samedi 27 avril 2013

47. Moyen courrier...

En ce matin aux nues brumeuses, tout comme moi qui n'ait pas encore bu mon café, figurez-vous que j'en tombe, des nues. 
Un lecteur assidu, dont je préserverai ici l'anonymat (d'autant mieux que je ne le connais pas) m'envoie ses réclamations. Oui, vous avez bien lu, ses réclamations! Voilà qui réveille mieux que le plus fort des cafés!
Bon. Je dois accorder à Monsieur X. que son mail plein d'humour m'a bien fait rigoler! Et puis après tout, pourquoi pas? Faisons preuve ici de clémence et d'ouverture d'esprit. Cette remarque n'est peut-être pas tout à fait infondée... Je suis très certainement soucieuse de faire le bonheur de mes lecteurs, je veux donc me soucier aussi de tenir compte de leurs remarques constructives, quoique contrariantes à l'heure où, je le répète, je n'ai pas encore avalé mon café du matin! 
Il semblerait donc que je farcisse généreusement mes bafouilles d'accès d'humeur mauvaise et de coups de gueule intempestifs. D'abord, la remarque m'étonne. L'étonnement passé, je tiens à présenter mes humbles excuses à ceux (s'il en est d'autres) que mes billets, bilieux semble-t-il, auraient pu heurter. J'avoue que j'ai parfois tendance à m'emporter un brin. Sans doute est-ce le soleil de mon côté méditerranéen qui me tape un peu trop fort sur le pamplemousse. 
Avouez tout de même que c'est rarement sans raison valable que je m'enflamme! Et puis je m'enflamme, je m'enflamme... C'est vite dit, non? Je dirais plus volontiers que je suis d'un naturel le plus souvent guilleret, enthousiaste toujours, plein d'ardeur, qui manque peut-être un peu de nuances dans ses appréciations, certes.
Mais s'il faut être tout à fait honnête, je suis capable de m'emballer dans un sens comme dans l'autre. Tenez, la preuve : cette semaine je suis allée applaudir Les 2 G, artistes de music-hall, au Théâtre du Petit Saint Martin. Eh bien, j'en ai encore des fourmis dans les mains! Foncez, courez, précipitez-vous pour voir ce spectacle formidable, furieusement fou, drôle, surprenant, touchant... en un mot SUPER!
Bon ok. Ok. Je dois bien l'admettre, je suis sans doute un petit peu excessive : j'adore ou je déteste, je suis pour ou je suis contre. Avec moi, c'est soit blanc, soit noir. Soit épicé, soit insipide. Mais de deux choses l'une : ou bien on aime les artichauts, ou bien on ne les aime pas, non? On ne peut pas aimer les artichauts 'à demi'.
Monsieur X., vous avez raison. Mes inclinations ne sont pas modérées, mes élans rarement tempérés et je marche de préférence tout au bord des chemins plutôt que bien au milieu... J'aurais du mal à le nier. Pourtant, si je vous en crois, vous êtes un lecteur assidu de mes divagations. Je lis d'ailleurs que ma démesure n'est pas tout à fait pour vous déplaire et que, je cite, vous aimez les "râleuses et les grandes gueules"... Je vous avoue que je m'en réjouis. Si j'osais, je me sentirais même un peu flattée. On a beau mettre la meilleure des volontés à essayer de se corriger, de se contrôler, de s'améliorer, on aura beau faire, on ne se refait pas. Pas entièrement du moins...
Moi qui vous parle, me croiriez-vous si je vous disais qu'il m'arrive d'être un peu susceptible? Surtout quand je n'ai pas bu mon café du matin... C'est fou, non?

PS : Inutile d'insister, je ne vous dirai pas le nom du spectacle désolant qui se cache derrière le billet n° 46 !

mardi 16 avril 2013

46. Maux d'humour

Suis-je normale? Je m'interroge. 
Il serait probablement plus simple d'interroger mon entourage mais je connais déjà sa réponse : un NON catégorique, massif et spontané. Toutefois, que personne ne s'offense, la fiabilité dudit entourage me paraît douteuse. Je préfère donc m'abstenir de tout sondage et me lancer courageusement dans une introspection au verdict incertain tout autant qu'angoissant.
Étudions un peu les faits, voulez-vous?
Nous avons vu dans un billet précédent - billet n° 45 pour les distraits - que le printemps revient et avec lui, des envies joyeuses de sorties ensoleillées entre amis. Si on allait boire un verre en terrasse? Si on sortait les chips barbecue et les gobelets en plastique pour un pique-nique sur le Canal Saint Martin? Eh! Pourquoi se priver? Les guitaristes sortent bien du métro pour s'installer sous les arcades de la Place des Vosges! Paris la coquine nous fait de l’œil! Même les salles de spectacles jouent les aguicheuses et entrouvrent lascivement leurs portes. Curieux, on se laisse faire après un hiver plus ou moins difficile, et on accepte volontiers la moindre occasion de se détendre, sans se méfier.. 
Voilà pour le contexte. 
La soirée est douce, dans ce café du Marais je suis en bonne compagnie, repue, le fou rire aux lèvres fusant à la moindre répartie de mes camarades et, bien que je ne sois pas une fille facile, je suis pourtant dans les meilleures dispositions pour me laisser séduire par deux jeunes humoristes prétendument talentueux, preuve en est qu'ils passent régulièrement à la tévé!
Après ce début de soirée plus que réussi, je me retrouve dans la file d'attente d'un café théâtre renommé. Sans prévenir, avec la classe d'une poissarde des Halles sortie tout droit d'un roman de Zola, la programmatrice m’enjoint  de rentrer dans la salle. 
Quelques instants plus tard, me voici 'assise' entre mes deux complices du soir, les genoux sous le menton, le dos voûté contre le dossier improvisé des genoux de mon voisin de derrière, et les fesses bien calées sur ses mocassins pointure 46, mais qu'importe! Coincée chaleureusement entre mes amis, pleine d'entrain, je fredonne avec eux les titres d'ABBA qui illustrent le fond sonore en attendant que le spectacle démarre, quand tout à coup... la lumière s'éteint! 
D'abord, Elle est entrée. Attention, je vais être mauvaise! Je l'ai dit, je ne suis pas précisément un public facile. Le goût du théâtre, des textes, du jeu m'a rendue exigeante. Trop parfois, peut-être. C'est que la scène, que l'on fasse du théâtre, du cirque ou de l'humour, avant toute chose c'est un MÉTIER, et pas des plus faciles, n'est pas artiste qui veut, contrairement à ce que les médias voudraient nous faire croire! On n'entre pas en scène comme on entre à la boulangerie pour demander une baguette! 
La pauvreté du jeu d'actrice de cette 'humoriste' n'avait d'égal que la médiocrité du texte, dénué à mon avis, de la moindre trace d'humour, mais pas, hélas, de la moindre trace vulgarité et je pèse mes mots! Le jeu de son partenaire quant à lui, sans être remarquable, avait au moins le bon goût d'être dépourvu d'effets. Je vous épargne ici la chronique des jeux de mots graveleux et des autres gags pittoresques qui auraient fait rougir Joseph Vermot lui-même, ainsi que celle des effets de 'mise en scène' d'une finesse à vous couper le souffle.
Dans la salle le public riait aux éclats. Sans moi.
Alors donc, je m'interroge: suis-je normale? Et si mon sens de l'humour indiquait la mauvaise direction? Mon GPS humoristique n'est-il pas complètement détraqué? Pourquoi n'indique-t-il pas systématiquement le sud du sud de la ceinture? Je suis peut-être atteinte du Syndrome de Telerama?
Comme tout le monde, en cette période de morosité ambiante, j'assiste perplexe à la déferlante d'humoristes qui envahit les médias. De la télé à la radio en passant par les salles de spectacles, impossible d'échapper aux chroniqueurs et autres révélations de l'Humour de demain. D'aucuns prétendent que c'est la crise et qu'il faut bien rigoler. Je ne demande pas mieux! Mais faut-il nécessairement pour cela sortir la pâte à prout et les serviettes hygiéniques à tout bout de one man chiottes? Il me semble que Desproges, Coluche, le Splendid, Les Nuls ou Sophia Aram (liste non exhaustive, bien sûr!) ont clairement fait la preuve qu'un peu d'esprit ne nuit pas nécessairement à l'humour. Un peu de travail aussi si vous voulez mon avis. Pour être humoriste, certes, il n'est pas indispensable d'être comédien, mais quelques notions de base et un peu de technique ne gâchent rien. Surtout si vous envisagez de faire payer 19€ au spectateur venu gentiment vous applaudir!
Je ne suis que chanteuse me direz-vous, qu'est-ce que j'y connais à l'humour, hein? Je manque sans doute de fantaisie... N'empêche, dans Les petits riens Serge Gainsbourg chantait
Mieux vaut pleurer de rien que de rire de tout
C'est joli, c'est bien dit pis surtout, c'est pas faux!
Epicétou!