lundi 8 décembre 2014

70. Dé Band Aid

Que chacun se rassure, dans un élan de clémence superbe, j'ai décidé de vous épargner sapin, guirlandes, Père Neuneu et autres joyeusetés de saison, bref l'incontournable (et pourtant ici contourné!) : LE post de Noël. Post qui est, disons-le tout net, souvent tout autant indigeste que la tentative de bûche marrons-patate douce de Tante Jacqueline. 
Non, non, ne me remerciez pas, c'est un cadeau qui vient du cœur. Sachez toutefois que si ce genre de chronique vous botte - de Noël - les magazines prétendument féminins que j'affectionne tant sauront probablement vous délecter en cette saison joyeuse, ou tout du moins joyeuse par tradition. Attention, ne vous méprenez pas! Cela ne signifie pas que vous échapperez à la chronique de mon réveillon du Nouvel An qui cette année encore, ne manquera certainement pas d'être misérable d'une façon quelconque. Bien que superbe, ma clémence a ses limites! 
Alors donc, vous voilà maintenant trépigneux et impatiards. De quel sujet fondamental vais-je bien pouvoir vous entretenir aujourd'hui? Coupons court à ce suspense inutile autant qu'insoutenable et abordons ensemble le magnifique sujet de l'humanitaire....  
L'hiver arrive tout doucement. Certains se réjouissent des premiers flocons, d'autres de l'odeur du chocolat chaud. Mais de leur côté, les trésoriers des associations caritatives paniquent. Les caisses sont de plus en plus vides et les bénéficiaires de plus en plus nombreux. Parmi le cortège des rituels de fin d'année s'est subrepticement glissée une tradition franchement moins guillerette: l'appel aux dons. Vous entendez comme il résonne? Fondation Abbé Pierre... Lutte contre le Sida... Croix-Rouge... Téléthon... Restos du Cœur... Je ne sais pas vous, mais personnellement ça me déprime... Alors bien sûr, on donne. Comme on peut. Des conserves, des vêtements, un peu d'argent, un peu de temps, bref, un peu de nous, les chanceux. Si on pouvait même, on donnerait plus. Et à tout le monde! Sauf qu'on ne peut pas. Alors faut choisir. Et très franchement, "choisir" la misère qu'on soutient, ce n'est pas très glorieux. 
Et quand à la maladie et la pauvreté, viennent encore s'ajouter les catastrophes ponctuelles, type épidémies, famine, tsunami... Vous parlez d'un dilemme. La vie est une boîte de chocolats? Eh bien, vous avouerez qu'on pourrait sérieusement s'interroger sur les compétences du confiseur? 
Cette année, le trouble fêtes s'appelle Ebola et pour ma part, j'ai dégainé la carte bleue sur le site de Médecins Sans Frontières (MSF - Urgence Ebola). 
Hier, j'ai découvert que nos chanteurs français, à défaut d'être mélomanes, sont eux aussi philanthropes et ça fait bien plaisir. Ça m'a rappellé que les traditions ne sont pas toutes aussi amères. En effet, réjouissons-nous car avec la catastrophe naturelle vient habituellement le tube caritatif.  Hélas, il n'est pas toujours signé Michaël Jackson et Lionel Ritchie ou encore Renaud comme nous l'allons voir ci-dessous. On se demanderait même parfois si catastrophe naturelle ne va pas de pair avec catastrophe musicale et si le tube en plus d'être caritatif n'aurait pas des vertus purgatives?
Par exemple et par curiosité, je vous invite à réécouter le superbe Pour toi Arménie à la noble initiative de Charles Aznavour. A la sinistre pauvreté engendrée par le tremblement de la terre des ancêtres de Charles s'ajoute ici celle, non moins sinistre, de la chanson solidaire ainsi que la liste quasi complète des chanteurs repris par Virage à Droite : de Michel à Sardou à Robert Hossein en passant par Gérard Depardieu, Serge Lama et Florent Pagny, ils y sont tous! 
Alors cette année, y a quelqu'un qui a dit à Carla Bruni qu'il fallait sonner les cloches à Ebola. Quand on y réfléchit, c'est à se demander si la chanson humanitaire n'est pas devenue un concept de chanteurs de droite? Mais passons sur ce détail. Ne jetons pas (tout de suite) la pierre à Carla qui du reste, semble préférer les cailloux quand il viennent de chez Bulgari comme nous le rappellent si finement deux tiers des abribus parisiens. Après tout ça part d'une bonne intention d'autant plus qu'elle s'est contenté d'adapter en français le titre Do they know it's Christmas? enregistré aux États-Unis pour cette bien triste occasion par la bande à Bono dont Sinead O'Connor, Coldplay et autre Seal, autant dire que même si c'est pas du Quincy Jones ça sonne quand même dans le studio!
Chez nous, Carla la magnanime, a sorti son Stypen pour signer humblement le texte du Band Aid à la française, Noël est là. Quand elle a eu fini, elle a appelé quelques copains et tout ce petit monde s'est mobilisé tout pareil qu'elle parce que c'est bien connu, à l'instar des routiers, les chanteurs sont sympas.
Quand on voit le clip, on se dit d'abord que Carla ne doit pas avoir beaucoup d'amis, parce qu'ils ne sont pas trop nombreux dans le studio. Tant pis s'est dit la belle, on louera un tout petit studio, on se serrera et comme ça on aura l'air d'être beaucoup. Ensuite, quand on a plus de 30 ans, on se demande qui sont les deux types au début de la vidéo? Mais ouf, le troisième on le reconnaît et pour cause! C'est Papi Renaud qui a répondu à l'appel, il a bien l'air tout usé sur son tabouret mais on est content de le voir même s'il ne chevrote que deux phrases et pas un seul tatata... C'est maintenant au tour des moins de 30 ans de s'interroger : qui sont tous ces vieux? Nous on en reconnaît bien un ou deux qui avaient déjà servi pour l'Ethiopie, les fidèles de l'humanitaire, les Souchon, les Aubert, les Paradis mais il faut avouer que le casting est un peu faiblard et comme la chanson est moyenne, pour ne pas dire franchement nase, on reste un peu sur sa faim, sans mauvais jeu de mots. Des mauvaises langues prétendent que Les Enfoirés n'ont pas eu le droit de chanter contre Ebola... Paraîtrait que ça causerait un préjudice financier aux Restos. D'autres mauvaises langues trouvent bizarre, que Madame Bruni-Sarkozy se lance dans l'humanitaire au moment où son petit mari sonne le rassemblement et qu'il y aurait magouille médiatique... 
Si tout ça est vrai, ben c'est comme la chanson, drôlement moche... Gardez-le votre disque. Je préfère mon petit clic même si je n'ai rien en contrepartie que le sentiment d'avoir donné, ne serait-ce qu' un tout petit peu. En passant, je me demande si tous ces chanteurs gentils et altruistes font des chèques pour soutenir les causes qu'ils défendent? En plus de nous casser les oreilles je veux dire... Et les maisons de disques? Ils ont surement plus de moyens que moi...
Enfin... Au moins on aura revu Papi Renaud et on a beau dire, même assis sur son tabouret, ça fait toujours plaisir...    
Pendant ce temps, Miss Nord-Pas-de-Calais a remporté le titre de Miss France, mais personne n'a encore songé a enregistrer un disque pour les Miss...