dimanche 18 mai 2014

63. Juste une mise au point...

Dissipons un léger malentendu, voulez-vous?  N'ayant pas de poule sous la main - ne prenez pas cet air surpris: non, je n'élève pas de poules dans mon deux pièces parisien! - j'ai néanmoins envie ce matin de tordre le cou de certains et par la même occasion, de quelques clichés et préjugés.
Vous l'aurez remarqué, finauds que vous êtes, malgré ce beau dimanche ensoleillé, aujourd'hui je suis un peu chatouilleuse de la casserole. Certes, je suis également surcaféinée et cela pourrait expliquer en partie mon humeur, mais si vous voulez mon avis (et si vous ne le voulez pas, c'est la même) cela explique plutôt  la fréquence de mes allers-retours aux toilettes!
Mais avant que je ne devienne tout à fait chèvre, revenons donc plutôt à nos moutons ou si vous préférez, à nos poules ! Ouarf, ouarf! Humour, quand tu nous tiens....
Donc...
Je me trouvais la semaine passée en terre inconnue non pas chez Frédéric Lopez, dont je jure ici solennellement de refuser toute proposition de rendez-vous douteux, mais en Picardie où, pas peu fière, Tapiôka et moi étions finalistes du festival Saint Quentin en Scène. Je m'empresse de vous épargner un suspense insoutenable: Tapiôka n'a pas gagné et moi non plus. D'autres l'ont  fait pour nous et très bien d'ailleurs.
Bien sûr, bien sûûûr je comprends que vous soyez surpris et même un peu déçus. Qui ne le serait pas? Déjà je sens la chaleur de vos étreintes, j'entends la tendresse de vos mots consolateurs. Votre sympathie me touche mais je vous arrête car, mes braves amis, elle est inutile. Si je n'ai pas remporté la victoire, j'ai rapporté de Picardie non pas l'accent local, fort heureusement, mais plein d'idées, d'énergies et d'ambitions nouvelles et créatives cela va de soi, qui valent tous les prix du monde et qui font un bien fou au moral!
Ce qui fait moins de bien et provoque ce matin en moi des envies de génocide gallinacé, c'est d'entendre un membre du jury me demander une fois de trop plus et avec l'accent prononcé du Ricard Sud: "T'es pas lesbienne toi? Ah bon? T'es sûre?".

Soupir, re-soupir et yeux aux ciel.

Non, je ne suis pas lesbienne.
Oui, j'en suis sûre.

A toute fins utiles, je tiens à préciser deux choses :
  • sous prétexte qu'on est une femme qui a de l'humour, on n'est pas nécessairement lesbienne comme Muriel Robin ou Shirley Souagnon. 
  • sous prétexte qu'on écrit des chansons à texte on n'est pas nécessairement lesbienne comme Juliette ou Anne Sylvestre
Tant que j'y suis, je précise encore deux ou trois autres trucs au cas où: 
ce n'est parce qu'on est artiste, parce qu'on n'a pas de compagnon pendu à son bras (ou à ses lèvres, c'est au choix!), parce qu'on n'a pas d'enfant passée la quarantaine, parce qu'on vit seule passée la quarantaine, parce qu'on aime les Broadway Musicals, parce qu'on manifeste contre l'homophobie, parce qu'on n'a pas eu le temps de s'épiler et que (par voie de conséquence) on a les mollets en friche, parce qu'on a de nombreux amis et même un coiffeur gay, parce qu'on a des copines lesbiennes, parce qu'on joue dans un théâtre du Marais, parce qu'on s'entend bien avec ses parents, parce certains hommes nous énervent, parce qu'on aime Barbra Streisand et Beyonce ou parce qu'on se promène sans Burberrys et sans talons qu'on est nécessairement lesbienne! 

Sans vouloir vous offenser, ces quelques précisions s'adressaient surtout à vous Messieurs. Franchement, trouveriez-vous naturel qu'un(e) inconnu(e) vous demande : " T'es hétéro? Ah bon? T'es sûr?"? Non et vous auriez raison: ca ne se fait pas! On dit que les femmes sont curieuses. C'est bizarre, mon orientation sexuelle ne semble pas les préoccuper, elles. A part ma mère, peut-être? Quoique elle, c'est différent: c'est ma mère donc ma vie entière la préoccupe. Sans doute que les hétérosexuelles s'en tamponnent du moment que leur Jules reste bien sage à la maison. Quant aux homosexuelles, elles savent sûrement à quoi s'en tenir. Elles sont comme les fourmis, elles ont des antennes et se reconnaissent entre elles. Ou alors c'est mon absence de piercing et de tatouage? (Eh! Je n'étais pas à un deux clichés près!)

Avez-vous remarqué comme petit à petit, la vie privée est devenue publique? On publie sa sexualité sur Facebook, on l'exhibe devant des caméras de télé, on l'imprime sur des T-Shirts. Il n'y a pas si longtemps, pour faire connaissance, on vous demandait simplement ce que vous faisiez dans la vie ou quelle musique vous aimiez... On répondait... On ne répondait pas... Le mystère a son charme. Maintenant on vous demande directement si vous êtes plutôt menottes ou appareil à raclette? Excusez-moi, mais je préfère ne pas répondre.  
Monsieur, alors que je finis ce post vous-même finissez probablement votre Ricard alors à la vôtre! Je voulais simplement vous dire que je n'aurais pas dû vous laisser me troubler. Je ne suis pas lesbienne et alors? Comme dirait l'autre, ça vous gêne? Tant pis pour vous!
Ma vie privée ne vous regarde, c'est entendu, mais peut-être saurez-vous apprécier ce poème?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris, aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime à chaque fois [...]
Jacques Prévert, Je suis comme je suis

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