu pompette aussi... 
Comme tout le monde, ce matin je me suis donc réveillée en 2014. J'avais un mal de crâne prononcé, la marque de ma montre sur la joue et du noir plein les yeux, parce que quand on finit 2013 pompette, on n'enlève pas sa montre et on ne se démaquille pas avant d'aller dormir. Que voulez-vous, on ne peut pas tout finir en beauté. J'ai mis deux aspirines dans mon café, je me suis regardée dans le miroir et j'ai dit: "Stop! Halte-là! Mauvais départ!".  J'ai aussi dit : "Oh la la, c'est quoi ces cheveux?!?".

J'imagine que comme moi, on a du vous notifier une trentaine de fois depuis minuit par SMS, mails, Facebook, Twitter et autres voix électroniques que 2014 est une rime orpheline. Pour résumer, c'est une année qui ne rime à rien. Surtout pas avec Gribiche ou Béchamel ! Pour ma part je trouve ça très bien car de deux choses l'une: ou bien le livreur DHL et le serrurier ont effacé mon numéro de leurs contacts, ou bien cette année ne leur a pas inspiré de vœux spirituels. Dans un cas comme dans l'autre, je me réjouis et je vois là un signe que l'année s'annonce bien!
De plus, une année qui ne rime à rien c'est une année qui ne fait pas de promesses. Par conséquent,  c'est une année qui ne pourra pas me décevoir, même un tout petit peu... Pas de promesses, ça signifie aussi que c'est une année qui ne réserve que des surprises! Des surprises? Youpi! J'adore les surprises!  
Pour attaquer 2014 du bon pied... Une minute, c'est peu agressif cette expression, non? Je n'ai pas l'habitude de donner des coups de pieds ni d'attaquer qui que ce soit, ne serait-ce que verbalement. En général, je  suis d'une nature plutôt pacifique, je reprends donc... Pour aborder 2014 dans de bonnes dispositions (avouez que c'est plus amical!),  j'ai  commencé par reprendre allure humaine, j'ai fait le ménage en grand, j'ai souhaité de belles choses à ceux que j'aime et puis j'ai invité des amis à dîner car pour finir ou commencer l'année, rien de mieux que de se mettre à table avec des amis! Ensuite, comme j'avais fini l'année sur scène, je me suis dit (je me dis beaucoup de choses comme vous pouvez le remarquer) si je commençais aussi l'année par faire une des choses que je préfère? Comme je ne pouvais pas improviser un concert toute seule dans mon salon, j'ai laissé Nicole Croisille fredonner doucement Tout recommencer sur la platine, pendant que de mon côté, je commençais tout naturellement d'écrire cet article. Mercredi 1er Janvier 2014, une nouvelle année commence... bien!
Au fait, je viens de consulter mon dictionnaire de rimes, et en particulier les rimes orphelines. Figurez-vous que je viens de découvrir qu'être Belge ou être Pauvre ça ne rime à rien. Être un Goinfre, une Larve ou un Monstre non plus. Même le Triomphe, ça ne rime à rien. Comme Quatorze et... tiens? Comme Quinze ! Seize par contre, ça rime avec Treize. Flûte... de Champagne! 


dimanche 8 décembre 2013

57. Bye bye Madiba...

Ce matin, je préfère vous le dire tout net, c'est la poisse! Je vous résume la situation (en termes choisis ce la va de soi):

Il n'est rien advenu cette quinzaine hélas
Qui vaille d'être narré en des termes cocasses... 

Ce n'est pas du Rimbaud d'accord, mais enfin c'est explicite. Du reste, je porte à votre attention négligente que je n'ai rien à dire, peut-être, mais  je me suis quand même fendue de deux Alexandrie, alexandrins!
Bref. Ces derniers temps, ma petite vie égotiste suivait donc un cours tranquille et sans vaguelettes et je me demandais, soucieuse, de quoi j'allais bien pouvoir vous entretenir. Et puis aujourd'hui, voilà que les vaguelettes ont viré au coup de tabac. Les paupières encore engourdies, entre deux bâillements, j'exécute machinalement mon parcours du matin: du lit à la cuisine d'abord et allumer la machine à café, de la cuisine au salon ensuite, brancher la radio et enfin du salon à la salle de bain, observer mon reflet dans le miroir, mesurer l'ampleur des dégâts et soupirer... Soudain, voilà que la voix lointaine de Patrick Cohen m'annonce sans ménagement que Nelson Mandela est mort et me voilà parfaitement réveillée!
Nelson Mandela est mort...
La brosse à dents me tombent des mains. Le dentifrice me coule sur le menton et je reste quelques secondes parfaitement ahurie. "Nelson Mandela n'est plus" répète France Inter croyant sans doute que je n'ai pas bien compris. "Mandela s'est éteint cette nuit à l'âge de 95 ans." Mais c'est qu'elle insiste la garce. L'envie me prend alors de lui répondre: "Ta gueule!". En pyjama au milieu du salon, je suis incapable de bouger. Je me sens étrangement vide et j'ai les yeux qui piquent. La radio, sadique, entame alors une litanie d'hommages, d'archives, de témoignages mais je ne l'écoute plus.
Comment est-ce possible? Il y a des personnes que l'on croit immortelles. 
Alors que sonnée, je m'assois sur le canapé, les souvenirs se bousculent et comme par hasard, la première chose qui me revient c'est une chanson. Bien sûr. 1989... Johnny Clegg et Savuka enflamment mon électrophone et la télévision. Dans leurs pantalons multicolores, Johnny et ses musiciens noirs et blancs, s'insurgent en musique: Asiiiiiiiiiiiiiiimbonanga (Pour ceux d'entre vous qui ne parleraient pas couramment l’afrikaner, ça veut dire Nous ne l'avons pas vu). Du haut de mes quinze ans, je m'insurge avec eux. En tant que citoyenne du monde, j'exige qu'on libère Mandela! Las, à ma grande surprise, mes exigences ne sont suivies d'aucun résultat.... Comment est-ce possible? Mon adolescence se révolte devant tant d’injustice. Ma conscience politique se réveille, se construit, ouvrant la voie à une longue série de déceptions et d'idéaux désenchantés...Quelques années plus tard,  sans que j'y sois pour rien, mon vœu sera pourtant exaucé. Je me souviens d'une allégresse universelle. Je me souviens que la télévision diffusait les images d'un géant au sourire ensoleillé. Et encore une fois, je me souviens en musique. En Écosse, Simple Minds se réjouit de l'évènement et moi avec. Enthousiaste, je reprends avec eux Oh oh oh Mandela's free...
Le cours de ma petite vie m'appelle et je reprends à présent le chemin de la salle bain. Le long du couloir, soudainement rajeunie, je fredonne ces mélodies à mi voix. Au delà de l'homme et du symbole qui s'est éteint pendant mon sommeil, je réalise qu'elle est loin aujourd'hui mon adolescence. Le reflet du miroir semble d'ailleurs du même avis. Elle est étrange cette sensation qui me saisit. La disparition d'un parfait inconnu qui déclenche à la fois émotion, vide et mélancolie Qui réveille encore les idéaux engourdis d'une citoyenneté souvent déçue...

Dans mon dictionnaire de citations, Madiba me rappelle que :

"La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher, mais qu’on ne peut jamais éteindre."

Regonflée par tant d'optimisme, je me rappelle alors que si on veut changer le monde... on peut! Suffit de s'y mettre. Alors, au boulot!

mercredi 13 novembre 2013

56. Attention(s)...

Bonjour les amis! 
Vous avez l'air en pleine forme! Quelle mine vous avez! Si, si, je vous trouve resplendissant! Vous avez maigri, non? Comment ça je souris bizarrement? C'est que je suis teeeeeeeeeeeeeeeellement contente de vous voir!!! Enfin de vous voir, façon de parler bien sûr. Je vous en prie, installez vous confortablement. Non, non pas sur le canapé... Pour lire, vous serez mieux sur le lit. Il ne fait pas très chaud dites-moi. Rentrez donc sous la couette. Vous voulez un pyjama? Non? Alors attendez, je vais vous border, j'ai peur que vous ne preniez froid. Là, vous êtes bien? Je peux aller vous chercher un autre coussin si vous voulez... ou un plaid? Je... Je vous fais un câlin? Un bisou peut-être? Détendez-vous, détendez-vous... Je sais: je vais vous chercher à boire. Thé? Café? Je vous mets combien 5? 6 sucres? Vous préférez peut-être un demi pot de miel dans votre thé, ça colle un peu, mais on n'est jamais trop poisseux! Mais non, vous ne me dérangez pas, ça me fait plaisir au contraire! Vous pouvez fumer vous savez... Chanvre indien? Opium? Qu'est-ce que je vous offre? A moins que vous ne préfériez grignoter une bricole. J'ai de la tarte banane-marrons-Nutella, ça vous dit? Non? Alors je vous prépare une petite crêpe nougat-calisson en vitesse? Rien? Vraiment? Même pas un petit loukoum au sirop d'érable? Allons, ne soyez pas timide, puisque je vous dis que ça me fait plaisir!!! Aujourd'hui, vous pouvez me demander ce que vous voulez! Je ferai tout pour contribuer à votre bien-être. Dans la limite de mes possibilités, cela va de soi. Alors quoi? Je peux vous masser les pieds, changer la litière du chat, déboucher la baignoire, vous raconter l'histoire de James et la Grosse Pêche... On peut même regarder Louis la Brocante si ça vous met en joie! 
...
Bon. C'est de l'argent que vous voulez? Combien? 
Mais dites-moi ce qui vous plairait enfin! Vous êtes pénible à force! Comment ça c'est moi qui suis pénible? Je vous harcèle? Tant de prévenance vous écœure? Alors ça c'est la meilleure! Pardon, mais vous vous méprenez complètement! Si vous suiviez un peu l'actualité, vous sauriez qu'aujourd'hui c'est la Journée de la Gentillesse. Alors si je dégouline de bonté, si je ruisselle d'altruisme c'est simplement que j'essaie de me mettre au diapason et ça n'est pas évident figurez-vous! Vous croyez peut-être que c'est facile d'être gentille? Vous croyez que c'est naturel?  Pas du tout! A force de me faire insulter dans le métro, de me faire injurier lorsque je suis au volant, de me faire engueuler par la caissière parce que je ne range pas mes courses assez vite au supermarché, de me faire houspiller par la concierge parce que j'ai marché sur le sol humide du hall de l'immeuble, de me faire assaisonner par mes voisins parce que j'ai ri un peu fort au cinéma, de me faire sonner les cloches parce que je n'ai pas pris de ticket pour retirer mon passeport, à force encore de me faire brocarder parce que je n'ai pas répondu aux œillades explicites et néanmoins rebutantes de Bob l’Éponge au comptoir de L'Assoiffé, de me faire savonner par la serveuse dudit Assoiffé parce que vu l'enseigne du bar, j'ai osé demandé un verre d'eau en plus du café dont la tasse est maculée de rouge à lèvres alors que je n'en porte pas moi-même, de me faire incendier par l'ado boutonneux à qui j'ai demandé poliment de baisser la musique de son appareil de téléphonie mobile car à mon grand regret, il semble que nous ne partagions pas les mêmes goûts musicaux et que Paris-Montélimar, c'est long...Eh bien à force, à force, à force, c'est terrible mais je crois que je l'ai un peu perdue, l'habitude d'être gentille. Je n'en suis pas très fière mais c'est comme ça: parfois la gentillesse me fait défaut. Fort heureusement, ce n'est pas un état permanent, mais c'est vrai, je suis quelquefois vilaine. D'ailleurs je dois bien reconnaître que tout d'abord, cette Journée de la Gentillesse, m'a semblé être une idée un peu niaiseuse. Mais en y réfléchissant à deux fois...
Cette semaine par exemple, le thème d'improvisation de mes élèves de théâtre était l'aéroport. Une petite fille, âgée de huit ans s'est alors adressée à sa camarade en ces termes : 'Toi, tu es noire, alors tu feras le terroriste.'...
Dans une autre ville, j'entends qu'une autre petite fille a trouvé rigolo de traiter en public une femme de singe, de lui jeter des bananes. Papa et Maman étaient drôlement fiers paraît-il...
Ce matin un 'journal' a cru bon d'en rajouter une couche en première page...
On dirait bien que la méchanceté devient banane... pardon, banale... Hier, on sifflait un président alors qu'il rendait un hommage aux disparus. Pour comble d'ironie, alors que s'achève cette aimable journée, à la radio, Orelsan me traite gentiment de Sale pute. A moins que ce ne soit une charmante attention du programmateur musical? Vous conviendrez avec moi que ce n'est pas très gentil tout ça... Non, vraiment ce n'est pas très gentil. Une journée ça me semble bien court, mais c'est un début, alors pourquoi pas?
Dites... Vous êtes vraiment sûr que vous n'en voulez pas de mes loukoums au sirop d'érable? Parce que vraiment, c'est offert de bon cœur...

jeudi 24 octobre 2013

55. Sans mobile apparent...

La vie vous joue parfois des tours bien savoureux. Par exemple, vous ne me croiriez jamais si je vous disais que l'on m'a encore dérobé mon appareil de téléphonie cellulaire? Par exemple... Non, bien sûr que non. Qui pourrait être assez nouille pour se faire carotter trois fois ce précieux (et coûteux!) accessoire de communication? Ne cherchez pas plus loin la nouille, c'est moi. Certes, la vie sait parfois se montrer bien farceuse, toutefois, je me permets de signaler timidement à la vie que personnellement, le comique de répétition, à la longue, je m'en lasse... D'autant plus qu'elle pourrait renouveler le scénario un brin de persil parce que si vous voulez mon avis (et si vous ne le voulez pas, c'est pareil), le script sent le déjà vu à plein nez: les transports en communs, les roms, l'accordéoniste qui massacre Besame mucho histoire de créer une 'atmosphère', franchement dans le genre cliché, on ne fait pas mieux! Et puis ça manque d'action! De courses poursuites haletantes! De cascades! Quant à la pauvreté des dialogues : 

- Mon téléphone? Où est passé mon téléphone? 
- Vous avez perdu quelque chose? 
- Oui mon téléphone! 
- Votre téléphone? 
- Oui, mon TE-LE-PHONE!!!
- Ah ben ça c'est sûrement les roms... c'est voleurs et compagnie ces gens-là... Faut se méfier... Surtout qu'ils se lavent même pas! Avant c'était les arabes... maintenant c'est les roms... Vraiment c'est pas de chance...
- ... 
Tant que j'y suis, ça manque aussi singulièrement d'un beau mec surgi de nulle part, qui viendrait réconforter entre ses bras fort(s) (et) rassurants cette pauvre jeune femme si séduisante encore toute émotionnée par tant de fourberie... Non là, non seulement c'est rageant, mais en plus côté production c'est miteux. Insipide. En un mot : nul. C'est même tellement nul, que l'agent commercial chargé de me  reconnecter avec le monde joyeux et féérique de la téléphonie mobile en profite pour se foutre de ma gueule! "Encore? Non mais vous le faites exprès! Eh, mademoiselle, quand on vous demande votre téléphone, ça veut pas dire que vous devez donner votre appareil vous savez! Arf! arf!". Désopilant, vraiment. Kev Adams lui même refuserait d'assumer cette réplique!!!! J'aurais également apprécié que mon entourage me dispense de ses sémillantes répliques, hélas ce ne fut pas le cas. 

Je vous avoue que cette aventure m'amène à m'interroger... D'une part sur la finesse de certains de mes proches.... D'autre part, il y a quelques semaines, la vie (toujours elle) m'avait déjà joué un tour facétieux: des roms (pas les mêmes, enfin, je présume?) ont tenté de s'introduire chez moi en forçant la fenêtre de mon appartement. Ha! Ha! La bonne blague! Fort heureusement la principale occupation de ma voisine d'en face semble être d'espionner l'activité de notre rue bien à l'abri de ses geraniaceae plastifères et de son voilage jauni, elle a donc pu mettre en fuite les intrus avec l'aide et la hargne de son affreux loulou de Poméranie.
Un peu hâtivement peut-être, j'avais mis cet évènement sur le compte de la guigne qui survient comme on l'a vu, au hasard des malices de la vie dont décidément le sens de l'humour laisse plus qu'à désirer!!! En y réfléchissant plus attentivement, je me demande si la mafia rom ne serait pas en train de m'envoyer un avertissement? Mais d'abord... les roms vont-ils au théâtre? Dans ce cas, Tapiôka aura peut-être heurté leur sensibilité? Se pourrait-il alors que ce que je crois n'être qu'une banale suite de mésaventures soit en fait une dangereuse mise en garde? Le scénario soudain, devient nettement moins fade... Que se passe-t-il ensuite? N'étant pas spécialement mordue de films à suspense, je ne tiens pas absolument à connaître la fin du script...
Je me propose donc désormais de faire un peu plus attention à mon téléphone et pour commencer d'investir dans un appareil bon marché: il y a peu de chance qu'on me dérobe un téléphone s'il ne fait  pas également percolateur, épilateur électrique et machine à raclette et quand bien même on me le déroberait ce ne serait pas bien grave!
Je me propose par ailleurs de me méfier un peu plus des surprises de la vie, et ça, c'est bien dommage...