dimanche 30 avril 2017

96. Dimanche j'irai voter

Dimanche 7 Mai j'irai voter. 
Je sais bien que je vous ai habitués à des réflexions plus légères, encore que... 
Il se trouve que plus l'échéance approche, moins j'ai la plume à la dérision. Mille excuses...

Dimanche j'irai voter. Une enclume sur le cœur, j'irai glisser pour la seconde fois toute ma peine citoyenne dans une urne. Je devrais être habituée. Ça devrait faire moins mal. Ou pas. Au cas où, j'emporterais quelques Kleenex dans l'isoloir.
Que chacun se rassure. Je ne me lancerai pas dans une grande diatribe politique, de celles qui enflamment les bistros, la poule-au-pot du dimanche et les réseaux sociaux... Je ne veux convaincre personne. J'ai déjà eu du mal à me convaincre moi-même. C'est bien assez. Je veux croire, naïvement peut-être, que chacun sait maintenant que le pire est au bout du scrutin et qu'il connait les moyens qui sont à sa portée.

Dimanche, j'irai voter. Parce que c'est mon droit. La page Wikipedia consacrée au droit de vote des femmes me le confirme. Ce droit, plus ou moins récent selon les pays, est même pour certaines soumis à des restrictions. Devant l'écran, je mesure l’importance de ce  droit  qui est le mien. Plein de sollicitude, Google voit que je m'intéresse au droit de vote féminin. Il sait que je raffole des citations et m'en suggère une d'Odette Roux. Je ne connais pas Odette, mais ses mots réchauffent - un peu - ma détresse électorale :  "On ne nous a pas accordé le droit de vote, nous l'avons gagné."  Merci Odette (et Google) de me le rappeler alors que ma conscience civique bat de l'aile.

Dimanche j'irai voter. Même si je m'étais promis le contraire. Mais après tout, les promesses électorales, on sait ce que c'est. Et puis, on m'a déjà fait le coup. J'ai déjà dit NON. Même qu'on m'avait écoutée. Même que j'étais pas la seule. Alors, dimanche je serai au rendez-vous et je retournerai dire NON. A la haine et à l'intolérance, entre autres. Même si cette fois, je suis un peu frustrée de n'avoir pas rejoint mes concitoyens pour dire NON haut et fort dans la rue. "On n'oublie rien de rien, on s'habitue, c'est tout" chantait l'autre... Il ne croyait pas si bien dire... 

N'empêche. Moi, je ne veux pas m'habituer. Et dimanche j'irai voter. D'autant plus qu'il s'agit visiblement d'endiguer une épidémie bactériologique. J'entends partout  qu'il s'agit de choisir entre la peste et le choléra. Moi qui croyais que ça n’existait plus ces maladies-là de nos jours ? Quelle andouille! Comme je ne suis pas très au fait en matière de microbiologie, j'ai voulu me renseigner. Mais je ne connais hélas aucun épidémiologiste personnellement, ce que je déplore vivement et d'ailleurs, si c'est ton cas, que tu es sympa et célibataire, n'hésite pas à te manifester. Je me suis donc tournée vers mon pote Wikipédia (toujours lui!) même si pour le glamour on a vu mieux. Kiki m'informe donc aimablement que de 2010 à 2015 (ce qui, en passant, correspond étrangement à la durée d'un mandat présidentiel) la peste a fait 584 victimes de par le monde. Le choléra de son côté, continue de faire en moyenne 10000 victimes chaque année, de par le monde itou. Soit, sur 5 ans,  85 fois plus de victimes. Après mûre réflexion, des deux maux s'il faut vraiment choisir, j'aime encore mieux le moindre et c'est au bacille Yersinia Pestis qu'ira ma "préférence", mon suffrage devrais-je dire. D'aucuns prétendent que c'est bonnet blanc, blanc bonnet. Ce serait donc une affaire de couvre-chef ? Dans ce cas, permettez-moi d'opter pour le rouge flamboyant du bonnet phrygien. A Janson de Sailly, je me souviens que Monsieur Ribaud, prof d'histoire géo de son état, nous faisait apprendre par cœur la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Aujourd'hui, je suis nulle en histoire et je ne gagne jamais le camembert jaune au Trivial Pursuit.  Pourtant,  je peux encore réciter quelques articles de mémoire. En particulier, l'Article 3 : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » Alors dimanche, Mr Ribaud, j'irai voter. Pour l'Article 3, et tous les autres. Pas pour les riches. Pas contre les pauvres. Pas pour un homme. Pas pour un parti. Pas pour qu'on interdise les portables au collège. Mais pour préserver ce que représentent à mes yeux les trois mots inscrits sur le fronton de l'école maternelle de mon bureau électoral : Liberté, Égalité, Fraternité

Dimanche j'irai voter. Entre les dessins d'enfants, le chamboule-tout et les Lego, le cœur en peine, j'accrocherai (encore une fois) mes convictions au porte-manteau, je m'isolerai, je prendrai une grande respiration et puis j'irai glisser mon bulletin dans l'urne. Parce que je n'ai pas le choix. Parce que je suis inquiète. Voyez-vous, c'est un 7 mai que Vladimir Poutine a été élu président de la Russie et c'est un peu bête, mais je suis superstitieuse... 

Alors oui. Dimanche 7 Mai, j'irai voter. 


Arabie Saoudite, 2015 des femmes brandissent leur première carte électorale .


dimanche 2 avril 2017

95. Et toque!


Tout a commencé par une coupe de Champagne. Enfin une... deux. Un ami avait été invité par sa chargée de clientèle bancaire à suivre un Atelier de Chef avec l'invitée de son choix et j'étais le choix plus qu'heureux parce que quand il s'agit de manger faire la cuisine, je suis dans mon élément ! Mon propre conseiller bancaire m'ayant offert un porte-clés lors de l'ouverture de mon crédit immobilier, j'envisageais tout de même en mon for intérieur entre deux gressins la possibilité de changer d'établissement financier prochainement. Cette petite réflexion mise à part, la soirée s'annonçait plutôt bien. Moi qui me réjouissais de découvrir trucs et astuces de Chef pour sublimer mes carottes râpées, jusque là, je n'étais pas déçue! Avant cet atelier, il ne m'était encore jamais venu à l'idée d'ouvrir une bouteille de Ruinart avant de me mettre aux fourneaux. Quelle erreur! Pleins de bonne volonté, mon camarade et moi-même étions prêts à mettre immédiatement en pratique cette nouvelle technique en buvant une troisième coupe avant d'enfiler nos tabliers mais Cécile, notre Chef du soir, ne semblait pas de cet avis. A moins qu'elle n'ait jugé que nous n'ayons pas encore le niveau nécessaire? Nous l'avons donc écoutée nous  annoncer le déroulé de la soirée et le menu que nous allions réaliser : Ravioles de langoustines - Daurade en croûte d'herbe - Fondant chocolat, tuiles orangées et coulis de caramel, le tout en 1H30. Alors ça, ça m'a épatée parce que moi quand j'invite les copains, je mets rarement 90 minutes pour préparer un entrée-plat-dessert. Mais c'est vrai que, en y réfléchissant, je dois plutôt mal m'organiser parce que je fais tout moi-même et tout bien réfléchi, ce n'est pas très malin. Je fais les courses, je lave et trie herbes, fruits et légumes, je casse les œufs toute seule, je pèse mes ingrédients et puis je n'ai pas Juan pour faire la plonge chaque fois que je pose un cul de poule ou un économe dans l'évier. En plus je fais le ménage dans ma cuisine sinistrée et je mets la table pour mes invitée toute seule! Non, vraiment, quelle nouille! 
En tout cas, quand Cécile a ajouté qu'après, nous serions bien contents de bouffer tout ça  (oui, bon, elle l'a dit en plus joli), on l'a crue volontiers. Même avec ses cheveux rasés à moitié. Ensuite, nous nous sommes dirigés vers nos ilots rutilants et respectifs - certaines en clopinant sur leur béquilles parce que leur mollet n'était pas encore tout à fait remis même après un mois de plâtre - et c'était un peu bête parce qu'aussitôt on a dû retourner autour des pianos pour commencer par préparer les desserts et certaines ont un peu maudit Cécile qui nous faisait faire des allers/retours inutiles tout le temps. Bref, on a commencé la tambouille. Je vais vous épargner les recettes, caramel, tuiles et chocolat, vous connaissez la chanson. Ici c'est pas un blog de cuisine et si vous voulez connaître les secrets du Paris-Brest Déstructuré ou celui de la  Tarte au Citron Décitronnée regardez plutôt Top Chef
Ce qui est rigolo dans ces ateliers c'est surtout de se retrouver avec des gens qu'on ne connait pas, de toutes les banques, de tous les crédits, enfin bref de tous les âges,  qui cuisinent ou ... pas du tout ! 
En l’occurrence, nous étions 22. Un peu beaucoup pour cette pauvre Cécile il faut le dire. Faire la cuisine c'est sympa, mais avec l'équivalent de deux équipes de foot, ça devient du sport, forcément. 18 dames occupées à comparer leurs recettes de cuisine (dont une intolérante au gluten), 4 messieurs un peu paumés entre les marises et les écumoires, quelques élèves un peu dissipés (le Champagne sans doute) et... Chantal Ladesou. Enfin, pas la vraie. Son sosie. Disons une dame qui devait avoir le même coiffeur, le même tailleur et les mêmes bijoux. La voir désareter un filet daurade aura été une vraie source de joie!
A 22, on n'a pas l'occasion de beaucoup "faire" la cuisine (des selfies par contre...). On tripatouille un ou deux ingrédients chacun son tour et très poliment.
Morceaux choisis.
Cécile : "Nous allons maintenant faire le caramel..."
Monsieur 1 : "Voulez-vous chauffer le sucre pour le caramel?" 
Dame 1 : "Après vous j'ai déjà incorporé la crème..." 
Cécile : "Vous allez maintenant mettre l'appareil dans les moules..."
Dame 2 : "Si personne ne se dévoue, je verse dans le moules alors ?" 
Dame 3 : "Mais allez-y je vous en prie..."  
En même temps on se surveille du coin de l’œil... toujours le plus poliment du monde et le miel plein la bouche... 
Dame 4 : "Vous n'en avez pas mis assez il me semble...." 
Dame 5  : "Cécile n'a-t-elle pas dit aux 3/4? Vous n'êtes qu'aux 2/3..." 
Dame 6 : "Si j'étais vous je ne m'y prendrais pas de cette façon... mais évidemment chacun sa méthode..."  
Il est temps de passer aux ravioles et que chacun décortique sa langoustine. Chantal s'interroge, inquiète? Que fait-on de la tête? Cécile a l'air de perdre un peu la sienne, de tête, à force de devoir crier pour couvrir nos 22 voix qui piaillent au dessus des ilots. Elle en oublie le basilic et le poivre de Setchouan que nous avions pourtant consciencieusement (et joyeusement!) réduits au pilon pour la farce. Le fumet a du retard, Cécile opte pour la Maïzena (heureusement que Maman ne voit pas ça!) car nos daurades et leurs croûtes s'impatientent. A force des effluves qui embaument désormais la cuisine, nos estomacs aussi !
Les 22 commis que nous sommes, s'affairent. On hache, on cisèle, on fait un selfie, on fatigue, on émince, on julienne, on fait un selfie, on assaisonne, on dore, on croûte, on fait un selfie, on tombe, on grille...
Enfin, il est l'heure de mettre les pieds sous la table. Comme nous sommes fiers! On se réjouit. Eh! On l'a même pas mise, la table! Et c'est nous qui avons préparé tout ça! Ou presque. On se régale! Ou presque. Parce que le fumet Maïzena c'est définitivement pas ça. Je le dis en douce à la dame intolérante au gluten qui nous regarde sans manger. Histoire qu'elle n'ait pas de regret. C'est moi qui regrette. Je viens d'enclencher un flot inattendu. Figurez-vous que son mari aussi est intolérant. Au lactose. Ah la la, c'est pas facile pour faire les courses. Si vous saviez. Elle peut manger ci. Mais pas ça. Lui par contre... Ah oui? Mais c'est fou ça! Heureusement, Chantal Ladesou l'interrompt pour demander si elle peut garder son tablier. Perplexité générale. Cécile acquiesce, Chantal est aux anges! Un Monsieur, en profite pour faire un dernier selfie avec notre Chef du Soir....
Nous, on n'a plus faim, mais entre la Maïzena et le beurre (celui du caramel, du fondant chocolat et des tuiles), il n'y a pas de quoi s'étonner. On n'est pas devenu des chefs étoilés mais on a passé une chouette soirée. On se promet de refaire le menu du soir, pour le fun et les copains, à la maison et sans béquilles. 
Demain mon ami a rendez-vous avec sa chargée de clientèle bancaire. On devrait peut-être l'inviter quand on refera notre dîner? Après tout, on a découpé un poivron ensemble, ça crée des liens,. Et puis on ne sait jamais, si je voulais changer de financier, jeu de mots!

 
Daurade en croûte d'herbes et sa Tombée d'épinards aux poivrons






Plaquette de beurre déguisée en Fondant au chocolat avec ses Tuiles aux Oranges et son Coulis Caramel










dimanche 5 mars 2017

94. Ca déchire grave!

En tout cas, mes petits élèves de  CE2 pourront dire qu'ils auront eu cette année une prof de théâtre qui déchire. Au sens propre. Qu'on ne vienne pas dire après ça que l'enseignement n'est pas un métier dangereux. Toutefois, que chacun se rassure (ou pas?) il ne s'agit pas d'un acte terroriste, aucun troll hyperactif ne m'ayant poignardée avec ses ciseaux à bout rond au nom de Constantin Stanislavski ou de Lee Strasberg et mon pronostic vital n'étant pas engagé. Simplement, j'ai mis - sans même m'en rendre compte - un peu trop d'ardeur à la tâche et le muscle de mon mollet que j'ai pourtant fort à défaut d'être fort beau n'a pas résisté : il s'est tout simplement déchiré, tel la feuille de papier Clairefontaine 80g (toucher satin) subitement coincée dans les rouages mystérieux de l'imprimante, sur laquelle on s'acharne inutilement, qui finit par se rompre tout aussi subitement et se retrouve en lambeaux (toucher confettis). On appréciera la métaphore.
Bref, tout ça pour dire que dans un élan de noblesse superbe j'ai tout de même fini mon cours estropiée (mon côté Sarah Bernhardt sans doute) mais assise, pour plus de commodité. Du reste, à 8 ans, mes élèves ne m'en ont pas trop tenu rancune, encore loin qu'ils sont des mystères des monologues de Phèdre ou celui du Roi Lear. De toute façon, comme le dit si bien Marin : "Le théâtre, ça craint" Exceptionnellement, ce jour-là je n'étais pas loin d'être d'accord avec lui. Toutefois, nous avons profité du reste du cours pour faire un travail passionnant sur la féminité des girafes et des autruches. Et puis la cloche a sonné et j'ai été à deux doigts de sauter à pieds joints pour entonner mais oui, mais oui, l'école est finie!!! Mais un double éclair tant de lucidité que de douleur m'ayant foudroyée au même instant, j'ai préféré me traîner lamentablement depuis le préau jusqu'à la sortie avec un grand sourire et prétendre crispée "Non, non, tout va très bien merci.". Je suis prof de théâtre après tout! En y repensant, je crois que deux ou trois CP m'ont crue. Et encore. Je me demande si ce n'était pas juste pour me faire plaisir...
J'ai beau chercher comment rendre cet évènement spectaculaire, en faire un objet de narration valable, je ne vois pas. Cet accident est tout bonnement minable. Nul de chez nul. Même pas la petite touche de ridicule qui apporterait la pointe d'humour, d'autodérision, qui relèverait le tout aux yeux du lecteur. Aux Urgences, je me suis sentie simplement gourde avec mon aventure qui n'en n'était pas une... Je ne demandais pas le script d'Indiana Jones! Mais enfin  pas celui de Pause-café  non plus! Dans ces moments là, il faut voir le bon côté : et là c'est la famille et les copains. Parce que heureusement, j'en ai plein, pis des bien! Déjà, il y a ceux à qui il est arrivé plus ou moins pire. Entre Pierre qui s'est luxé la mâchoire en mangeant un nem et Sylvie qui s'est brûlé le mollet au second degré en laissant tomber son fer à repasser, je me sens déjà moins seule. (Toute ressemblance avec des personnages existants seraient purement normale, je n'ai pas changé les prénoms.
Il y a aussi les inquiets qui, pensent que le premier des symptômes de la déchirure musculaire est sans aucun doute possible la malnutrition. Ils oublient que je pèse déjà mon poids sans le plâtre, que celui-ci pèse environ 30 kg au mètre carré, et ont donc collectivement décidé de m'engraisser à coup de sushis, pizzas (aux ananas!!!), confiture, gâteaux au chocolat, croissants, lasagnes, couscous... Mais je ne me plains pas. Il ne faut surtout pas jouer avec la santé! Me manquent simplement les odeurs et les saveurs maternelles pour une guérison optimale...
Il y a ceux qui appellent du bout du monde de Bruxelles, de Hong Kong, de Tel Aviv, de Genève et de Bangkok...
Il y a ceux qui se préoccupent de ma nourriture intellectuelle, inquiets de me savoir sans lecture, ils me livrent à domicile, journaux et bouquins et me font la chronique des spectacles parisiens...
Il y a les coquettes qui se soucient de mon apparence et de mon hygiène capillaire et viennent improviser un salon de coiffure au-dessus de la baignoire, magazines et potins mondains inclus...
Il y a ceux qui passent pour rien, pour un café, pour un sourire, pour un air de guitare et qui repartent comme ils sont venus, comme un rayon de soleil...
Il y a cet inconnu hier, alors que je m'étais glorieusement traînée jusqu'à la boulangerie, que je soufflais comme un chameau, incarnant le glamour et la séduction, qui m'a offert une crêpe. Juste parce que les béquilles c'est pas marrant et qu'une crêpe ça fait toujours plaisir!
Et puis il y a Marin. Dans ma boîte email, il me fait savoir par sa maîtresse qu'il a réfléchi. "Finalement, le théâtre, c'est bien. Quand est-ce que tu reviens?"

Bientôt Marin. Parce qu'un plâtre, j'en ai qu'un.
Parce que des copains, j'en ai plein... Pis des bien.



dimanche 15 janvier 2017

93. Peine de morts

Chers lecteurs, l'année débute à peine que déjà, je me félicite. Vous allez dire que je vais un peu vite en besogne, mais le proverbe a bien raison qui dit : on n'est jamais si bien servi que par moi-même ! D'ailleurs, c'est pas moi qu'ai commencé. Au Lycée Molière déjà, Madame Flaive ma prof d'anglais accessoirement principale, ainsi que tous mes autres professeurs d'ailleurs, ne manquaient pas de me féliciter chaque fin de trimestre, éblouis qu'ils étaient tant par mon appareil dentaire que par la précocité de mes innombrables talents. Élève studieuse et disciplinée, je me suis rapidement rangée à l'avis du corps enseignant.
Avec le temps, j'ai bien été forcée d'admettre qu'ils n'avaient pas tort et que les raisons de chanter mes propres louanges ne manquaient pas. Du reste, soucieuse de n'embarrasser personne, je me suis tant bien que mal retenue jusqu'ici de composer un opéra en trois actes à ma seule gloire. Preuve en est que je ne vous ai pas menti : ce souci névrotique de mon prochain, cette générosité immense qui m'animent... Avouez qu'ils mériteraient bien une petite cantate!
Mais je me dois de rester fidèle à ma modestie illustre (qui à elle seule ferait l'objet d'un magnifique madrigal). Et si aujourd'hui, je range malgré tout ma pudeur dans mon tiroir à chaussettes pour me féliciter devant vous, je ne veux pourtant pas abuser. Je résumerai donc cette auto congratulation à un sujet unique. D'autant que ça ira plus vite!
Alors donc voilà. A l'instar de nombreuses personnalités qui l'avait précédée, 2016 s'en est allée  le 31 décembre dernier. Elle nous a quittés libérée délivrée, les étoiles lui ont tendu les bras, libérée délivrée, non ne pleurez pas. On a pu entendre certains soupirer soulagés "Enfin!"d'autres "Déjà?" et d'autres encore, l'esprit probablement embrumé par la douleur soudaine ont même murmuré "Je me demande si elles étaient fraîches les gambas?" avant de s'isoler pour cacher leur peine aux toilettes. 
Et pourtant, malgré son lot de bonnes nouvelles, entre autres la sortie de mon merveilleux album En pleines formes disponible sur les plateformes et sur Bacchanales Productions pour la somme raisonnable de 15€2016 fut une hécatombe... De Nice à Magnanville, de Istanbul à Bruxelles, De Berlin à Orlando, la liste des victimes d'attentats s'est allongée au point qu'on entendait certains hésiter lorsqu'il s'agissait de choisir l'avatar pour témoigner leur sympathie sur les réseaux sociaux... La macabre pêche des corps de migrants anonymes qui tentaient de rejoindre l'Europe, s'est elle aussi avérée un peu trop fructueuse... 
On a pleuré au cinéma, beaucoup. La fin de tournage a sonné, entre autres pour Ettore Scola, Jacques Rivette, Michel Galabru, Michele Morgan, Claude Gensac, la princesse Leia ou Debbie Reynolds... Monsieur Cinéma lui-même nous a tiré sa révérence, emportant avec lui un peu de  mon enfance. Umberto Ecco, Dario Fo, Elie Wiesel ou Michel Tournier ont décidé de tourner définitivement la page et émus, on s'est dit qu'on les relirait bien leur bouquins, un de ces jours... 
De leur côté Bowie, Michel Delpech, Prince, Papa Wemba et George Michael se sont filé rendez-vous pour un dernier bœuf à l'Hotel California, il a donc fallu se résoudre à créer une playlist des plus éclectiques qu'on a élégamment baptisée Post Mortem sur Itunes. On a aussi croisé les doigts très fort pour qu'aucune maison de disque ne sollicite Christophe Mae, Louane, Matt Pokora et Coeur de pirate pour un dernier hommage à Léonard Cohen... 
Mohammed Ali est tombé KO... Courrèges et Sonia Rykiel sont allés se rhabiller... Shimon Peres a fini par trouver un accord de paix... Gotlib a rangé ses Dingodossiers... Siné est allé retrouvé Cabu et Wolinski, sans doute que les copains lui manquaient trop.... Pierre Etaix a fait son dernier numéro mais ça n'a fait rire personne... La lune est morte quand Paul Tourenne est allé rejoindre les Frères Jacques... Rocard a définitivement passé l'arme gauche... et Benoite Groult a brûlé son dernier soutien gorge... Et j'en oublie. 
Si on veut voir les choses du bon côté, on peut toujours se dire qu'en 2016 l'industrie du funéraire a connu une belle période de prospérité économique. Avec une telle croissance dans ce secteur, des filières longtemps délaissées telles que marbrier, fossoyeur ou thanatopracteur devraient connaître un nouvel essor. 
On peut aussi se dire que à vue de nez, La Mort semble être une personne de goût, raffinée et cultivée. Pour un peu, on aurait presque envie de la rencontrer. De l'accompagner au cinoche ou au concert et d'échanger avec elle un ou deux bouquins... Cependant, sans vouloir l'offenser, je tiens à me féliciter comme je l'avais annoncé plus haut. Chaleureusement même. D'avoir échappé à sa vague mortuaire sinistre et jalouse qui nous a ôté ces nobles personnalités comme ça sans prévenir, sans même un mot d'excuse. D’aucuns diront sans doute que je suis jeune et pleine de vie, à quoi bon m'inquiéter? Ils n'auront pas tort (j'ajouterais simplement qu'ils ont oublié de dire que je suis également une quadragénaire d'une beauté à couper le souffle). Que si je suis une artiste, ma notoriété est toute relative, pour ne pas dire confinée, voire familiale. J'en conviens. mais enfin je suis une artiste tout de même, par conséquent j'avais toutes les raisons de me sentir menacée! 
Je ne vois pas toujours la vie en rose fuchsia, la plupart du temps je me contente d'une jolie nuance rose framboise, parfois de rose pétard et plus rarement d'un rose pelure d'oignon.... Mon côté Barbie sans doute. En 2016, Barbie n'est pas morte. Au contraire. Elle a eu 57 ans et pour fêter ça, Barbie Curvy a fait son entrée au rayon jouets. Elle est bien en chair, dodue, pulpeuse... Comme moi en somme... et je m'en félicite!