mardi 16 avril 2013

46. Maux d'humour

Suis-je normale? Je m'interroge. 
Il serait probablement plus simple d'interroger mon entourage mais je connais déjà sa réponse : un NON catégorique, massif et spontané. Toutefois, que personne ne s'offense, la fiabilité dudit entourage me paraît douteuse. Je préfère donc m'abstenir de tout sondage et me lancer courageusement dans une introspection au verdict incertain tout autant qu'angoissant.
Étudions un peu les faits, voulez-vous?
Nous avons vu dans un billet précédent - billet n° 45 pour les distraits - que le printemps revient et avec lui, des envies joyeuses de sorties ensoleillées entre amis. Si on allait boire un verre en terrasse? Si on sortait les chips barbecue et les gobelets en plastique pour un pique-nique sur le Canal Saint Martin? Eh! Pourquoi se priver? Les guitaristes sortent bien du métro pour s'installer sous les arcades de la Place des Vosges! Paris la coquine nous fait de l’œil! Même les salles de spectacles jouent les aguicheuses et entrouvrent lascivement leurs portes. Curieux, on se laisse faire après un hiver plus ou moins difficile, et on accepte volontiers la moindre occasion de se détendre, sans se méfier.. 
Voilà pour le contexte. 
La soirée est douce, dans ce café du Marais je suis en bonne compagnie, repue, le fou rire aux lèvres fusant à la moindre répartie de mes camarades et, bien que je ne sois pas une fille facile, je suis pourtant dans les meilleures dispositions pour me laisser séduire par deux jeunes humoristes prétendument talentueux, preuve en est qu'ils passent régulièrement à la tévé!
Après ce début de soirée plus que réussi, je me retrouve dans la file d'attente d'un café théâtre renommé. Sans prévenir, avec la classe d'une poissarde des Halles sortie tout droit d'un roman de Zola, la programmatrice m’enjoint  de rentrer dans la salle. 
Quelques instants plus tard, me voici 'assise' entre mes deux complices du soir, les genoux sous le menton, le dos voûté contre le dossier improvisé des genoux de mon voisin de derrière, et les fesses bien calées sur ses mocassins pointure 46, mais qu'importe! Coincée chaleureusement entre mes amis, pleine d'entrain, je fredonne avec eux les titres d'ABBA qui illustrent le fond sonore en attendant que le spectacle démarre, quand tout à coup... la lumière s'éteint! 
D'abord, Elle est entrée. Attention, je vais être mauvaise! Je l'ai dit, je ne suis pas précisément un public facile. Le goût du théâtre, des textes, du jeu m'a rendue exigeante. Trop parfois, peut-être. C'est que la scène, que l'on fasse du théâtre, du cirque ou de l'humour, avant toute chose c'est un MÉTIER, et pas des plus faciles, n'est pas artiste qui veut, contrairement à ce que les médias voudraient nous faire croire! On n'entre pas en scène comme on entre à la boulangerie pour demander une baguette! 
La pauvreté du jeu d'actrice de cette 'humoriste' n'avait d'égal que la médiocrité du texte, dénué à mon avis, de la moindre trace d'humour, mais pas, hélas, de la moindre trace vulgarité et je pèse mes mots! Le jeu de son partenaire quant à lui, sans être remarquable, avait au moins le bon goût d'être dépourvu d'effets. Je vous épargne ici la chronique des jeux de mots graveleux et des autres gags pittoresques qui auraient fait rougir Joseph Vermot lui-même, ainsi que celle des effets de 'mise en scène' d'une finesse à vous couper le souffle.
Dans la salle le public riait aux éclats. Sans moi.
Alors donc, je m'interroge: suis-je normale? Et si mon sens de l'humour indiquait la mauvaise direction? Mon GPS humoristique n'est-il pas complètement détraqué? Pourquoi n'indique-t-il pas systématiquement le sud du sud de la ceinture? Je suis peut-être atteinte du Syndrome de Telerama?
Comme tout le monde, en cette période de morosité ambiante, j'assiste perplexe à la déferlante d'humoristes qui envahit les médias. De la télé à la radio en passant par les salles de spectacles, impossible d'échapper aux chroniqueurs et autres révélations de l'Humour de demain. D'aucuns prétendent que c'est la crise et qu'il faut bien rigoler. Je ne demande pas mieux! Mais faut-il nécessairement pour cela sortir la pâte à prout et les serviettes hygiéniques à tout bout de one man chiottes? Il me semble que Desproges, Coluche, le Splendid, Les Nuls ou Sophia Aram (liste non exhaustive, bien sûr!) ont clairement fait la preuve qu'un peu d'esprit ne nuit pas nécessairement à l'humour. Un peu de travail aussi si vous voulez mon avis. Pour être humoriste, certes, il n'est pas indispensable d'être comédien, mais quelques notions de base et un peu de technique ne gâchent rien. Surtout si vous envisagez de faire payer 19€ au spectateur venu gentiment vous applaudir!
Je ne suis que chanteuse me direz-vous, qu'est-ce que j'y connais à l'humour, hein? Je manque sans doute de fantaisie... N'empêche, dans Les petits riens Serge Gainsbourg chantait
Mieux vaut pleurer de rien que de rire de tout
C'est joli, c'est bien dit pis surtout, c'est pas faux!
Epicétou!

1 commentaire:

  1. Et oui...les états d'esprit changent de génération en génération...et certains humoristes ont tout les âges!:-)

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