mardi 27 juin 2017

98. En chaleur !

J- 9 Mais qu'est-ce qui m'a pris. 
Ce matin Joël Collado m'a affirmé que la canicule avait cédé la place à de violents orages. A Cancale peut-être, mais à Dieulefit il est à peine 11h et je le vois bien que le thermomètre affiche nonchalamment 34°C! Alors Jojo, avec ce genre de prévisions je te le dis tout net c'est toi qui va bientôt devoir céder la place! Car ici, d'orage, point. Je m'étais mis en tête de franchir les 100 mètres qui me séparent de  la boulangerie, après 50 mètres, j'ai renoncé. Vite fait. Enfin vite fait c'est une expression... A quoi bon un croissant par cette chaleur? A moins que...  Dans la piscine?
Dans un peu plus d'une semaine, je serai au Festival d'Avignon. Si j'osais un jeu de mot trivial, je  vous dirais même que je suis en marche pour le Festival. Trivial, je vous avais prévenu. Eh ! S'offrir un Virage à Droite au Théâtre de la Bourse du Travail CGT ça n'est pas donné à tout le monde. Certes, je ne suis pas tout le monde. Dans l'absolu, météo mise à part, j'irais jusqu'à dire que je me réjouis de retrouver les remparts. Même si je sais que ce n'est pas qu'une partie de franche rigolade. Qu'on va pas seulement retrouver les copains pour chanter du Michel Sardou et du Didier Barbelivien. Qu'on va pas seulement partager des fous rires et des tranches de melons. Qu'on va aussi se casser les ongles à coller des affiches, les cordes vocales à parader, la tête à rameuter du monde, la gueule même peut-être?  Qu'on n'aura pas le temps d'aller voir les spectacles des copains (les autres!) tellement on sera lessivés même si on se promet le contraire à tous les coins de parades. Qu'on sera peut-être bien content d'échapper à  Tu ronfles trop fort Théodore.  Qu'on regrettera sans doute de ne pas pouvoir jeter un œil à l' Antigone de Satoshi Miyagi dans la Cour du Palais des Papes vu qu'on joue en même temps. Qu'on s'engueulera sûrement une fois ou deux parce que c'est la vie et qu'on avait bien dit qu'on laisserait pas trainer sa vaisselle sale dans l'évier parce que ça attire les mouches! Qu'on se demandera sans doute une fois ou deux si ça valait bien la peine tout ça? Qu'on se découragera d'ailleurs... un peu probablement... Tout ça je le sais. Ça me va. Je signe. Par contre les 34°C, je les avais un peu mis de côté. Senor Météo, 'scuse...  mais ta grenouille elle a tout faux! Et moi, quelques années plus tard, je ne suis pas sûr de tenir le choc thermique. Tu me diras ça me fait un bon entraînement pour la ménopause.
Oui, voyons le bon côté des choses. Dans le Marie-Claire du dentiste fallait chercher des raisons de positiver. Chez le dentiste... tu m'étonnes! Bon. D'abord, logiquement entre marche et sauna, je devrais fondre, non? D'autant qu'on n'a rarement envie d'un veau marengo ou d'une raclette par de telles températures. Voilà qui va me réconcilier avec ma balance, nous étions un peu fâchées. Et puis désormais les théâtres avignonnais sont climatisés et on ne peut pas dire que ce soit un luxe. La mairie ne pourrait-elle songer à faire climatiser ses rues? Oh ! Je ne dis pas toute l'année bien sûr, mais ne serait-ce que pour la durée du Festival? C'est que j'appréhende un peu de défiler en Stéphanie de Morano... Oh j'assume le personnage ! Disons...  à peu près!  Mais de la Place de l'Horloge à la rue de la Bonneterie, le tailleur cintré, doublé, à manches longues je l'assume moins ! Même s'il est vrai que j'ai choisi une petite cotonnade estivale pour les parades. Toutefois, j'ai pris la liberté de remiser ma marmotte et mes collants. Je ne pense pas qu'on m'en tienne rigueur. Du moins je l'espère. S'il y avait des plaintes, j'aviserai. Le maquillage par contre risque de couler.... Si le style coulure Ripolin est actuellement en vogue je risque de connaître mon petit succès.... Sinon.... je pourrais peut-être faire passer ça pour une nouveauté dermatologique?
C'est un spectacle de natation synchronisée que j'aurais dû présenter. Un maillot de bain et basta! Bon de toute façon j'ai tout prévu dans mon sac : un thermos d'eau glacée, un spray d'eau minérale, des lunettes de soleil,  un éventail, des lingettes démaquillantes. Et puis des tracts (on ne sait jamais!). Le hic c'est qu'il risque de peser une tonne... Je vais mourir je vous dis!  Je le savais pourtant que c'était dangereux... un Virage à Droite! Tant pis! En marche!

PS : Je vous écrirai tout plein de mots purs au fur et à mesure pour vous raconter le Festival. 
Pis si vous passez dans le coin... Venez me faire un coucou...  à Droite ou ailleurs!

dimanche 4 juin 2017

97. Et mon barbecue, c'est du poulet?

Le monde devient fou. L'été revient à petit pas et avec lui l'odeur délicieuse des barbecue. Connaissez-vous rien de plus chaleureux, de plus convivial qu'un barbecue entre amis? Groupés autour de l'appareil, on se dispute quant à la meilleure technique d'allumage. Pour ou contre le papier journal chiffonné? Les puristes s'insurgent à l'idée du moindre allume-feu chimique quand les plus pressés ne renâclent pas devant une ou deux giclées d'alcool à brûler histoire d'accélérer le processus... On s'interroge sur le combustible optimal. Certains ne jurent que par le charbon de bois tandis que les écolos célèbrent les bienfaits du charbon végétal (ah bon? Le bois c'est pas végétal?). Figurez-vous que les sarments de vigne parfument la viande, sauf que les rafles de maïs captent les graisses... Y a encore les afficionados du barbecue à gaz qui prétendent que c'est moins chiant à nettoyer et les fondus de la plancha qui assurent que griller sans gras c'est plus sympa!
En cuisine on s'affaire! Les côtes de bœuf hésitent entre la marinade au thym ou celle au romarin, on pique et repique et colegram les chipos, les merguez, le figatellu. Les enfants alternent consciencieusement (et dangereusement!) tomate, poivron, poulet et courgette sur les pics à brochette. Et puisqu'il reste un vieux fond de Pastis 51, on se demande pourquoi on flamberait pas le bar? On découpe les premiers melons (tant pis s'ils ne sont pas très bons), et pendant qu'on mélange joyeusement des salades de toutes les couleurs, on s'échange des super recettes qu'on oubliera aussi sec ou qu'on ne fera jamais. Le blanc prend gentiment le frais dans le seau à glaçons près de quelques bouteilles de bières. Et puis pour le dessert, y aura juste des cerises parce qu'Agathe avait pas envie de trop s'emmerder...
On a déplié deux trois transats fatigués, sorti le tire-bouchon, les chips et puis quand même un saucisson (faut pas se couper l'appétit d'accord, mais faut pas déconner!) et attaqué un Dobble, un Shabada, ou un Time's up,  le temps que les braises soient enfin prêtes. Le temps marche au ralenti... Sortez ketchup, moutarde, mayo! Sortez Sopalin et vaisselle en carton! On se sent bien entre copains... ça sent bon les grillades... ça sent les tupperware et les restes dans le papier alu... ça sent la salle de sport lundi matin mais on s'en fout parce que ça sent surtout les vacances qui rappliquent... Le barbec', ça sent le Paradis! 
Enfin c'est ce que je croyais jusqu'à dimanche dernier où j'ai assisté, médusée, au barbecue de l'Improbable. Comme quoi, quand on perd des amis de vue c'est peut-être pas plus mal. 
J'étais donc conviée dans le jardin d'anciennes connaissances artistiques, dans mon souvenir  brillantes, drôles, talentueuses, fréquentables somme toute. 
J'avais apporté, sans prendre de gros risque, une bouteille de Chardonnay à rafraîchir ainsi que - à l'instar d'Agathe - un kilo de cerises dont j'avais eu tout le loisir de picorer un bon tiers pendant les 50 minutes de trajet en RER, qui comme me l'avait assuré mes hôtes, n'excédait bien entendu pas les 15 minutes depuis le centre de Paris. En Jet Ski sans doute... Peu m'importait! Pour une côte de bœuf saignante ou des côtelettes grillées à déguster en bonne compagnie, j'étais prête à tous les sacrifices urbains!
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que mes anciennes relations avaient si mal tourné... 
Dès mon arrivée, j'ai  compris qu'il y avait andouille sous roche. Le sac au pied du barbecue affichait Charbon alternatif et les galets qu'il contenait semblaient tout droit sortis de Soleil Vert. 
Près de la grille, aucune viande n'attendait de rôtir. Aucun poisson non plus. La seule andouille qui attendait près du barbec', c'était moi. La preuve. Avisant des blocs gélatineux, je m'enquérais de la nature exacte de cet étrange allume barbecue. Gel? Pâte? On me répondit qu'il s'agissait d'un assortiment de tofus sélectionnés tout spécialement. Euh... Spécialement? Pour...? Pour le barbecue. Le barbecue de tofus. Le barbecue de tof.... Euh...? Mais... Euh... Bon. Vous m'excusez deux secondes? Faut que j'aille boire un coup, je reviens! Je me dirigeai vers les boissons pour me remettre de ma stupéfaction et accessoirement, noyer ma déception. Je n'aurai pas dû. Je n'espérais pas  trouver un Vosne Romanée mais enfin tout de même! Un simple cubi égaré ou du Coca Zéro auraient fait mon affaire! Sur la table, étiquettée Bar à eaux minérales, s'alignaient... des bouteilles d'eaux. Rien que de l'eau, comme dirait l'autre. Gazeuse, certes. Millésimée de surcroit. Il fallait semble-t-il, commencer la progression en bout de table par les "petites bulles". Moins salées, elles ne dénatureraient pas mon palais. C'était écrit. Juste là. J'hallucinais. Je cherchais, sans la trouver, ma bouteille de Chardonnay. Me voyant éperdue, un quidam me tendit un plateau de toasts au fromage végétal. Je retenais un cri.
Désespérée, j'attendais  le moment où quelqu'un surgirait d'un placard en criant "surprise!". Mais rien. Personne. J'étais prise au piège dans cette dimension parallèle où les gens s'enivraient d'eau gazeuse en grillant du tofu! Ces gens étaient pourtant normaux autrefois! Que leur était-il arrivé? Je décidai qu'il était plus prudent de ne rien consommer, c'était peut-être dangereux. Au deuxième passage du plateau de toasts au fromage végétal, il devint urgent de m'échapper. Je consultais en douce mon téléphone. Le prochain RER passait dans 1h20. Je tiendrai bon jusque là. Mon équilibre psychologique était menacé mais je résistai.
Je regagnai la civilisation. Ébranlée. Pour la première fois en 10 ans, j'eus envie de pousser la porte d'un Mc Donald! Je me retins tant bien que mal. Si le monde devenait fou.... moi pas!