161. Fashion hic
J'étais comme toujours en route pour le théâtre, en l’occurrence celui du Châtelet où je m'apprêtais à monter au paradis et même un peu plus haut, au son des claquettes de Top Hat.
Je remontais donc d'un pas allègre le trottoir ensoleillé de la rue Rivoli, si tant est qu'on peut être allègre entre les pots d'échappements, les klaxons et les passants ronchonchons. Quand tout à coup, devant moi, j'ai remarqué une jeune fille qui remontais le trottoir exactement comme moi. Les coïncidences quand même... Je l'ai remarquée parce que contrairement à moi, elle était juchée sur les plateformes épaisses (très !) de bottes que (sans être spécialiste) je qualifierais de gothiques à défaut d'être raffinées. Mais je l'ai remarquée surtout parce qu'elle ne portait rien d'autre qu'un tout petit petit bikini qui, à défaut d'être rouge et jaune à petit pois, était noir avec un soutien-gorge à carreaux blancs. Et apparemment, elle ne craignait pas du tout de le montrer ni de choquer ses voisines ou de gêner ses voisins !
Réac je vous dis. Moi, j’étais là, en route pour les années 30, Fred et Ginger joue contre joue, plein la tête. Smoking et robe taille basse.. Porte-cigare et rivière de diamant... Cabriolet et gramophone... Coco Chanel et Schiaparelli... Et bim ! Voilà que cette Lisbeth Salander de pacotille, tatouée jusqu'au fondement, me flanque son maillot de chez Shein sous le nez ! Pardon, mais personnellement, j'appelle ça de la provocation.
Paris Plage c'est une chose, mais j'aimerais savoir depuis quand le bitume parisien est devenu une extension du littoral de la Tranche-sur-Mer ? J'ai failli demander à Miss Churros si elle n'avait pas oublié quelque chose. Par exemple, une robe en toile d'araignée ? Un corset en ailes de chauve-souris ? Ou bien simplement un soupçon d'élégance ? Réac, réac, réac, je vous dit.
Vous me direz, le ridicule ne tue pas. Shortycia ne faisait de mal à personne si ce n'est au bon goût. Tout au plus risquait-elle d'attraper un rhume du cerveau ou bien, vu que je la soupçonne fort d'avoir fait l'impasse sur la protection solaire, de finir avec un teint bisque de homard, ce qui fait légèrement désordre pour entrer dans les soirées GlamGoth de la Capitale où l'on est supposé avoir un teint de porcelaine de Limoges, comme chacun sait.
Notez, je m'emporte, il lui allait plutôt bien son maillot. Pas de bourrelet disgracieux ni de phlébite à vous couper l'appétit. Non, Fantômette avait le fessier joyeux et sautillant, dans la mesure où ses bottes, quoique visiblement plus lourdes que celles de Neil Armstrong, lui permettaient de sautiller. J'aurais peut-être dû me réjouir du spectacle au lieu de m'offusquer ? D'autant plus que la tendance mini-jupe/mi-bas apparents a, quant à elle, fort heureusement disparu des trottoirs pour cesser de m'agresser la rétine.
Il n'empêche, vous ne m’ôterez pas de l'idée qu'on n'arpente pas le macadam (que celui-ci soit parisien ou dunkerquois) en deux pièces, en plein mois d'avril. Que je sache, le proverbe ne dit pas : " En avril, sors ton maillot en ville. " Croyez-moi, ça se saurait !
Franchement, c'est quoi la suite ? Sortir au supermarché en bottes en caoutchouc et string brésilien ? Aller à la Poste topless en sabots ? A New-York, depuis 1992, une loi autorise les habitants à tomber tomber, tomber la chemise en cas de canicule, alors pourquoi pas faire de même à Paname, hein ?
Je vous avoue que je suis un peu anxieuse. Je me vois mal faire la queue pour une religieuse ou un mille-feuille à la boulange avec les bourrelets qui dépassent du monokini. Pareil, si je dois composter mon Pass Navigo en cache-tétons à paillettes (même si je reconnais que j'aime beaucoup ça, moi, les paillettes) je risque de beaucoup moins prendre le métro. Quant au port du paréo les jours de grand vent, je pense que je vais rester chez moi. Enfin, si un jour le nu intégral devient tendance le long des berges de la Seine, ne comptez pas sur moi : je garderai définitivement mon popotin et ma rétention d'eau, chez moi, sur le canapé, devant Plus belle la vie.
Pour résumer, si Coco Nombril continue de faire évoluer la mode dans son manoir hanté, je suis mal barrée : je vais rapidement me retrouver coupée du monde. Tant pis ! J'aurai toujours les claquettes et les paillettes de Fred Astaire pour me consoler...
For I'll be there
Puttin' down my top hat
Mussin' up my white tie
Dancin' in my tails
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