dimanche 25 novembre 2018

113. Décalage immédiat

Le Guide du Routard décrit Villa de Leyva comme "[...] l'une des villes les plus touristiques de Colombie, un détour à ne pas manquer." et comme je n'aime pas manquer, ce matin,  je m'empresse de prendre le Transmileno pour rejoindre le Terminal del Norte - #verdaderacolombiana - et emprunter la navette qui me fera parcourir les 160km qui séparent Bogota de ce "joyau colonial". Le car part pile à l'heure colombienne, soit cinquante minutes après l'horaire annoncé mais ici, on est philosophe (ou patient?) et personne  ne se plaint. Sans doute la bonne humeur du chauffeur qui reprend gaiment les standards de la salsa colombienne que diffuse la radio est-elle contagieuse. Au fil de la route, sans aucune logique, des voyageurs montent et descendent au beau milieu de nulle part. Parfois même, le chauffeur se contente de ralentir porte ouverte pour accueillir un passager et sa poule (que personne ne s'offense, il s'agit bien d'une volaille!). Ma voisine est de Choconta, elle m'offre généreusement l'une des arepas préparées par sa maman et qu'elle va vendre un peu plus loin. Je ne refuse pas. Par la fenêtre, les crêtes des majestueuses montagnes se découpent sur des nuages épais. Au fil de la route se succèdent les marchands ambulants de fruits multicolores, de bunuelos, d'obleas, de mazamorra et d'empanadas fritas... Depuis 15 jours, j'ai goûté à la plupart. De Medellin à Bogota, j'ai testé le meilleur et le pire de la comida de la calle. Voyager,  c'est aussi découvrir de nouvelles saveurs, non? Entre le yucca, le jugo de lulo, la tomate de arbol et les patacones, je dois reconnaître que je n'ai pas été déçue  côté nouveautés. Pour les saveurs, par contre.... A Guatavita, la bandeja paisa, rencontre improbable entre chili con carne et cassoulet  agrémentée d'avocat et de banane m'a laissée perplexe et avec un apport calorique suffisant pour l'intégralité de mon séjour de trois semaines.
Après quatre heures de méandres, nous arrivons enfin au Terminal de Villa de Leyva.  Le Routard n'a pas menti. Sous le soleil, le (tout) petit village est paisible  et  accueillant avec ses rues pavées et ses maisons (coloniales, donc) aux balcons massifs de bois sculpté. Un chauffeur de taxi dort sur un banc près de son véhicule. Je ne veux pas le déranger et demande plutôt mon chemin à Google Maps qui me guide laborieusement en 15 minutes jusqu'à la Villa del Angel, mon hôtel du soir qui s'avère être 100 mètres de mon point de départ. Louisa m'accueille chaleureusement. Elle me présente sa fille. Et son mari. Et sa grand-mère. Après un café oscuro avec toute la petite famille et quelques bons conseils,  je pars à la découverte des alentours et avant toute chose de l'incontournable Plaza Mayor, la plus grande de Colombie parait-il. Je ne suis pas déçue, c'est vrai qu'elle est immense. Mais une fois de plus, sur les pavées irréguliers, je suis hypnotisée par la beauté des chaines de montagnes qui semblent veiller sur l'église et les arcades de ses dépendances.
Il est temps d'aller découvrir les pozos azules, sept lagunes artificielles qui passent du turquoise au vert émeraude selon l'humeur du ciel. Elles se trouvent à 5 kilomètres dans la vallée de Sanquencipá. J'hésite entre m'y rendre à pieds, à cheval ou en vélo? D'humeur baroudeuse, j'opte finalement pour le quad sur les conseils de Diego qui s'ennuie ferme derrière le comptoir de Extremo Boyaca. Pour un haut lieu touristique,  les clients ne se bousculent pas au portillon de sa modeste entreprise, et nous serons seuls pour notre  folle randonnée. Je tressaute à l'arrière d'une Jeep alors que Diego me conduit au garage où m'attend mon bolide. Après une maigre initiation, un demi tour et un dérapage, optimiste ou inconscient, il me juge apte à le suivre.  Plus le choix, j'appuie sur l'accélérateur. La poussière vole sur notre passage. Je prends de l'assurance et la vitesse me grise. Au détour de sentiers perdus, Diego me montre des nids d'oiseaux, des terriers d'animaux inconnus. Enfin, mon échappée sauvage m'entraine vers les pozos d'un vert éblouissant.  Seules quelques chèvres nous tiennent compagnie dans ce décor sublime.
De retour à l'hôtel, je décline l'invitation de Louisa à dîner avec sa famille. Je mangerai plus tard, encore toute étourdie de cette folle balade et de ces paysages incroyables...
Au matin, après une visite à un Kronosaure fossilisé, je rejoins Tunja. Je fais la rencontre de Javier et sa femme, musiciens de leur état. Ils m'entrainent à quelques kilomètres, sur les hauteurs de Motavita. Pendant que je déambule entre les herbes plus que hautes à 3600 mètres d'altitude, Javier déplie la toile de son parapente. Dans quelques minutes, ce seront nos ailes et nous survolerons ensemble le Boyaca. Après trois faux départs mouvementés, Juan
nous rejoint à moto et (vole!) à mon secours en m’épargnant une nouvelle chute. Je n'ai pas le temps de dire ouf que nous flottons déjà à 15 mètres au-dessus du sol, à l'aplomb des montagnes. Alors que le vent nous fouette le visage, une sensation inédite de liberté m'envahit. Nous suivons les courants d'air, et Javier partage avec moi sa région, ses cours d'eau, ses lacs, ses villages ses forêts. Je me sens comme le temps, suspendue. A quoi bon la cocaïne colombienne quand on peut s'offrir ce genre de trip ! C'est déjà le temps d'atterrir. J'accompagne mes nouveaux amis le temps d'un chocolat chaud avant de reprendre le car du soir pour Bogota. Demain, la jungle du Guaviare m'attend.
C'était mon premier voyage en Colombie. Ce ne sera pas le dernier.





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