mercredi 15 octobre 2014

68. Eh ben mon vieux!

Je dois vous avouer que cette semaine, au moment de vous écrire je ne suis pas très inspirée. Ne le prenez pas pour vous, ça n'a rien de personnel. Sans doute, la mélancolie automnale m'aura-t-elle gagnée. Derrière l'écran de mon ordi, le café est tiède et le curseur, docile, clignote en attendant d'aligner des mots que je ne trouve pas. Dehors, le ciel fait la gueule et la pluie frappe incessamment aux carreaux de mes fenêtres. On dirait le début d'un mauvais polar... Un truc genre Meurtre à Eurodisney : "La journée avait mal commencé pour Églantine. Non seulement, il n'y avait plus de Nutella, mais son chat Cookie, manquait à l'appel de quoi contrarier la jeune et belle contractuelle quand tout à coup..."

Je ne sais pas ce que j'ai, d'habitude j'ai tellement hâte de vous écrire! En plus la semaine a pourtant tellement bien commencé. Figurez-vous que je suis allée pousser mes chansonnettes à Reims. Enfin presque, je me suis arrêtée à la banlieue Sud. Je laisse à Jean-Louis Aubert le plaisir de chanter Houellebecq en ville à 40€ la place, moi je  me contente volontiers de mettre le feu aux médiathèques de la périphérie (ami pompier tu peux ranger ta lance à incendie, ceci est une métaphore).
Donc, lundi à 14h30 la salle de la Médiathèque Croix Rouge n'était pas remplie de jeunes férus de chanson à texte et/ou humoristique, ni d'abonnés égarés en quête des publications de Pierre Bellemare ou de Valérie Trierweiler (disponible en trois exemplaires, sur réservation uniquement, je me suis renseignée). La salle n'était pas non plus remplie de jeunes écoliers boudeurs, contraints d'explorer les rayonnages en quête d'un ouvrage qu'ils seront forcés de lire par quelque enseignant perfide et de mauvaise foi qui leur soutient que non, regarder l'adaptation 3D du Seigneur des Anneaux ce n'est pas pareil que de lire le livre! Ces enseignants, quel culot!

Lundi, la salle était cependant bien remplie. Des personnes âgées, résidentes d'une maison spécialisée occupaient les sièges et puis quelques fauteuils roulants aussi. Une fois par an, leur résidence leur offre un spectacle. Une fois par an ce n'est pas beaucoup pour sortir rigoler avec les copains. A ce rythme là, c'est normal qu'on soit un peu impatient. Surtout à 75 ans! Et pourquoi non? Quand on est vieux, on vous ressert toujours la même soupe : Thierry Baloche et son orchestre de 1 musicien au complet qui interprètent La Java Bleue, La Vie en Rose et Les Roses Blanches. 
Eh bien Thierry, tu peux remballer l'arc-en-ciel et aller siffler ton ballon de p'tit blanc sous la tonnelle, cette année ce sera sans toi. A la médiathèque lundi, STEF! a débarqué et je peux te dire qu'il y en a eu du spectacle et du vrai! Du qui t'explose le sonotone, du qui te décoiffe les trois cheveux qui te restent, du rigolo que t'as le dentier qui se décroche et c'est tant mieux parce qu'à la maison de retraite on peut pas dire que ce soit la poilade tous les jours.

J'aime bien les vieux. Pardon! Je précise pour éviter tout malentendu ainsi que nombre de mails douteux :  j'aime bien chanter pour les vieux. Les petits, les gros, les sourdingues, les grincheux, les joyeux... Eh bien lundi, ils étaient tous là: les 7 nains et leurs copains ! Je ne vous dis pas la pression! C'est qu'il fallait être à la hauteur. Le directeur de la médiathèque était adorable et il nous a accueillis comme des rois, mais il était tellement anxieux! Il faut dire qu'il ne connaissait pas le spectacle, bref  ça n'a pas aidé pour me détendre. Est-ce que ça se fait de chanter Ode à mon cul à des personnes âgées? Et flirter, assise sur les genoux du troisième âge ça se fait? Est-ce que ça ne va pas déclencher quelques crises cardiaques? Et encore siffler une bière cul sec devant un parterre imbibé de jus de pommes est-ce que ça se fait? Eh  bien deux jours plus tard, je suis heureuse de pouvoir dire que oui, on dirait que tout ça se fait! Et même, pire, on dirait que tout ça, ça leur plaît aux petits vieux! Beaucoup même! Comme on a rigolé avec Marcelle, Geneviève, Paulette, Jacky, André, Michel et les autres! Même que à la fin Christiane, elle a pleuré... de joie!?! "Tu reviendras nous voir STEF! ? On a tellement ri, tu sais ça fait du bien." Tu sais Christiane, je ne te l'ai pas dit, mais sur le moment je me suis retenue de pleurer moi aussi. Et puis Geneviève aussi elle a pleuré un peu. Quand j'ai chanté le Père Noël qu'on laisse au placard toute l'année... Elle a dit "Ben oui c'est la vie... On nous oublie on n'y peut rien..."
Tu sais Geneviève, ma Mamoune n'est plus là, mais encore aujourd'hui, je ne l'oublie pas. Je ne suis pas allée la voir assez souvent quand elle était là-bas dans la maison, comme toi. Je regrette. Ma Mamita non plus je ne l'oublie pas. Elle perd bien un peu la boule dans sa chambre là-bas à Metz, mais si tu savais comme c'était chouette quand je suis allée la voir la dernière fois. C'est drôle d'ailleurs, je viens de réaliser que mes grand-mères ne m'ont jamais vue chanter. Ni l'une ni l'autre. C'est pas plus mal remarque, parce que je ne suis pas sûre qu'elles auraient apprécié de m'entendre entonner Ode à mon cul en public. Quoique? Qui sait? Ça ne leur aurait peut-être pas déplu autant que je me l'imagine...
Alors je me rattrape! Je chante pour des petits vieux que je ne connais pas. Rien que pour leur faire plaisir! Pour nous faire plaisir! Après on discute de tout et de rien, on mange des biscuits à la cuiller avec un café tellement léger que ça doit être de la chicorée. Tout le monde sourit... Pis moi aussi. On doit avoir l'air un peu niais...
Aujourd'hui, pour être sûre que chacun m'entende, j'ai dû chanter très, très fort, et j'ai articulé, beaucoup, beau-coup! Je me sens un peu vide, comme la tasse de chicorée que j'ai dans la main. Je dis au revoir, je fais des bisous, il est déjà l'heure et tout le monde doit reprendre le bus pour la résidence. La fête est finie et moi je dois rentrer à Paris
N'empêche, c'était réussi, hein ma Paulette?


lundi 15 septembre 2014

67. Fréquentations à la hausse

Depuis quelques jours, ma vie n'est plus la même. Je fréquente des people. Oh bien sûr, je me doutais bien que ça finirait par arriver un jour. Quand on travaille, comme moi, dans le show business on a ses petites obligations. Eh bien justement, ce jour est arrivé hier. Hier! Moi qui avais toujours cru que ce jour coïnciderait précisément avec celui de mon heure de gloire, eh bien pas du tout! Résultat, je n'étais pas préparée et très honnêtement, je n'ai pas vraiment été à la hauteur de la situation. Sans vouloir me vanter, je crois même pouvoir dire que j'ai été complètement en dessous. Du moins en ce qui concerne Eric. Cantona. Vous connaissez Eric bien sûr? Au football? Vous êtes sûr que vous ne confondez pas? Je vous parle de l'acteur Eric Cantona. Enfin de Eric quoi!
Bref, voilà comment cela s'est passé. 
Hier matin donc, je sortais dans la rue pour aller acheter du pain car les artistes méconnus ont une vie quotidienne assez peu exaltante et achètent le pain eux-mêmes sans que - hélas! -  NRJ12 ne diffuse l'évènement en direct. Ce n'est pas - plus que hélas! -  le cas des people pour qui acheter le pain devient "Pour que Nabila achète une baguette pas trop cuite tapez 1, pour qu'elle prenne une Tradition, tapez 2".
Je cheminais mollement donc et profitais du soleil dont les rayons rendaient joli ce matin de septembre et la vie en général. Hasard heureux, le soleil rendait aussi très joli le monsieur qui venait à ma rencontre. "Tiens, un beau mec qui vient à ma rencontre!" me dis-je alors en moi-même, savourant une fois de plus la délicatesse de la langue française. Mais au moment précis où le beau mec me dépasse sans même m'avoir demandé mon 06, j'exécute un double take magistral et réalise que c'est LUI. Je réalise aussi qu'exécuter un double take peut vous ruiner le cou.
Me voilà donc plantée au milieu de la rue avec un people!!! Que faire? Que dire? En moins d'une seconde mon esprit s'embourbe dans la semoule et je laisse échapper malgré moi : "Mais ... oh.. c'est vous? Je ne vous avais pas reconnu" Minable, tarte, irrattrapable. Ma répartie ne peut passer ni pour une marque d'humour ni pour une marque d'admiration. Ma répartie ne passe pour rien en somme. Mon esprit sort deux secondes de ses flocons d'avoine, juste le temps de remarquer que même Nabila aurait fait mieux, tapez-moi. Pour achever d'être parfaite dans le ridicule, je ris bêtement. Hihihi. Hihihi. 
Eric, quoique ancien footballeur, n'est pas un mauvais bougre. Il vient à ma rescousse. Il me tend bravement un "Eh oui, c'est moi... C'est bien agréable ce soleil !". Mon esprit, qui ne s'attendait pas à cette marque de gentillesse inattendue, pédale de nouveau joyeusement dans le porridge. Je redeviens niaiseuse. Je bégaye, je me contorsionne, peut-être même que je bave je ne sais plus. Je finis tout de même par répondre "Oui... Très." que je crois bon de gratifier de moult hihihi supplémentaires.
Pa-thé-tique!

Cette première rencontre s'est terminée sur un "Au revoir" amical et furtif de Eric qui, noble prince a eu l'élégance de s'en aller, écourtant ainsi à la fois mon malaise et cet échange misérable. Certes, j'ai eu la présence d'esprit de ne pas lui demander de faire de selfie, mais tout de même... Que va-t-il penser de moi quand on se verra la prochaine fois chez Drucker?

Le soir j'étais invitée par mon metteur en scène et néanmoins ami Laurent à une petite sauterie. Il n'est pas connu mais bon, j'y suis allée quand même. Cela se passait au Stade de France. Beyonce et Jay-Z, son mari râpeux, avaient invité quelques amis pour une réception sans façon. Il n'y avait que les intimes, environ 60000 personnes. C'était une soirée très simple. Il faisait beau et la soirée avait lieu en extérieur. A peine sortis du RER nous sentions déjà le doux parfum des merguez, des frites et du graillon que promettaient un barbecue à la bonne franquette, le genre 10€ c'est pas cher avec ou sans moutarde? Très décontractée, Beyonce nous a accueillis en personne, à peine habillée, sans chichis, comme tombée du lit sanglée dans son corset noir, en cuissardes et bas résille. Là encore, je dois bien reconnaître que je n'étais pas au niveau. Vestimentaire certes, mais je parle surtout de hauteur. Vers 18h30, alors que timides, Laurent et moi foulons la Pelouse d'Or de notre amie BeBe, ou la fosse si vous préférez, du haut de mes 162 centimètres, je suis sceptique. A vingt mètres de la scène, nous sommes idéalement placés pour apprécier le spectacle. Sauf que pour ma part je suis entourée de jeunes femmes, black pour la plupart, dont je vais semble-t-il pouvoir apprécier les extensions capillaires toute la soirée. Je vais même pouvoir manger lesdites extensions de certaines et découvrir quel goût a l'acrylique. Qu'importe, je suis là pour voir Beyonce, et rien ne gâchera mon plaisir! Nos hôtes doivent certainement avoir des problèmes avec le traiteur car le concert initialement prévu à 20h, ne commence finalement qu'à 21h. Depuis 2h30 Laurent et moi, l'un quinqua, l'autre quadra, ballotés tous deux de droite et de gauche entre dreadlocks et coupe afro,  nous demandons déjà si nos pieds et nos dos survivrons à cette petite sauterie.

Enfin, nos hôtes apparaissent, respirant l'amour et la mousse coiffante. Les autres invités sans aucune réserve, poussent alors des vagissements hystériques. Tout à coup, un champ de portables surgit au-dessus des têtes. Je ne vois désormais plus rien. Sans doute ces braves gens, n'ont pas comme moi l'habitude de fréquenter les people. Grâce à Eric, je sais désormais me tenir. Un sourire sobre suffit pour faire comprendre à B & J que je les remercie de m'avoir conviée à cet évènement.
Les maîtres de maison nous font la surprise d'un concert impromptu avec projection de leurs photos de vacances en bateau et de la petite Blue Ivy. C'est charmant, on a comme l'impression de faire partie de la famille. Beyonce sait vraiment recevoir, elle n'en finit plus de faire la fête : elle chante, elle danse et je suis véritablement sous le charme de la voir ponctuer la soirée de ses effets capillaires majestueux tantôt à droite, tantôt à gauche. Beyonce passe négligemment d'un ventilateur à l'autre et c'est moi qui suis soufflée de la voir exécuter une capilloregraphie décoiffante. Je suis subjuguée. J'apprécie moins la verve de son mari qui arpente le podium, exhibant sa joaillerie et ponctuant chacune de ses interventions de Fuck bitch! et autres Shit nigga. Entre nous, je lui trouve mauvais genre. Je me demande s'il ne se drogue pas? Je dois pourtant admettre que je ne le connais pas aussi bien que son épouse...
Pour finir, Laurent et moi ne voulions pas nous imposer, nous avons donc poliment pris congé, les pieds en feu et le dos en meringue, autour de 23h30.
Quand même, les soirées des people c'est autre chose. Bon, B&J auraient pu prévoir un taboulé, deux ou trois quiches lorraine et un petit blanc pour leurs invités. D'un autre côté, nous aurions pu y penser et ne pas débouler les mains vides. Je ne manquerai pas de me rappeler ce détail quand Johnny m'invitera à son anniversaire.

Ce soir-là, une autre amie fêtait elle aussi son anniversaire à deux pas du Stade de France. Elle est comédienne elle aussi. Je n'y suis pas allée. Elle a beau être très sympathique, personne ne la connaît!


mardi 19 août 2014

66. Travail de fourmi

Il y en a des qui disent que Intermittent c'est synonyme de Fainéant. Souvent ce sont des qui regardent TF1, écoutent RTL et/ou lisent L'Express mais tout de même ce n'est pas une excuse! En vérité, je vous le dis Intermittent est synonyme de Polyvalent, foi de lectrice assidue de Courrier International. D'ailleurs, si vous voulez bien avoir la gentillesse poursuivre votre lecture, vous le découvrirez par vous-même. 
De Septembre à Juin, dans la mesure du possible, j’exerce la profession doublement exaltante de comédienne et de chanteuse et, veinarde, je suis assujettie au joyeux régime de l'intermittence du spectacle. Pour ceux du fond qui jouaient à la bataille navale pendant la grève je le répète: Intermittent ce n'est pas un métier.  
Quand vient l'été, je dois cependant cesser de jouer les cigales et devenir fourmi, histoire de ne pas me retrouver trop dépourvue quand la bise et les impôts seront revenus!
Dans mon dernier post so swag, je vous narrais donc (non sans une certaine pétulance) ma déviation professionnelle de juillet: éducatrice britannicodramatique d'adolescents nantis élevés aux Miel Pops 100% Bio garantis sans OGM, sans gluten, sans sucre, sans miel voire sans céréales. Certains - qui peuvent bien regarder ce qu'ils veulent à la tévé, je m'en tamponne le balluchon - se sont alors dit : "Ah! Enseigner le théâtre... Transmettre le goût des arts... Comme c'est beau! Bravo STEF! Qui veut la dernière chipo?" C'est beau, c'est noble, c'est tout ce qu'on veut mais c'est avant tout le moyen de ragaillardir ma tirelire avant l'hiver. Et non merci je préfère les merguez. 
En août par contre, je ne joue plus à la maîtresse de théâtre. Non, je change encore de costume. "Ah bon? Encore une nouvelle activité? Mais tu n'arrêtes jamais... Y a rien à grignoter pour l'apéro?" Non, je n'arrête jamais car vraiment, je n'ai aucune envie d'aller crier famine chez Mme Rivet ma voisine fort peu sympathique au demeurant. Sinon, il doit y avoir des olives au frigo.
Ce mois-ci, je n'ai donc pas fait l'acquisition d'un maillot de bain panthère comme me le recommandait si vivement Femme Actuelle. J'ai préféré enfiler ma panoplie Barbie Marchande de Breloques Made in China, moins blonde et moins sexy que Barbie Chirurgie Esthétique, certes. Le rôle est moins noble, moins gratifiant et surtout moins amusant que prof de théâtre mais tout aussi lucratif. De plus, je peux profiter tout à la fois du soleil de la Drôme (oui, dans la Drôme cette année on a du soleil), de mes parents et du pittoresque local qui vaut son pesant de nougat aux pistaches. Pour apprécier pleinement ce pittoresque, je vous invite d'ailleurs à boire un café au comptoir du France chez Rosette. N'ayez crainte, c'est moi qui régale et non pas Rosette dont le café s'avèrera dégueulasse.
Aaaah les joies du commerce estival, c'est quelque chose savez-vous? De bon matin, dans les rues encore vides, je guette d'abord les cieux. Je sors ensuite tréteaux, tables et expose avec soin mes babioles importées. Les indigènes me connaissent, ils me saluent, et parfois ils vont jusqu'à me sourire. Alors, ensemble, nous faisons des paris météorologiques, parce que en 40 ans on n'a jamais vu un été pareil à Dieulefit....Pffiuuuu, nom de nom!
Viennent ensuite les premiers clients. Ils arrivent de Hollande, d'Angleterre, de Belgique, du camping parfois même de Vesoul et s'enquièrent auprès de moi de la météo du jour car cachée derrière mon stand, il va de soi que telle le Picodon, je suis moi-même du cru et de fait, initiée aux mystères du temps. Je m'abstiens de les détromper et prête à tout pour les satisfaire, je me suis enquis au préalable des prévisions de Météo France. J'en profite alors pour leur glisser un bracelet, un tire-bouchon, une pince à cheveux et de temps en temps, les trois en même temps! Ça leur fait tellement plaisir de faire travailler l'économie locale et de repartir avec un souvenir authentique. Vient ensuite l'heure sinistrement longue du déjeuner. A 13 heures, les rues se vident et chacun répond à l'appel des sardines du Super U ou à celui du saucisson bio local, cependant je reste fidèle à mon poste, il ne faudrait pas que je manque une vente de bracelet brésilien! A 15 heures, j'ai eu le temps de me préparer psychologiquement, je suis prête. Les touristes sont de retour, repus, la digestion a endormi leurs sens. Fourbe, j'en profite alors pour leur refourguer une ou deux bricoles de plus. Les transactions envisagées le matin se concrétisent, toutefois ils tentent une ultime négociation. En vain. Les lève-tard les ont rejoints, ainsi que quelques énergumènes ressemblant étrangement aux adolescents que j'ai fréquentés en juillet. De mon côté du comptoir j'emballe, j'encaisse, je conseille, je déconseille, je commente, je plaisante, j'échange parfois mais jamais ne rembourse! JAMAIS! C'est la règle. J'allège un peu plus la bourse de chacun, mais bien moins que l'an passé parce que dame, entre la crise et le mauvais temps, on n'est pas aidés cette année nous autres les commerçants...
Alors que la fin du mois et l'orage se profilent à l'horizon, ma maîtrise du rôle frôle perfection. Je commence pourtant à lorgner sérieusement du côté des coulisses... Mes neurones sont impatientes de redevenir cigale. Après seulement trois mois de labeur, mon côté fourmi commence à me les briser menus avec ses questions à la con!

- Que faisiez vous au temps chaud? 
- Qu'est-ce que vous croyez? Que Pôle Emploi m'a payé un séjour aux Seychelles? Je bossais!
- Vous bossiez???
- De nos jours, faut bien! Artiste c'est pas facile et puis l'intermittence c'est mal barré je crois...
- Faut pas désespérez ma bonne dame...Vous bossiez? J'en suis fort aise! Alors... Chantez maintenant!

 Je vais me gêner tiens!

mercredi 30 juillet 2014

65. Puberté, j'écris ton nom!

Dites, vous vous rappelez? Les cheveux gras. Le rire niais. L'Eau Précieuse. L'effervescence hormonale. Le maquillage approximatif (entre le vulgaire outrancier et la maladresse bariolée). L'odeur entêtante de l'abus de MENNEN Vetiver, pour nous les hommes. L'appétit insatiable. Les sautes d'humeur. Les premiers troubles amoureux suivi selon les cas de la gaucherie des premiers flirts ou de la douleur des premiers râteaux. Pour ma part, j'avais presque tout oublié mais fort heureusement, cet été je suis partie en séjour linguistique en Angleterre où je devais animer des ateliers théâtre pour adolescents et, par voie de conséquence, réveiller ma mémoire engourdie. A peine embarquée à bord de l'EUROSTAR en compagnie d'une trentaine de teen-agers (on dit encore teen-agers?) quelque peu anxieux de se voir provisoirement abandonnés par des parents trop heureux de pouvoir se débarrasser de leur progéniture le temps d'un bref répit estival, j'ai senti que je passais dans une autre dimension temporelle. Plus le train se rapprochait de Londres, plus j'avais la sensation étrange de régresser dans le temps, si bien que je débarquais en Gare de St Pancras 2h30 plus tard mais rajeunie de vingt ans (on n'est pas à quelques années près), en compagnie de 30 gamins boutonneux beaucoup plus détendus qu'au départ hélas, alors que de mon côté j'avais gagné en stress même si j'affichais une peau merveilleusement satinée!
Je dois avouer que durant les premières heures, le premier jour même, surprise par le charme et la politesse apparents de mes compagnons adorables, j'étais enchantée du début de ce voyage dans la campagne anglaise et dans le temps. Très vite cependant, telles les mauvaises herbes invisibles qui envahissent sournoisement les plaines magnifiques et verdoyantes du Somerset (notons en passant que c'est très joli le Somerset), les premières ombres ont commencé d'obscurcir ce paisible tableau. Avec l'âge on devient sans doute un peu amnésique voire pas très futé puisque j'avais niaisement présumé de la candeur et de l'innocence que promettaient les souriants visages de mes élèves à peine sortis de l'enfance, toute prête que j'étais à les initier aux délices de la scène.... 
C'était oublier que mes angelots, sans savoir rien des intrigues shakespeariennes ni des secrets de la Commedia dell' arte, connaissaient déjà le pouvoir des farces et les secrets du masque! A peine 24 heures après notre arrivée donc, ces sinistres crapules ont tombé la cagoule!!! Je me retrouvais alors seule, perdue dans la jungle herbeuse d'un campus britannique parsemée de dahlias et de pétunias à la merci de fauves indomptables... 
Je vous épargnerai (presque!) le récit détaillé des pannes de réveil et retards en tout genre, des pertes d'argent de poche, de la salle de bain collective inondée après le passage des filles évoquant la Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina, des chambres des garçons dont les valises explosées évoquaient quant à elles les rues sinistrées de Beyrouth, les ingestions de chips/chocolats/bonbons/sodas à toute heure du jour ou de la nuit, des accidents de rasages, des accidents épilatoires (!!!) et d'une façon plus générale, des bobos en tout genre, les "On est obligés?", les "C'est pas moi!", les "Je vais le faire..." et pour finir, des blagues potaches dont j'avoue avoir été le meilleur public (quand je n'en étais pas carrément l'instigatrice, mea culpa!) allant des lits farcis de bananes (une bonne cinquantaine), aux sous-vêtement mouillés puis surgelés au congélateur en passant par les réveils surprise au son des Sardines de Patrick Sébastien (toujours lui!) à 5h30 du matin! 
Je vous le dis: en quinze jours, j'ai rajeuni de 20 ans sans la moindre intervention chirurgicale, ni la moindre crème anti rides, avouez que c'est économique! Par contre niveau musical, l'adolescence, 20 ans plus tard c'est resté assez nul. Entre  Maitre GIM'S et One Direction, j'ai eu du mal. Et puis aussi la puberté, c'est fatigant. Je dois bien reconnaître que j'avais un peu perdu le rythme et que même mon énergie légendaire n'était pas toujours à la hauteur de celle de mes petits camarades! Quoique? Pas sûr en fait... Sur la scène, c'est eux qui avaient du mal à me suivre dans toutes mes élucubrations. Mais je crois bien que ça ne leur à pas déplu... Ma musique "de vieille" non plu d'ailleurs: j'ai converti quelques Iphone à Queen, aux Stones et à Cyndi Lauper bicoze même en 2014 Girls just want to have fun, oh yeah! Je crois même que j'ai entendu certains fans de Macklemore fredonner Le permis dans le bus et ça, ce n'est pas rien.
Enfin, il fallait voir comme ils étaient fiers le soir du spectacle (qu'ils avaient écrit eux-mêmes et en anglais s'il vous plaît!). J'avoue que je ne l'étais pas moins...
En rentrant Gare du Nord, après que les dernières larmes aient coulé, que les dernières promesses aient été échangées, j'ai rendu chacun à ses parents. Alors, subitement je suis redevenue adulte et dans ma tête, j'ai entendu une drôle de petite voix qui demandait : "C'est obligé?"


Bruton, Campus International

samedi 28 juin 2014

64. Grève de la fin

Comment ça c'est fini? Déjà? Mince alors! La dernière, vraiment? Mais euh... vous... vous êtes sûrs? Non, non, je ne mets pas votre parole en doute. Disons que j'avais comme la bête impression que c'était hier la Première de STEF! Y en a pas 2 alors vous comprendrez, je suis un peu... un peu surprise. Un peu émue aussi. Ça ferait déjà un an aujourd'hui? Bon, bon. Puisque vous le dites. Alors... euh... J'imagine qu'il faut laisser le rideau se baisser, c'est ça? Et dire à Tapiôka de le ranger, son aspirateur... Je ne sais pas si elle va être d'accord mais je vais voir ce que je peux faire. En tout cas, je veux dire merci (encore!) à tout ceux qui, cachés en coulisses, m'ont épaulée d'une façon ou d'une autre tout au long de ce voyage merveilleux... quoique tumultueux! J'espère qu'ils savent tous combien je les aime. 
La dernière. Merde!
Oui, je sais que la tradition veut qu'on dise "Merde!" avant la Première d'un spectacle, eh bien c'est idiot : c'est à la fin qu'on a envie de se livrer à des exclamations scatologiques! 
Ça fait tout drôle quand même... Ça fait tout vide aussi... Ça pique les yeux... Et ça flanque la trouille! 
Je veux dire : et maintenant? C'est quoi le programme? Ecrire un nouveau spectacle? Encore? Lequel? Des chansons ou des sketchs? Seule ou à plusieurs? Qu'est-ce que Ruquier disait l'autre jour à la télé déjà (un gars qu'on a choisi pour reprendre Les Grosses Têtes doit bien savoir de quoi il parle)? Ah, j'y suis : "Ce qui marche actuellement c'est l'humour... le musical... le sensationnel... et le sexe! C'est bien simple, pour qu'un spectacle marche faut qu'il rentre dans les cases!" Rentrez dans les cases? Bon... Réfléchissons... Des claquettes? Tout le monde aime les claquettes et puis c'est musical. Ou bien un ventriloque? Oh! Et un kangourou? Encore mieux : un kangourou ventriloque qui ferait des claquettes!!!! C'est drôle, musical, c'est sensationnel! Par contre, ça manque de sexe... zut!  Je sais! Pour la musique je tape dans l'oeuvre de Francky Vincent, rien qu'à lire les titres, ça devrait coller... Bon, maintenant faut que je travaille tout ça, c'est que jouer un kangourou ça n'est pas dans la poche. (Pardon) 
Non mais qu'est-ce qui me prend là? Aaaaah, au secours, je suis en train d'écrire Le kangourou est un chaud lapin !!!! Vite, vite écouter Juliette ou François Morel, revoir un DVD de Jacqueline Maillan, relire les chroniques de Desproges mais surtout, surtout ne pas sombrer, non, pas encore :  L'Art est Public! Sous les projos, la rage! Ami, entends tu le lever du rideau sur la scène? Non camarades, la culture n'est pas morte!!!! Ou bien si? Alors que Stéphane Plaza fait ses débuts dramatiques et qu'une bande de nases baptisée par erreur La Bande à Renaud n'a même pas eu la politesse d'attendre la mort du Renard pour massacrer ses chansons, ceux qu'on appelle les intermittents, ces vilains démons que l'on montre du doigt, "fainéants" d'artistes et  "tire-au-flanc" de techniciens, seraient-ils bel et bien devenus inutiles?
Étrange coïncidence. Il y a un peu plus d'un an, j'ai rêvé d'un spectacle. Et comme je sais que les rêves deviennent parfois réalité (j'ai vu tout Walt Disney!), dans le doute, j'ai appelé deux ou trois copains... Ensemble, nous avons écrit, nous avons répété, nous nous sommes trompés parfois, nous avons ri souvent, nous avons choisi des costumes, créé des lumières, une affiche... et un soir la salle s'est éteinte et le bonheur est arrivé, comme chez Disney! Parce que l'humour, le musical, le sensationnel, c'est précisément ce que j'ai fait pendant un an sur la toute petite scène des Blancs Manteaux, demandez au public!
Malgré ce travail titanesque, cinquante représentations plus tard, je n'ai pas gagné un centime d'euro grâce à cette aventure... Je dois toutefois me réjouir : je n'ai rien perdu cette fois-ci!
Sans doute, il serait plus raisonnable (et lucratif!) de songer à prendre une autre route... Comment se fait-il que je ne puisse m'y résoudre?
C'est pour cela que je manifeste. Pas pour la sécurité de mon compte en banque. Je manifeste parce que les intermittents du spectacle ne sont pas une mycose infectieuse dont il faut guérir la société. Les artistes et les techniciens sont  au contraire une voix nécessaire pour exprimer les bonheurs, les malaises, les doutes, les désirs ou les colères. Philippe Caubère m'a impressionnée, avec Alain Françon j'ai aimé Edward Bond et Tchekhov, Jacques Higelin m'a donné la chair de poule, Maria Casarès m'a fait peur, Patrice Chéreau m'a coupé le souffle, je me suis révoltée avec Renaud, j'ai pleuré devant James Thierrée, Jérôme Savary m'a fait rire et chanter... Tous ont en commun de m'avoir donné cette envie. Celle de monter sur scène et de me joindre à ce drôle de c(h)oeur. Malgré les doutes, malgré les anxiétés, malgré les difficultés, je veux, je peux rêver encore!!
Alors c'est décidé, la saison finit peut-être mais pas mon spectacle! Je refuse d'en rester là. 2015 peut bien se profiler au loin, même pas peur! Je m'acharne, je m'entête, je m'obstine, STEF! Y en a pas 2, je continue! L'humour, le musical, le sensationnel, j'ai tout ça en magasin! Et tant pis si ça manque de sexe!

dimanche 18 mai 2014

63. Juste une mise au point...

Dissipons un léger malentendu, voulez-vous?  N'ayant pas de poule sous la main - ne prenez pas cet air surpris: non, je n'élève pas de poules dans mon deux pièces parisien! - j'ai néanmoins envie ce matin de tordre le cou de certains et par la même occasion, de quelques clichés et préjugés.
Vous l'aurez remarqué, finauds que vous êtes, malgré ce beau dimanche ensoleillé, aujourd'hui je suis un peu chatouilleuse de la casserole. Certes, je suis également surcaféinée et cela pourrait expliquer en partie mon humeur, mais si vous voulez mon avis (et si vous ne le voulez pas, c'est la même) cela explique plutôt  la fréquence de mes allers-retours aux toilettes!
Mais avant que je ne devienne tout à fait chèvre, revenons donc plutôt à nos moutons ou si vous préférez, à nos poules ! Ouarf, ouarf! Humour, quand tu nous tiens....
Donc...
Je me trouvais la semaine passée en terre inconnue non pas chez Frédéric Lopez, dont je jure ici solennellement de refuser toute proposition de rendez-vous douteux, mais en Picardie où, pas peu fière, Tapiôka et moi étions finalistes du festival Saint Quentin en Scène. Je m'empresse de vous épargner un suspense insoutenable: Tapiôka n'a pas gagné et moi non plus. D'autres l'ont  fait pour nous et très bien d'ailleurs.
Bien sûr, bien sûûûr je comprends que vous soyez surpris et même un peu déçus. Qui ne le serait pas? Déjà je sens la chaleur de vos étreintes, j'entends la tendresse de vos mots consolateurs. Votre sympathie me touche mais je vous arrête car, mes braves amis, elle est inutile. Si je n'ai pas remporté la victoire, j'ai rapporté de Picardie non pas l'accent local, fort heureusement, mais plein d'idées, d'énergies et d'ambitions nouvelles et créatives cela va de soi, qui valent tous les prix du monde et qui font un bien fou au moral!
Ce qui fait moins de bien et provoque ce matin en moi des envies de génocide gallinacé, c'est d'entendre un membre du jury me demander une fois de trop plus et avec l'accent prononcé du Ricard Sud: "T'es pas lesbienne toi? Ah bon? T'es sûre?".

Soupir, re-soupir et yeux aux ciel.

Non, je ne suis pas lesbienne.
Oui, j'en suis sûre.

A toute fins utiles, je tiens à préciser deux choses :
  • sous prétexte qu'on est une femme qui a de l'humour, on n'est pas nécessairement lesbienne comme Muriel Robin ou Shirley Souagnon. 
  • sous prétexte qu'on écrit des chansons à texte on n'est pas nécessairement lesbienne comme Juliette ou Anne Sylvestre
Tant que j'y suis, je précise encore deux ou trois autres trucs au cas où: 
ce n'est parce qu'on est artiste, parce qu'on n'a pas de compagnon pendu à son bras (ou à ses lèvres, c'est au choix!), parce qu'on n'a pas d'enfant passée la quarantaine, parce qu'on vit seule passée la quarantaine, parce qu'on aime les Broadway Musicals, parce qu'on manifeste contre l'homophobie, parce qu'on n'a pas eu le temps de s'épiler et que (par voie de conséquence) on a les mollets en friche, parce qu'on a de nombreux amis et même un coiffeur gay, parce qu'on a des copines lesbiennes, parce qu'on joue dans un théâtre du Marais, parce qu'on s'entend bien avec ses parents, parce certains hommes nous énervent, parce qu'on aime Barbra Streisand et Beyonce ou parce qu'on se promène sans Burberrys et sans talons qu'on est nécessairement lesbienne! 

Sans vouloir vous offenser, ces quelques précisions s'adressaient surtout à vous Messieurs. Franchement, trouveriez-vous naturel qu'un(e) inconnu(e) vous demande : " T'es hétéro? Ah bon? T'es sûr?"? Non et vous auriez raison: ca ne se fait pas! On dit que les femmes sont curieuses. C'est bizarre, mon orientation sexuelle ne semble pas les préoccuper, elles. A part ma mère, peut-être? Quoique elle, c'est différent: c'est ma mère donc ma vie entière la préoccupe. Sans doute que les hétérosexuelles s'en tamponnent du moment que leur Jules reste bien sage à la maison. Quant aux homosexuelles, elles savent sûrement à quoi s'en tenir. Elles sont comme les fourmis, elles ont des antennes et se reconnaissent entre elles. Ou alors c'est mon absence de piercing et de tatouage? (Eh! Je n'étais pas à un deux clichés près!)

Avez-vous remarqué comme petit à petit, la vie privée est devenue publique? On publie sa sexualité sur Facebook, on l'exhibe devant des caméras de télé, on l'imprime sur des T-Shirts. Il n'y a pas si longtemps, pour faire connaissance, on vous demandait simplement ce que vous faisiez dans la vie ou quelle musique vous aimiez... On répondait... On ne répondait pas... Le mystère a son charme. Maintenant on vous demande directement si vous êtes plutôt menottes ou appareil à raclette? Excusez-moi, mais je préfère ne pas répondre.  
Monsieur, alors que je finis ce post vous-même finissez probablement votre Ricard alors à la vôtre! Je voulais simplement vous dire que je n'aurais pas dû vous laisser me troubler. Je ne suis pas lesbienne et alors? Comme dirait l'autre, ça vous gêne? Tant pis pour vous!
Ma vie privée ne vous regarde, c'est entendu, mais peut-être saurez-vous apprécier ce poème?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris, aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois [...]
Jacques Prévert, Je suis comme je suis

mardi 22 avril 2014

62. Dans mon stylo...

J'ai mal au ventre.
Je sais, je sais, j'aurais pu trouver plus onirique comme entrée en matière que de bêtes maux d'estomac, mais que voulez-vous? Aujourd'hui l'inspiration me faisait défaut, alors comme souvent dans ces cas-là, j'ai ouvert mon dictionnaire de citations et je suis tombée sur celle-ci:
"Ecrire, c'est cuisiner avec des lettres."
Dany Laferrière
Bon. C'est fastoche alors!  Il suffit de procéder comme en cuisine : on fait avec ce qu'on a. Notez qu'avec cette technique, on obtient parfois des résultats tout à fait surprenants dans sa cuisine. Quelquefois, je vous assure, j'obtiens même des résultats comestibles! A la limite du savoureux! Certes, ce n'est pas toujours le cas. Le plus souvent, le dimanche soir, affamée, je décide d'affronter le néant de mon frigo obstinément vide. Pleine d'une audace gourmande, je me lance alors  dans une improvisation culinaire à l'issue incertaine, mollement inspirée par le hareng fumé et solitaire sous-vide qui hante depuis 3 mois l'étagère de mon réfrigérateur, par ce vieil oignon triste que viennent consoler ces quelques petits pois oubliés au fond de leur boîte sous-vide, par ce yaourt tout à la fois nature actif et bifidé, et pour finir, par ces 2 cuillers à soupe de moutarde qui viendront relever le tout. J'ajoute enfin par acquis de conscience (et pour pas gâcher) les quelques grammes de parmesan qui seront périmés dans 3 jours, comme en atteste fermement le fumet qui s'échappe subitement du paquet. J'obtiens alors, sceptique, une mélasse infâme et nauséabonde que Rantanplan lui-même refuserait et qu'il me semble plus prudent de balancer illico de préférence à la poubelle car cette mixture étrange (et vivante?) risquerait de boucher les canalisations de l'immeuble.  Certes, pour finir je suis toujours affamée, malgré tout j'ai la satisfaction d'avoir enfin évacué les restes qui encombraient les tablettes de mon frigo depuis des semaines. Je me réjouis par ailleurs de m'être épargné une intoxication alimentaire et des douleurs abdominales probables.
Tout ça pour dire, que si la cuisine et l'écriture sont similaires, je m'interroge tout de même un brin de ciboulette. En matière de littérature, faire avec ce qu'on a dans son stylo, est-ce vraiment la recette idéale? En tout cas, il me semble que ça n'ouvre pas nécessairement la porte à la poésie et au lyrisme. D'autant moins si ce qu'on a à portée de plume se résume à des maux de ventre minables, sans aucune dimension dramatique pour étoffer la narration comme le feraient par exemple un ulcère carabiné, une péritonite ou au moins, une gastrite aigüe. Mais là, très franchement, je ne vois pas qui pourrait s'intéresser à mes brûlures d'estomac? Brûlures relativement tiédasses du reste. Peut-être un étudiant en gastroentérologie qui se serait perdu au hasard du web? Et encore... Au moins, si les causes de ces crampes avaient un quelconque intérêt narratif? Je ne sais pas moi... Par exemle : si possédée par le Malin, mes entrailles avaient peu à peu été dévorées par un démon effroyable? Ou si malgré tous mes efforts, mon estomac avait déclaré forfait devant la quinzième douzaine d'escargot alors que je tentais bravement de remporter le célèbre titre du Plus Gros Mangeur d'Escargot  de Ormoy dans l'Yonne? Ou si mes tripes s'étaient soudainement nouées devant l'horreur d'une araignée énorme, immonde et velue (ou mieux, radioactive!) montée sournoisement à l'assaut de mon tibia sous la chaleur moelleuse et rassurante de ma couette duvetteuse? J'aurais sans nul doute trouvé les mots et les phrases qui à leur tour auraient su captiver votre attention de lecteur passionné et attentif (ou l'inverse) et vous auraient donné l'envie de  revenir!
Mais quand sous prétexte de fêter Pâques dans la tradition (juive et chrétienne, tant qu'à faire!) on s'est bêtement empiffrée, voire on s'est carrément goinfrée, de pain azyme et de chocolat, comment voulez-vous faire de vos maux d'estomac le sujet d'une fable ou d'un épigramme valables?  D'une complainte à la rigueur... Par  contre, l'occasion de boire une bonne tisane bien chaude : sans doute!